Il faut que je vous avoue un truc assez embarrassant. Ce printemps, pendant deux secondes, j’ai viré fashion victim. Mmmmmk, plus de deux secondes. Deux mois.

Pourtant je suis plutôt cool avec la mode en ce moment : je suis fatiguée de l’hystérie fashion* et je m’éclate avec les vêtements simples et classiques. Je suis très Sophia Coppola, quoi**.

Mon vrai bonheur, c’est jean et ballerines***.

MAIS.

Depuis quelques mois, j’avais beau essayer de la faire taire, une petite voix en moi susurrait : Birk Céline, Birk Céline**** !!!

Oui, ça :

Je vous jure, je n’y étais pour rien. C’est comme si ces chaussures avaient pris possession de moi, elles, leur côté pied-de-nez à la mode et leur envie de dire ouais, moi, je suis teeellllllllleeement bourgeoise et teeeellemeeeeeent détendue que je porte des Birk en fourrure.

Je sais, n’importe quoi.

Du coup, un jour, quand Scott m’a demandé ce que je voulais pour mon anniv, ma bouche s’est ouverte toute seule et dans un hoquet la fashionista en moi a parlé : Birk Céline !

Bon.

Scott a dit non. Tout mais pas ça. Tu veux la mort de notre couple. Catégorique. Il déteste les chaussures à fourrure, il trouve dégueu le fait que ça passe entre les doigts de pieds.

D’ailleurs la Garance normale, celle que vous connaissez, est parfaitement d’accord, la fourrure entre les doigts de pieds, c’est intéressant en défilé, génial dans Vogue, soublaïme en illustration, mais en vrai, c’est bizarre.

Pourtant Garashionista, mon double fashion victim, comme toutes les fashion victims, adooooowwwe et a l’impression que porter de telles chaussures va faire d’elle une femme heureuse et perpétuellement en mode profil gauche (son bon profil).

Et comme Garashionista***** est aussi une fille, elle a trouvé qu’arriver à convaincre Scott de lui offrir ces chaussures serait en fait la preuve d’amour ultime (elle a un dédoublement de personnalité ET des raisonnements à la con, je vous l’accorde, BREF).

Et elle l’a convaincu.

Il a passé des semaines à les chercher, cet amour.

Évidemment, il ne les a pas trouvées, toutes les vraies fashion victims***** ayant passé commande au moment même où les shoes sont arrivées sur Style.com, c’est-à-dire un centième de seconde après le défilé.

Au bout d’un moment, alors qu’il m’avait bien prouvé son amour et que j’avais plus ou moins oublié l’idée d’être teeeeeeelllemennnt bourgeoise et teeeeeeelllement détendue les pieds bien au chaud dans la fourrure, on se baladait tranquilles dans les rues de Soho.

On fait un arrêt (obligatoire) chez Kirna Zabete****** et soudain, comme dans un mirage, j’aperçois les Birk Céline. Dans ma taille. Le souffle coupé, je demande à les essayer.

Haaaaaaaaa…

Grand moment de fashion.

Je me retourne pour me regarder dans le miroir et là j’aperçois…

Une Garance hagarde avec des Birk poilues aux pieds (et un Scott explosé de rire en flou, dans le fond).

Je remue mes orteils pour sentir l’effet de la fourrure. C’est un peu bizarre. Je les enlève, les observe, les retourne, les caresse, je considère un instant les acheter pour les faire encadrer (ces chaussures appartiennent déjà à l’histoire de la mode, les enfants) (ne seraient-elles pas sublimes, encadrées et exposées nonchalamment sur le bureau de notre nouveau Studio*******, comme des oeuvres d’art ?) (Ta gueule, Garashionista !), me retourne sur Scott à nouveau, qui fait de grands signes, comme pour dire nooooooooooooooooooo !

Non. Je ne les achèterai pas.

Je repars, l’égo légèrement meurtri mais grandie par cette nouvelle expérience. Sûre de moi, Garance à nouveau, femme cool et stylée, femme Coppola, parfois profil gauche, parfois profil droit, sachant faire la différence entre une fringue de défilé et une fringue de surexcitée.

Et au bras d’un mec ravi, en prime.

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* non je sais, je n’ai jamais été Anna Dello Russo. Ben maintenant, je suis encore moins Anna Dello Russo qu’avant, quoi.

** Ou plutôt Francis Ford aussi, parfois.

*** Parfois, je mets aussi un tee-shirt, quand même.

**** Sainte Phoebe, pardonne-moi. Je sais. Cette chaussure ne s’appelle pas la Birk Céline. Je n’ai aucune idée de son nom. A-t-elle un nom ? La Birk Féline ?

Baaah ! N’importe quoi.

***** Il ne suffit pas de clamer être une fashion victim pour en être une, c’est un titre qui se gagne à la sueur de son front.

**** Un jour il faudra que je vous présente Ganarienàfoutre, celle qui n’aime que les joggings. Oups ! C’est déjà fait !

****** Oui, mon mec adoooooore faire les boutiques. Plus que moi.

******* Ouaaaaaaais, on n’a pas encore de nouveau Studio. Ok, ok. Je vous ai dit que j’étais détendue. Pas bourgeoise, mais très détendue.

Je sais, j’ai perdu le compte des étoiles. DÉTENDUE, je vous dis.