Samedi dernier, je suis allée chez La Petite Coquette.

C’est juste en bas de chez moi, et c’est certainement l’un des meilleurs magasins de lingerie de New York. Et pourtant, ça a tout d’une boutique de quartier.
Pas brandé* pour deux sous, même si la couleur rose tient la vedette et qu’il y a un coin kinky (sex toys, culottes fendues**, porte-jarretelles, fouets)…

“Bonjour, je m’appelle Chantelle, je peux vous aider ?”
“Oui, je viens essayer des soutiens-gorge.”

“Chantelle, c’est votre vrai nom ? Comme la marque de lingerie ?”
“Oui !!!” me dit Chantelle, avec un immense sourire.

“Alors, ce soutien-gorge, c’est pour être sexy ou pour un tee-shirt ?”
Hum ! Bonne question.
Un peu des deux, je lui explique.
“Vous connaissez votre taille ?”
Ha ! Géniale question.
Il paraît que la plupart d’entre nous ne connaissent pas leur vraie taille. Ça ne vient pas par magie de connaître sa taille ! Du coup, je réponds :
“Non”.
“Pas de problème, je vais vous faire un fitting. Tenez, voici votre cabine. Mettez-vous à l’aise.”
Je m’installe, tranquille.

Pendant ce temps, j’entends des voix dans la cabine d’à côté…

“Vous êtes magnifique, ne pleurez pas !!!”
Indiscrète, je tends l’oreille (je sais, c’est mal).
“Est-ce que vous avez besoin de plus de soutien, là ? Bon.
Et si… ? Mmmmm…
Attendez, je vais aller vous chercher un coussinet, vous verrez, on y verra que du feu. Ce qu’il faut, c’est assez de soutien pour que ça ne se voit pas trop.”
Je me demande bien ce qui ne doit pas se voir.
“Écoutez, regardez, Angelina Jolie s’est bien fait retirer les deux ! Et elle va très bien ! Vous êtes sublime, ne vous inquiétez pas.”
Je commence à émettre des théories sur l’inconnue de la cabine d’à côté, je m’émeus.

Chantelle revient avec une colonie de soutiens-gorge à son bras.
“Alors, selon les styles que vous m’avez donnés, j’ai choisi ces modèles. Vous voulez commencer par ça ?”
Docile, je commence à enfiler le soutien-gorge. Elle ferme discrètement le rideau, et me dit de la prévenir quand j’ai fini de l’enfiler, ce que je fais.
Là, Chantelle rentre dans la cabine, commence à ajuster les bretelles, et soudain me dit :
“Attention, je vais toucher !”
“…”
J’éclate de rire. Je ne suis vraiment pas pudique – elle l’a compris en deux secondes.
“Aucun problème !”
Elle ajuste mes seins, plongeant littéralement sa main dans mon bonnet, et là, décide que ce n’est pas exactement la bonne taille.
“Attendez une seconde ? Je reviens.”

Dans la cabine d’à côté, la conversation continue.
“Est-ce que vous vous sentez sûre de vous dans celui-ci ?”
“…”
“Oh… Venez. Dans mes bras !!! Mais non enfin sweetie, ne vous inquiétez pas.
Ce qu’il vous faut, c’est juste un peu de structure pour que la peau ne s’échappe pas. Là, comme ça, ça va mieux ?
Vous savez, dans la vie, quand quelque chose ne va pas, on le répare !!! C’est ce que vous ferez bientôt. Ne vous inquiétez pas, sweetie.”

Chantelle réapparait. On refait les mêmes gestes, elle ajuste, ça me fait rire, et là, elle semble satisfaite. Maintenant, il faut que j’essaye chaque modèle. J’en essaye des tas, elle reste avec moi, à chaque fois, elle me donne son avis, m’encourage à l’essayer avec un tank top (il y en a un dans chaque cabine, pour voir ce que le soutien-gorge donne sous les vêtements) (vachement important).
J’en trouve des géniaux, je suis ravie.

Je ressors de la cabine, hyper curieuse de comprendre ce qui se passe chez mes voisines, quand même. Je traîne un peu, je compte les soutiens-gorge.

Quand soudain la propriétaire de la boutique – je vois tout de suite que c’est la propriétaire, elle a cette espèce de confiance en elle et d’autorité bienveillante qui ne me laisse aucun doute – Rebecca, sort sa tête de la cabine, me regarde.

“Non mais regardez-moi ça. Elle est sublime.” Pointant vers sa cabine “Elle vient de perdre 150 pounds (environ 70 kilos), il n’y a pas de raison d’être triste !!! Il faut célébrer !”

Une deuxième tête sort de la cabine, une jeune femme vraiment belle, visiblement émue… 150 pounds, je n’en crois pas mes yeux. Je la félicite. On commence à bavarder. Elle nous montre son permis de conduire, avec une photo d’elle, avant. Elle est fière et complètement déstabilisée à la fois. Ne sait pas comment gérer son nouveau corps…

Elle nous raconte comment elle a eu un déclic, a soudain trouvé la motivation pour perdre ses kilos en trop et est venue s’installer à New York pour devenir avocate. On bavarde…

Je pourrais y rester des heures, c’est tellement chouette, cette rencontre au sommet entre cabines. Mais je ne veux pas m’imposer. Je m’éclipse, en glissant à Rebecca que j’ai un blog, que j’adorerais lui poser quelques questions sur la lingerie. Elle m’a l’air d’une vraie pro.

Elle me dit :

“On verra ça après”, d’un mouvement d’oeil me montrant bien qu’il y a des choses plus importantes dans la vie. Et puis, se retournant vers la jeune femme sublime :
“Alors, racontez-nous encore, comment avez-vous fait pour perdre tout ce poids ?”

Ça me fait sourire. Elle a raison, on peut faire ça plus tard. Moi et mon blog, pfff.

Quand soudain, une troisième tête sort d’une troisième cabine :
“Vous devriez répondre à ses questions, son blog est génial !”

Une lectrice !!! Trop, trop mignonne ! Dans la cabine d’à côté.
Et la discussion repart, ce coup-là on parle de Twitter, de blogs, tout ça.
Je reste encore 10 minutes.

La jeune femme me dit de ne pas citer son nom si je veux parler de son histoire.
Je lui dis que je ne ferai jamais quelque chose comme ça.

Je suis repartie ravie, toute touchée par cette espèce d’explosion de féminité et d’intimité.
Sur ce qui fait que soudain, des inconnues venant d’horizons complètement différents se racontent tous leur secrets, cette espèce de confiance l’une en l’autre et cette intuition que bien sûr, elles peuvent comprendre, ne pas juger, partager.

On appelle ça la sisterhood je crois ? Un peu comme sur ce blog parfois ?

Ça fait vraiment du bien.

Gros bisou !

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*Vous savez, ce genre d’endroit très commun à New York où l’on a l’impression que tout a été choisi avec précision, même la couleur du papier toilette et la longueur de la barbe du serveur ? Pas comme ça.

** Ok, on peut parler une seconde du concept culotte fendue ? C’est quoi le kif exactement ? Non c’est une vraie question.