La première semaine fut plutôt intéressante.

Comme je vous l’avais dit en rigolant, j’avais décidé de partir manger prier aimer, une semaine toute seule, avec mes livres, dans un endroit qui ressemble au paradis.

Gardez bien en tête l’aspect Mange, Prie, Aime de l’aventure, ok ?
On va y revenir très rapidement.

Donc après des heures (des heures !!!) d’avion, me voilà dans mon hôtel avec vue sur la forêt balinaise, en plein décalage horaire. Le paradis ? Oui. Même si…

Lost my religion.

Est-il nécessaire de vous le dire ?

J’avais décidé de faire une semaine de tech réhab. Ouais.
Dans les années 00, on partait en réhab, dans les années 10, on part en tech réhab.
Arrête de marcher avec les yeux braqués sur ton téléphone, Garance !!!

Donc alors… Faisons une liste. Tech réhab, ça veut dire :
Pas d’Instagram. Pas de Twitter. Pas de blog*. Pas d’emails. Pas de Snapchat. Pas de Pinterest.
Ok pour le téléphone. En cas d’urgence.

Et bien il n’y avait pas intérêt à y avoir d’urgence, hein : j’ai perdu mon téléphone à la seconde où j’ai posé le pied à Bali. Pfffffff. J’ai décidé de le prendre avec grandeur d’âme et philosophie, respiré un grand coup et continué à vivre ma vie.

Ce serait mentir que de vous dire que je n’ai pas enduré une crise de manque sévère. Toutes les vingt minutes à peu près, je sentais mon corps se raidir, mes mains se crisper et se diriger toutes seules vers mes poches pour y chercher quelque chose qui ne s’y trouvait pas. L’inévitable checking de téléphone chronique.
Ça m’a bien pris trois jours pour m’en débarrasser.

Jamais seule / toute seule

Je me souviens, un jour, d’avoir dit à une amie, célibataire de longue date :
“Nan mais t’as trop de chance attends, voyager toute seule, trop bien ! Pas d’emmerdeurs, tu te retrouves vraiment, tu te reconnectes avec toi-même, tu lis, tu écris, c’est juste** génial.”
Mais quelle connasse condescendante je fus !
Sa réponse :
“Ouais enfin bon, ça va bien une fois, mais au bout d’un moment, lire et s’introspecter, ça devient un peu répétitif, si tu vois ce que je veux dire.”

Quoi qu’elle en pense, il fallait que j’essaye, donc :

Une semaine toute seule, puis Scott me rejoindrait pour une semaine en amoureux, une manière plutôt sans risque de tenter l’expérience.

Voilà donc comment je me suis retrouvée, les yeux tournés vers autre chose que mon portable, mon carnet de notes à la main, à me balader dans mon hôtel qui ressemblait au paradis.

Mmmmm, ok. J’ai fait un cours de méditation, lu mes bouquins, nagé dans les eaux claires, pris des bains de soleil toute nue sur ma terrasse. Repris contact avec mon corps. Pris des notes sur des sujets variés comme reprendre contact avec mon corps et aussi, phhhhheeeeew me suis fait masser en long en large et en travers.

J’avoue aussi, je me suis sentie un peu con à être toute seule au restaurant pour dîner…

Pendant à peu près cinq minutes.

Mange, Paie, Aime
(Désolée, il fallait que je la fasse)

Voyez-vous, je n’étais pas toute seule à être toute seule.

Ubud, la ville où j’ai passé mes vacances, est la ville où a été filmé Mange, Prie, Aime.

Je n’en avais aucune idée – mais dès que j’y ai posé le pied, j’ai compris l’impact que le livre et le film avaient eu sûr, l’endroit. TOUT LE MONDE EN PARLE. Il y a des pancartes partout et bien sur on trouve le livre et les vidéos à tous les coins de rue. Tout le monde a été figurant et / ou a rencontré Julia Roberts et / ou Elizabeth Gilbert.
Argh. Désolée d’avoir fait des blagues à la con avant de partir.
C’est du sérieux ce truc.

Bon bien sûr, j’avais vu le film. Je l’avais trouvé divertissant. Ni plus ni moins.

Mais voilà le problème : il semblerait que ce phénomène ait rameuté toute une nouvelle vague de touristes. Des femmes, seules, avec un carnet de notes à la main. Ça vous rappelle quelque chose ? Quelqu’un ?

Oui. Des femmes à la recherche de guérisseurs pour leur dire ce qui ne va pas dans leur vie (“Vous réfléchissez trop !!!” “Ah bon sans déconner?”) et de tout ce fatras de trucs organico-développemento-personnelo-yoga-yolo.

Bon je vous préviens, je n’ai pas vu de guérisseur.
Je sais, c’est con, mais je suis fidèle à mon psy.

Bon, donc après une crise d’angoisse d’au moins 10 minutes (vachement long pour la coolasse que je suis en train de devenir grâce à mon psy), j’ai décidé de m’en foutre. Qu’elles mangent du granola si ça leur chante, je continuerai à écrire et dessiner sur mon carnet de notes.

De toutes façons, on cherche tous quelque chose quand on voyage.
Certains cherchent une plage, d’autres un dance floor, d’autres une vague, un guérisseur, certains veulent rencontrer des gens, et d’autres veulent se retrouver enfin tout seuls…

Et d’autres, et bien, pensaient qu’ils voulaient se retrouver enfin tout seuls et après trois jours à reconnecter avec leur corps se rendent compte qu’ils…

S’ENNUIENT.
GRAVE.

Mais quel ennui ! Un ennui tel qu’à un moment, j’ai décidé de consulter mes emails.

Je sais je sais.
J’ai triché.
Jugez ! Jugez tant que vous voulez, vous avez tellement le droit.

C’est donc en dépit de votre jugement que j’ai ouvert mes emails… Et voilà qu’elle est apparue.

Un animal social est un animal social, même à Bali.

Bella. Dont vous avez fait la connaissance ici. Elle m’avait envoyé un email. Elle était à Bali en même temps que moi. Se demandait si ça me dirait qu’on prenne un café.

OH OUI S’IL TE PLAÎT BELLA VIENS ME CHERCHER JE T’EN SUPPLIE.

Bella est venue me chercher à mon hôtel et c’est là qu’a commencé une conversation qui a continué pendant des jours. Elle avait grandi à Bali. Elle connaissait l’île par cœur et connaissait aussi beaucoup de monde, des gens super qui vivent à Bali et détestent Mange, Prie, Aime, tiens d’ailleurs. JE COMPRENDS.

Et voilà comment mon voyage introspectif s’est transformé en vacances hyper méga sociales. J’ai rencontré ses amis, puis Scott est arrivé, puis on est partis tous ensemble sur une île, on a mangé, bu, que des bonnes choses, pas besoin de méditer.

D’ailleurs, je n’ai pas regardé mes emails. J’ai été sociale sans réseaux. Pas trop mal non quand même ? Est-ce que je remonte dans votre estime ? Bon j’avoue. J’ai tenté un pauvre petit Instagram à un moment (à mort la réhab ! Je devais encore être bourrée) mais vous savez quoi ? C’était même pas si délicieux. Je ne suis pas accro !!!

Bon ok Garance, maintenant qu’on sait que tu n’as pas une seule fibre spirituelle dans ton corps et que tu n’aimes qu’une chose, t’attabler autour d’un verre de vin avec tes amis, tu pourrais nous parler de Bali deux secondes ?

Ça vaut le coup d’y aller, ou pas ?

Et bien…

Bali est un paradis avec des tas de scooters dedans.

Bella m’a dit que malgré tout l’amour qu’elle a pour son île, elle ne sait pas si elle la recommanderait pour des vacances.

Parce qu’à Bali, quoi que l’on fasse, il faut compter avec les trois T :

Les Touristes.
Les touristes sont partout***, et les femmes avec un carnet de notes sont peut être les plus agréables du lot. Il y a beaucoup de Français (Y a-t-il moins dépaysant que d’être au bout du monde et d’entendre un accent parisien toutes les trois secondes ?) (Réponse : Non !), beaucoup de surfers australiens, très plaisants à l’oeil mais bruyants, beaucoup de touristes chinois et oh, vous avez compris : VOUS NE SEREZ PAS LE PREMIER A AVOIR EU L’IDÉE D’ALLER À BALI, C’EST LE MOINS QU’ON PUISSE DIRE.

Le Trafic.
De tels embouteillages qu’à un moment, vous ne pourrez vous empêcher de penser aux précieuses heures de vacances**** que ça vous aura bouffé. Pensez à vous équiper de bonne musique.

La VenTe.
Bon ok, hyper tiré par les cheveux, mon troisième T. N’empêche. Des boutiques, des boutiques, des boutiques de partout. À moins d’avoir hyper préparé son voyage et d’avoir une idée claire de ce qu’on veut acheter, on peut vite avoir la tête qui tourne. Heureusement, j’avais Bella et le guide de Cisco (j’ai testé beaucoup de ses adresses et n’ai jamais été déçue), sinon je n’aurais jamais réussi à trouver quelque chose dans ce monceau de… camelote.
Et ça aurait été dommage, car il y des choses sublimes à ramener de Bali, que ce soit de l’art, des antiquités ou bien sûr, vous l’avez compris, hein : des sarongs.

Pffff, je vous entends d’ici : ça ne me donne pas du tout envie d’y aller !
NE DITES PAS ÇA ! Ce serait trop dommage.

L’île des Dieux.

Ça va être difficile de décrire le profond sentiment de bonheur qui m’a habitée pendant tout mon séjour à Bali. Dès qu’on s’éloigne des centres touristiques, Bali, c’est sublime, c’est grandiose et c’est mystique.

Cisco l’a dit : pas besoin de guérisseur. Le simple fait de s’y balader rend serein et léger – c’est un endroit magnétique, mais tout ça c’est aussi grâce à la profonde douceur de ses habitants.

Et ce n’est pas seulement l’accueil chaleureux et souriant même quand on est le 987654ème touriste en sarong et Birkenstocks qui passe le pas de la porte.

C’est les regarder vivre qui touche droit au coeur.

Leurs prières, tout le long de la journée, leurs offrandes, comme s’ils étaient en contact direct avec les dieux. Leur façon de travailler dur mais aussi de prendre le temps de se retrouver, assis dans leur “bales” où ils peuvent bavarder pendant des heures.
Leur manière de voir le bien et le mal comme deux forces qui se complètent et font tourner le monde.

Bon c’est réduit à deux phrases, là, mais difficile de ne pas être touché.

Oh, et aussi, leur manière de se moquer de nous. Ils adorent ça, les Balinais. Quoi, j’ai pas dit qu’ils étaient parfaits !

On les voit même marcher avec les yeux braqués sur leur téléphone, parfois…

——

* J’envoyais mes photos à Alex deux fois par semaine et c’est tout. Pour moi, les photos de voyage ne sont vraiment pas à compter dans les trucs dont je dois me désintoxiquer, tellement c’est un vrai plaisir.

** C’était en 2011, quand je savais encore parler français et qu’on disait “juste” tous les trois mots.

*** Il faut accepter de n’être qu’un touriste. C’est-à-dire, quelqu’un qui ruine le paradis en même temps qu’il l’enrichit. J’ai de grandes théories à ce propos, si ça vous intéresse.

**** Oui enfin c’est surtout les embouteillages causés par les touristes qui bouffent la vie des Balinais.

***** Dans ma liste d’endroits magnétiques : Rio De Janeiro, l’Arizona, et euh oui… la Corse. Pourquoi ? Aucune idée.