Avant, quand j’ouvrais Instagram ou Twitter, ça me filait une angoisse pas possible.

Bon ok, j’exagère – on va dire que c’était bizarre. Surtout pendant la fashion week.
Tous ces gens, tous ces trucs à voir, toutes ces choses que j’étais en train de manquer, aurais-je dû aller à telle soirée plutôt qu’à telle autre ? Et pourquoi n’avais-je pas été invitée à celle-là ?

Pourquoi n’étais-je pas assise en face de David Beckham et Harper Beckham* au défilé Victoria Beckham ? Des questions super bekhxistentielles, quoi.

Ici, on appelle ça le Fomo, Fear Of Missing Out. (La peur de manquer quelque chose.)

Aaaaaah Fomo. She’s a bitch.

C’est comme si on avait toujours l’impression que quelque chose de mieux, ailleurs, était en train d’arriver. Vous avez sûrement vu ça pendant la compèt instagrammesque de vacances de cet été. Un peu comme dans les 70s quand nos parents montraient leurs photos de vacances et / ou qu’il était hyper important de rentrer super bronzé pour montrer qu’on s’était éclaté.
Aurais-je dû, moi aussi, aller en Grèce ? Sera-t-il trop tard pour y aller l’été prochain ? Merde. J’ai oublié de prendre une photo de ce cocktail avant de finir de le boire.
Aurais-je raté mes vacances ?

Ok, j’exagère. Faut pas flipper. Instagram, c´est une vision améliorée de nos vies.
On fait tous ça. On montre le bon côté, on ne s’attarde pas sur le mauvais. Tout le monde me parle de mes vacances sublimes à Bali, mais la vérité, c’est que, comme pour tout, il y a eu des moments top et des moments franchement nazes.
Je ne me suis juste pas trop attardée sur les moments nazes. Ok un peu, quand même.

Du coup, petit à petit, je me suis habituée à voir cette version extatique de tout ce qui se passe autour de moi. J’ai appris à filtrer et aujourd’hui, j’utilise Instagram pour voir de jolies photos, mais aussi pour savoir ce qui se passe autour de moi.

C’est une fenêtre ouverte sur la vie des autres et sur tout ce qui se passe pendant que je ne suis pas là. C’est presque comme si j’avais le don d’ubiquité en fait. Je peux vivre une autre vie à travers les yeux des autres.

Je peux même voir davantage que je n’avais jamais vu auparavant, la vie à travers les yeux d’une éditrice ou d’un mannequin par exemple. Des points de vue complètement différents. C’est comme une réalité augmentée, en fait. Imaginez quand nous porterons tous des Google Glass et que nous live-streamerons nos vies !

[(Bien sûr qu'on y arrivera. La vie privée est déjà un concept dépassé. On n'a pas idée de combien d'infos on donne sur soi-même avec les médias sociaux, mais quand on commence à y penser, c'est littéralement flippant.)(N'importe qui peut savoir où l'on est à n'importe quel moment!)(J'ai une copine qui est capable de traquer n'importe qui en 10 minutes sur les réseaux sociaux.)(Argh)(Même moi, elle me traque ! : "Non mais pourquoi tu ne m'as pas amenée à cette soirée !" "J'avais qu'une invit. Non mais comment tu sais que j'y étais ?" "Bah t'as été taguée ma chérie!")(parano) (#copinebizarre #maistressympa #chacunsafolie)]

Bref. A l’avenir, on pourra vivre des multitudes de vies à la fois.

Bon. Je sais, je sais, je m’excite. Mais vous le savez. Je suis fan de science-fiction, absolument rien ne m’arrête.

Tout ça pour vous dire, mon FOMO s’est transformé en NOFOMO. Je ne peux pas aller a telle soirée? Pas grave, suffit que je tape le hashtag et je vois exactement ce qui s’y passe en temps réel. La dernière fois, j’étais en retard à un événement et il m’a suffit de checker sur Twitter pour savoir que je n’avais aucun souci à me faire. Tout le monde était en retard.

Je laisse les gens me montrer leur vie et je n’en prends que ce que j’en veux.
C’est plus cool à vivre que de passer sa vie à flipper.

Du coup je me demandais, comment vous vivez ça, vous ?

——

*M’en fous-je, ne m’en fous-je pas ? Que suis-je censée vouloir ? Au secours ?!!!