Je me souviendrai toujours du lancement du parfum One de Calvin Klein.

Oh la la. On ne connaissait pas trop la marque en France, mais les pubs étaient tellement sublimes, tellement hype avec ce casting new-yorkais tout en personnalités intrigantes et intéressantes, à l’attitude hyper rebelle, loin des clichés “femme sexy faisant l’amour à une bouteille de parfum” , que j’avais été clouée sur place de coolitude.

En plus, c’était un parfum unisexe, ce qui pour une ado garçon manqué en quête de son identité mode était l’argument fatal. Ce parfum, c’était moi !

Autant vous dire que CK One aurait pu sentir le gasoil, je me serais ruée dessus.
Ce dont j’avais envie en fait, c’était juste d’acheter un petit bout de fantasme CK One.
Non seulement ça collait vachement mieux à mon budget d’ado (= 0 centimes) qu’un Ajaccio-New York, mais en plus c’était vendu dans une parfumerie en bas de chez moi à une époque où, en Corse, pour porter une paire de Converse, il fallait se les faire ramener du “continent”.

Désir immédiat, donc.

Le truc s’est reproduit avec plusieurs autres parfums, plusieurs autres rêves.
Il y a eu Jean-Paul Gaultier (je suis mode, je suis shocking), L’Eau d’Issey Miyake (je suis pure, je suis insaisissable), Obsession (Je suis une femme. J’aime être nue sur mon sofa) (Oh,et je suis Kate Moss) et Acqua di Gio (J’aime me rouler dans le sable ? Je ne sais pas trop)…

Puis j’ai commencé à me lasser.

Le premier truc qui m’a fatiguée, ce sont les senteurs.
Plus je mûrissais, plus je me rendais compte que beaucoup de ces parfums se ressemblaient. Ils avaient tous en commun une note particulière et inexplicable.
Et c’était le cas. Beaucoup de ces parfums étaient montés sur une base de calone ou de muscs blancs, deux notes de synthèse hyper utilisées en parfumerie.
J’ai commencé par incriminer les parfums de synthèse – mais la vérité, c’est que presque tous les parfums – même les plus mythiques, comme N°5 par exemple, en contiennent. Et que, bien utilisées, les essences de synthèse peuvent être à la base de parfums merveilleux.

L’ennui, c’était donc le manque d’originalité – ou plutôt la ruée sur les tendances – de la plupart des parfumeurs.

Puis j’ai été terriblement irritée par la multiplication des “grands lancements”. Au lieu de continuer l’histoire d’un parfum, de l’approfondir chaque saison, des dizaines de nouveaux parfums étaient créés chaque saison (quatre parfums naissent par jour, paraît-il), avec chacun sa célébrité associée pour faire plus de presse : “[Insérez le nom de la célébrité], quel parfum portez-vous ?” “Je porte [insérez le nom du parfum] du matin au soir, bien sûr ! Il parle de moi, une femme libre, moderne et [insérez, au choix : active / passionnée / sexy / artiste / aventurière] je l’adore !”
Plus j’en voyais, moins je m’intéressais.

Quant aux flacons, pareil, c’était un peu bof. Je suis une telle packaging junkie qu’un mauvais flacon peut facilement me détourner d’un bon parfum et il y a beaucoup de mauvais flacons (en même temps je suis chiante, je n’aime que les trucs à la N°5, hyper classiques).

Bon, tout ça n’empêche que certains parfums de grandes marques sont et seront toujours sublimes.
Mais moi, j’en étais lasse.

C’est là qu’est arrivé le parfum Comme des Garçons, l’un des amours de ma vie, fantastique à tous points de vue, odeur, flacon et storytelling compris. Le début de la ligne de parfums Comme des Garçons, une vraie révolution dans le monde du parfum.

Puis quelques années sont passées, et j’ai eu envie de changer, et j’ai découvert un autre de mes parfums, Acqua Di Cuba chez Santa Maria Novella, à Florence. J’ai adoré le parfum bien sûr, mais j’ai aussi été sensible à l’univers plus confidentiel et “initié” (oui, c’est ça, vous avez raison : snob) de la marque.

C’est aussi le moment où ont commencé à débarquer de nouvelles marques de parfums, des alternatives aux géants de la beauté qui ont bien compris que le parfum est une affaire intime et sensuelle.

Prenez Byredo par exemple, j’étais dans leur boutique de Stockholm samedi. C’est une marque à l’identité super inspirante, au packaging simple et beau et aux senteurs recherchées.

Ce qui est marrant, c’est que bien que je sois hyper fan de la marque et hyper packaging junkie, je n’ai jamais réussi à m’approprier l’un de leur parfums, malgré tous mes efforts (parce que vraiment, qui ne voudrait pas porter un parfum Byredo, une marque confidentielle et ultra-chic (tout nous, quoi, non?) créée par un super beau mec en plus (tout nous, la beauté, non ?), avec des parfums aux noms comme Gypsy Water? (Tout nous, la gypsitude chic, non?)

Il faut croire que même avec mon approche complètement superficielle du parfum, je ne me satisfais plus seulement d’acheter une marque, aussi géniale soit-elle. Byredo, j’attends avec impatience le jour où vous sortirez mon parfum idéal.

C’est l’autre jour chez Catbird, complètement par hasard, que j’ai craqué pour mon dernier parfum, Poppy Rouge de D.S & Durga.

J’adore la senteur et c’est après l’avoir acheté que je me suis rendue compte que je ne connaissais absolument pas la marque – et que le flacon, bien que plutôt joli (en photo), ne me donnait pas non plus d’orgasme packagique. Ni le nom d’ailleurs. Poppy Rouge, c’est quand même loin de Gypsy Water. Et qu’en fait, la seule chose qui m’intéressait, c’était le parfum.
Que je n’avais pas besoin qu’on me raconte d’histoire autour, qu’on me placarde d’égérie ou d’histoire de marque confidentielle.

Là, je me suis demandée si :

1/ c’était moi qui avais enfin trouvé ma personnalité.
2/ on était tous passés par là.

Après des recherches très poussées (= 5mn de Google), il semblerait que le désintérêt pour les parfums “commerciaux” soit général (et moi qui pensait avoir enfin trouvé ma personnalité)….

Épuisés par les délires marketing autour des parfums (vous saviez, vous, que Paris Hilton avait lancé 14 parfums depuis 2004 ?)(mais sérieux, comment on a pu manquer ça?), on se tourne vers des marques confidentielles, qui créent des fragrances plus recherchées, qui n’essayent pas de surfer sur les tendances. On n’a plus envie de sentir la même chose que son voisin, ni de porter quelque chose de reconnaissable (Angel de Thierry Mugler?) mais plutôt une senteur qui nous colle à la peau et à la personnalité.

Vous avez ressenti ça vous ? Changé de parfums ? Trouvé votre personnalité ?
Ou est-ce que vous êtes encore excitée par les nouveaux lancements grand public ?

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* Ce que je ne savais pas à l’époque, c’est à quel point elles avaient été inspirées par des photos de la Factory D’Andy Warhol, ah la la encore plus cool !!!

** Après recherche, je suis ravie d’apprendre que tous les parfums de cette marque sont fait à Brooklyn avec des ingrédients naturels, Wow, Bio ET Hipster sans même y penser ! (Bon ok, j’ai trouvé le parfum chez Catbird en même temps, c’est pas comme s’ils ne savaient pas de qu’ils faisaient, là-bas.)