Je n’arrive pas à croire que ça fait déjà trois ans que j’habite New York.

En trois ans, il s’est passé des millions de choses, j’ai appris à naviguer dans New York, désappris à parler français (ce qui est un drame), adopté une feuille de kale, et j’ai aussi observé et moqué certaines habitudes de New-Yorkais, jusqu’à me rendre compte que j’en avais attrapé pas mal.

Il faut que je vous avoue, il y a…

Les trucs que je fais

- Hurler après un taxi parce qu’il a sa lumière allumée et ne s’arrête pas. Hurler après quelqu’un qui a sauté sur notre taxi. Se battre avec quelqu’un qui essaye de nous voler notre taxi. L’insulter et se faire approuver par tout le monde dans la rue. Finir dans le métro.Se dire que finalement, le métro, c’est pas si mal, tiens.

- Vivre avec un café greffé à la main.

- Avoir un petit nom exact pour son café, le mien : Tall latte with half a shot of coffee (= un demi expresso). Et personne ne me regarde bizarrement.

- Vouloir faire du sport tous les jours, ne pas y arriver et culpabiliser, puis boire des tequilas pour oublier sa culpabilité au bar avec des copines en maudissant les standards irréalisables auxquels New York nous confronte.

- Parler diététique, macrobio et colonic (non je vous promets, vous ne voulez pas que je vous donne l’exacte traduction française) tout en mangeant un burger de chez Black Market parce que c’est trop le Meilleur Burger De New York.

- Avoir un avis très arrêté sur où trouver “Le Meilleur Burger de New York” à New York.

- TOUT commander. Petit-dèj, dèj, dîner, café. Vins, courses, vêtements, marijuana, sexe, amour, films, absolument TOUT se commande.

- Dire : “Je vais faire une retraite de yoga.”
- Dire : “Je ne peux pas signer de contrat cette semaine car Mercure est rétrograde.”
- Dire : “Je cherche un guérisseur. Tu connais un guérisseur ?”

- Utiliser “Oh My God” à la fin de chaque phrase, pour exprimer la tristesse, la joie, la surprise, la colère, l’ennui, le plaisir. Oh my god.

- Dire : “Oh my god il faaaaut qu’on se prenne un café ensemble !!!” et ne jamais rappeler.

- Ne pas arriver à voir ses amis pendant trois mois d’affilée alors qu’on vit dans la même rue, because tout le monde est trop busy.

- Se balader en jogging à toute occasion : Pour aller au sport, pour promener son chien, pour descendre au deli, pour aller au spa, sans avoir de raison, pour aller bruncher en faisant croire à tout le monde qu’on revient de la gym (mettre une tonne de bush bien rose). Bref, dès qu’on peut, quoi.

- Tirer une tronche de quatre mètres de long après avoir réalisé que le diner auquel on venait de dire oui était à BROOKLYN. Ugh.

Râler parce que tout le monde est trop busy, et s’entendre dire : “Dîner !!! Oui ! Tu peux dans trois semaines ?” en regardant son emploi du temps.

- Dire : Laisse tomber, ce mec, c’est un modelizer.

- Passer trois semaines à planifier le fameux dîner, 3454 emails pour réunir quatre copines, une heure au téléphone avec le resto pour avoir une bonne table à une bonne heure (Ok, bon, ok, juste une table. Ok, bon, à 21h30, ok.) et puis…

- Annuler trois minutes avant parce que : “Oh my god je suis crevée ça t’embête pas trop ?”

- Dire avec un air blasé : “Oh, regarde, Cameron Diaz est assise à la table derrière toi.” “Oh, ils sont en train de tourner “Girls” dans ma rue.” “Oh, ma rue est encore pleine de paparazzis aujourd’hui” (On a tous une célébrité qui habite dans notre rue.)

- Être d’une bonne humeur de compèt, tout le temps. Sourire, parler au gens dans la rue, être “friendly”, tenir la porte, être généralement très bien élevé, sauf si on essaye de vous voler votre taxi.

- Ne JAMAIS avoir de liquide sur soi et NE PAS COMPRENDRE si un commerce ne prend que du cash. Du quoi ? Du cash ? Hein ? Pourquoi ? C’est quoi ?

- Serrer les gens très très fort dans ses bras comme si on était des meilleurs amis qui ne s’étaient pas vus depuis trois ans à partir de la troisième fois où l’on a rencontré quelqu’un.

- Dire “OMG I LOVE YOU” à quelqu’un qu’on trouve sympa.

- De manière générale, être hyper enthousiaste sur tout, travailler tout le temps, être partant pour tout, avoir des projets tout le temps, faire 75 trucs à la fois et se dire qu’on n’en fait pas assez.

Les trucs que je ne fais pas encore, thank God.

- Le week-end, avoir un emploi du temps plus comprimé que le décolleté de KimK.
9h, yoga – 11h, prébrunch avec deux copines, 13h, brunch avec amoureux, 15h, mani-pedi avec meilleure amie, 17h, courir la ville pour trouver un truc à se mettre pour le dîner ce soir, 18h, cocktails , 20h, diner, 23, danser.
Le lendemain, on prend d’autres personnes et on recommence.
[Perso j’aime toujours autant glander et n’avoir aucun plan, et traîner avec mes amies autant que possible sans emploi du temps en vue, à la parisienne. Parfois, quand je traîne trop, mes amies me trouvent bizarre.]

- Prendre son dèj devant son ordi, tout en travaillant.

- Travailler jusqu’à deux heures du matin sans se plaindre parce que c’est le prix à payer pour un job “créatif”.

- Ne jurer que par Soul Cycle, Ballet Beautiful ou Physique 56, trois workouts différents censés construire un des muscles fins et allongés, et réputés pour leur difficulté, leur prix exorbitant et la difficulté à trouver une place dans les cours “Ok c’est vrai ce que tu dis Garance mais c’est incroyable, ça a changé ma vie, je suis accro !”
[Moi, avec mon yoga, je suis hyper à la ramasse, en fait, voyez ?]

- Avoir un chien et un quelqu’un pour le promener. Ou le mettre à la crèche à chiens, où les chiens sont “très heureux car ils passent leur temps à jouer et socialiser (oui oui, on dit ça à New York) au lieu d’attendre le retour de leur propriétaire, tu comprends, vachement mieux !”.
[Affaire à suivre. J’en suis au stade où je voudrais bien un chat.]

- Claquer 10000$ par an en coach sportif et rationaliser la dépense en se disant que si on est canon, on claquera moins en fringues, ce qui est complètement faux.
[C’est le calcul que j’ai fait après avoir testé un coach et appris ses tarifs et être partie en courant.]

- Supporter Au Nom Du Sacro-Saint Brunch des restos bondés, où il faut hurler pour s’entendre, jouer des coudes pour se retrouver face à un menu qui n’offre que des oeufs, où l’addition est sur la table alors qu’on n’a pas encore posé sa dernière fourchette, tous les week-ends, deux fois par week-ends, se plaindre, et recommencer le week-end d’après.

- Arriver à avoir l’air complètement passionné par la conversation de votre voisin tout en scannant la salle et en décidant quelle personne on va aller saluer et faire semblant d’écouter après.

- Partir en vacances à Tulum, dans les Hamptons ou Upstate pour “s’éloigner du stress de la vie new-yorkaise”. Se rendre compte que tout le monde a eu la même idée, se retrouver dans un dîner boulot en vacances, avec les mêmes personnes qu’à New York mais un peu plus bronzées et un peu plus bourrées. Se lamenter sur la vie à New York.

- Rentrer et verser une larme à la vue de l’Empire State Building à travers le hublot de l’avion. L’Instagrammer depuis l’avion parce que, franchement, on se fiche bien pas mal de brouiller les signaux, le New-Yorkais sait très bien que les signaux ne sont plus brouillés depuis bien longtemps. Taguer : #NewYorkILoveYou.

Et le pire, c’est que malgré tous leurs défauts, je comprends les New-Yorkais. Je me moque un peu, même si je fais complètement partie de ce lot. Ah ouais, parce que vous connaissez l’une des habitudes favorites des New-Yorkais ?

Parler du fait qu’ils sont New-Yorkais.

Alors, est-ce que j’en ai oublié ?

————

PS = Je prépare un post similaire sur Paris, vous avez des idées sur des trucs typiques de Parisiens ?