Tout ça à cause d’un crepecake que j’avais entrepris pour donner un french twist à l’inexorable dinde de Thanskgiving.
J’avais pris mon air le plus décontract’, fait deux cent cinquante crêpes en trois minutes alors que les invités alentours me regardaient avec de grands yeux (je fais sauter les crêpes très très haut en leur faisant faire trois tours, tout en prenant un air aussi blasé que Karl Lagerfeld saluant après un défilé Chanel (“Oui, évidemment ça vous impressionne cette aisance – mais je n’ai que faire de vous impressionner.”), lunettes noires en moins.

Ensuite, je m’étais auto-convaincue, dans l’esprit de glande propre à Thanskgiving, que faire ma propre crème chantilly n’était pas indispensable. J’ai donc acheté un bombe de crème Chantilly et hop!!! On a monté l’édifice tous ensemble.

Oh, ça va, je n’ai jamais dit que j’étais Gwyneth Paltrow, non plus…

On a dévoré le truc en trois secondes, c’était délicieux, surtout les applaudissements de mon public, et puis soudain, j’ai eu envie de mourir.

C’est comme si le sucre de mon crepecake m’attaquait.
D’abord, j’ai eu très très soif.
Ensuite, j’ai eu chaud, j’ai eu comme un vertige.
Ensuite, j’ai eu très très très envie d’aller dormir. Il était quatre heures de l’aprèm.

Ce que j’ai fait, non sans de gluants cauchemars diabétiques. P#$@% de crème fouettée de supermarché. Franchement. Beurk.

Je me suis réveillée, le doigt en l’air, annonçant à qui voulait l’entendre :
“Cette semaine, c’est no sugar”. Personne n’a osé me contredire.

Ce n’est un mystère pour personne autour de moi, j’ai toujours été un peu accro au sucre. J’adore les chocolats, les caramels, les biscuits, et j’ai contracté ce truc (un peu con quand même) de me dire qu’un repas “ne pourrait se finir sans une touche sucrée ! Non ? On se partage un dessert ?” < —— = Si vous déjeunez au resto avec moi.

J’ai toujours pensé qu’un jour il faudrait que je me calme. On sait aujourd’hui les dommages que le sucre raffiné cause, à notre métabolisme, à notre peau, à nos dents et surtout l’incroyable pouvoir qu’il a sur nous. Il paraît que le sucre, c’est comme une drogue.

Donc bon – que ce soit vrai ou pas, après cette attaque, il était temps de faire un check up avec moi-même pour voir si je pouvais me passer du goût sucré. Pas question de faire un régime, ni même ne virer les sucres lents etc. Non, l’idée, c’était juste de voir mon degré de dépendance au goût du sucre.

Voici un petit compte-rendu de ma semaine (ou plutôt comme vous l’avez compris parce que je n’ai absolument pas tenu) de mes cinq jours sans sucre.

Dimanche 1er Décembre

Pffff, trop facile !

Je remplace mes tartines à la confiture par du oatmeal nature (beurk) mon carré de chocolat de fin de dèj par un yaourt nature (pffff depression) et je m’autorise un micro-verre de vin au dîner (—> sucre pur, passe direct dans le sang, mais on a dit que je me concentrais sur le goût du sucre pour le moment.)

Et on est tous d’accord, un verre de bon vin rouge, c’est pas sucré mais c’est tellement bon que ça fait passer l’envie de chocolat (ça s’appelle compenser, ça, Gaga).

Vais me coucher tôt, parce que le soir, c’est là que me montent mes munchies (fringales) sucrées.
Un bouquin (The Goldfinch de Donna Tartt, vous l’avez lu ?) et au lit. Non mais quelle vie glamour, je vous jure.

Conclusion jour #1 : Easy breezy, beautiful.

Lundi 2 Décembre
Pffff, trop fa… Au secours !!!

À dégager le oatmeal à rien pour le petit-dèj, ça me donne trop envie de mourir. Je me fais des tartines pain complet-beurre de cacahuètes organique (= pas bourré de sucre), ce qui me rend heureuse parce que j’aime le beurre de cacahuètes plus que tout, oui parfois même plus que le chocolat.

Ok, et je mange aussi des pâtes au dèj, ça fait beaucoup de sucres lents, tout ça, mais on a dit que c’était pas grave. J’abuse aussi légèrement sur le café, qui est ma seule planche de salut à la fin du dèj pour envoyer le message à mon cerveau que mon dèj EST FINI ET QUE LE CARRÉ DE CHOCOLAT NE PASSERA PAS PAR MOI.

Deux cafés plus tard, je me lève de mon bureau en mode somnambule pour aller tourner dans la cuisine. Au moment où je me rends compte que mes habitudes ont pris le contrôle de ma volonté, j’ai la main dans le “placard à merveilles”, oui, on en a tous un, celui où se trouve le chocolat.
Je me ressaisis, mais c’est hyper dur – surtout que mes trois millions de cafés me rendent fébrile. Mauvais calcul le café. Jusqu’au soir, le sucre me manque.

Conclusion jour #2 : Ah ouais d’accord. Suis vraiment accro au sucre, en fait. C’était pas des conneries.

Mardi 3 décembre
“Baaaah, en fait, c’est facile la vie sans sucre !”

Proclamé-je au Studio en avalant une louche de beurre de cacahuètes. Je commence à prendre d’autres mauvaises habitudes, pour compenser. C’est un peu nul, mais quand j’en parle à Scott, il m’explique que c’est pas trop grave d’hypercompenser pendant quelques temps.
“Ok”, lui dis-je en réouvrant le pot de beurre de cacahuètes. “Tu peux me racheter une bouteille de vin en rentrant ce soir ?”

À 11h, je décide de boire un latte (mon half shot) de chez Starbucks.
Pour la première fois, je me rends compte à quel point leur latte, même nature, est sucré.
Et je ne mets pas de sucre dedans, hein. C’est juste leur lait – leur lait a un goût sucré. Bizarre.

En même temps, ça ne me surprend pas : tout est sucré aux USA. Si par exemple vous voulez du lait de soja, ne choisissez surtout pas du simple “lait de soja” : c’est bourré de sucre. Choisissez du lait de soja “Non-Sucré”. Et ce n’est qu’un exemple, tout est comme ça.
Pour eux, normal, c’est sucré. Pas sucré, c’est une option. Pas toujours disponible. De quoi rendre parano, non ?

Conclusion jour #3 : Monde cruel. À chaque coin de rue se terre un dealer de sucre.

Mercredi 4 décembre
SOS

J’ai très envie de tout dévorer, et lors d’un rendez-vous en plein milieu de l’après-midi, je commande une assiette de babaganoush au Pain Quotidien parce que “quand on ne mange pas de sucre, c’est vachement difficile de trouver un en-cas quand on a faim”. N’importe quoi.

On m’avais dit qu’éviter le sucre empêchait les fringales : pas vrai pour le moment.
Je passe par des moments bizarres. Je sens plus le résultat psychologique (le sucre me manque et ça m’énerve !) que physique (ce qui est normal puisque je continue à manger des sucres, pâtes, vin…)

Je recommence à manger des fruits parce que le goût du sucre me manque et qu’il paraît que les fruits, ça ne compte pas. Mmmmm ouais.

Conclusion jour #4 : Mmmmm ouais.

Jeudi 5 décembre
Toutes les belles histoires ont une faim.

La journée se passe mieux, je commence à m’habituer, en fait. Je prends confiance. Je recommence à manger équilibré, le goût sucré me manque moins. Yes ! Quel assurage.
Tellement confiance que le soir même en rentrant d’un apéro, j’achète un pot de crème glacée Ben & Jerry’s Karamel Sutra.

Je sais.

Je mange la première cuillerée. C’est bon, glacé et sucré – le froid endort les papilles, c’est pour ça que les glaces ne paraissent jamais trop sucrées. Mais n’empêche, après trois cuillerées, j’ai mon compte. Ça me donne un haut-le-coeur.

Conclusion #5 : Restriction = craquage ? Classique.

Vendredi 6 décembre
Ok, je n’ai pas tenu une semaine, c’est la lose.

Tant pis, c’était simplement un test. Je ne voulais pas faire diaboliser le sucre ou me punir, juste voir où j’en étais. J’ai vu, je ne tiens pas une semaine, c’est intéressant. Maintenant je peux avoir un bout de ginger biscuit, please ?
… Et ce brownie là, qu’est-ce qu’il fait tout seul ? Ah, les joies de la vie au bureau – toujours une sucrerie qui traine. Par ici les brownies.

Eeeeeek ! Après une première bouchée, j’ai quasiment envie de le recracher, tellement c’est sucré. C’est bizarre : mon cerveau, habitué à aimer les douceurs, m’envoye d’abord les signaux de réconfort habituels “Ahhhhhh, cooooooookie.” Mais en fait, si j’essaye vraiment de déceler le goût de la chose…
C’est juste pas bon du tout.
Tout le monde autour de moi adore. Je repose le brownie, et reprend du thé pour faire passer le goût.

Conclusion jour #6 : Est-ce que par hasard mon curseur “sucré” se serait remis à l’heure ?
J’ai l’impression que ces quelques jours sans goût sucré me permettent de comprendre à quel point ce qu’on mange d’habitude est bourré de sucre. Mais il est un peu trop tôt pour conclure.

Samedi 7 décembre.
“Joyeux anniiiiversucre! Joyeux anniveeeeersucre !!!”

J’ai repris mes vieilles habitudes, et ma confiture le matin, même si je ne serais pas contre la remplacer contre quelque chose de moins sucré.

Le soir se reproduit la même chose que le jour d’avant. À l’anniversaire d’une amie, un gâteau somptueux dont tout le monde se régale. J’en mange une bouchée, mais je ne peux pas plus : c’est beaucoup, beaucoup trop sucré.

Bon, en revanche, je vous prie de me croire que je me suis lâchée sur le fromage. :)

Conclusion des conclusions

J’avais un peu conscience de vivre dans un monde où tout était trop sucré, et j’avais déjà halluciné sur le mauvais goût de certaines choses mais n’étant ni parano ni control freak, je n’en faisais pas une maladie.

Ce qui a été bien avec mon break – à part les montagnes de peanut butter – c’est que ça m’a permis de rééduquer un tout petit peu mon palais qui était devenu carrément insensible au goût de l’hypersucré. Franchement, c’est dingue pour moi de ne pas finir une part de gâteau – ça ne m’arrive littéralement jamais.
Donc arrêter de manger un brownie après une bouchée – c’est un truc carrément nouveau.

Et ça me plaît beaucoup – donc je vais continuer dans cette direction
Et en attendant… me reste plus qu’à apprendre à cuisiner des brownies pas sucrés… Et à faire des crepecakes à la crème fouettée maison. Ouaip Karl.

Et vous, vous en êtes où avec le sucre ? Vous en mangez beaucoup ? Quelles sont vos limites ? Je serais curieuse de savoir si je suis la seule accro au sucre par ici…