Vendredi dernier, je suis tombée malade.
Mais genre peux pas sortir de mon lit, pousse des râles de désespoir et Viber ma maman* – malade.

C’était top. Surtout que le jour d’après, c’était le début de la fashion week.

J’ai tout annulé ce soir-là, me disant que le lendemain, je serais sûrement de retour, alive and kicking et plus sapée qu’Anna Dello Russo, comme à mon habitude.

Bah. Après une nuit très glamour ou j’ai compris que j’avais certainement une gastro**, j’ai percuté que les prochains jours n’allaient pas aller comme je l’avais imaginé, à base de champagne à 10h du mat et de soirées à danser avec Alexander Wang, mon meilleur pote.***

Suis retournée au lit.

Pfffff, que faire. C’est pas comme si je pouvais vraiment bosser de chez moi. J’avais bien essayé de plancher sur mon livre, mais comme vous le savez, quand on est malade on n’est pas seulement diminué physiquement, on est aussi complètement anéanti intellectuellement et les trois seuls mots que j’ai pu écrire en deux heures devant mon ordi furent Pepto et Bismol****.

Ce fut même l’une de mes requêtes Google, tellement mon cerveau était en mode slo-mo.
(Ok, je voulais aussi savoir combien de litres on pouvait ingérer sans faire une overdose. Réponse : NON.)

L’heure était donc grave. Prise entre mon esprit embué et une Fomo naissante, je me suis dit qu’il ne me restait plus qu’une chose à faire, vivre la passion de la fashion par Internet.

Je me suis versé un coup de Pepto dans un verre de champagne, et j’ai ouvert mon ordi.

C’était l’heure du défilé Altuzarra.

#1 – SOCIALTUZARRA

J’ai tapé #altuzarra sur Twitter et sur Instagram, et là, soudain, je me retrouve propulsée en backstage.
Check make up, paillettes légères sur les yeux, cool ! je vois je vois, casting, ok super.

Altuzarra Makeup Backstage Photo

Quelques minutes plus tard, l’un de mes trucs préférés, le front row. Nan parce que c’est quand même l’un des trucs importants quand on va à un show, de voir ce qui se passe en front row.

Qui est là ? Avec Qui ? Habillé comment ? Pensent-ils à moi ?

Et là pareil, sur Internet, il n’y a qu’à demander, ça tombe. Quelles tenues ai-je toujours envie de checker ? Celles de Jenna Lyons bien sûr. Ben les enfants, il n’y a qu’à demander à notre copine Marina Larroude (big air kiss to you darling) :

jenna-lyons-altuzarra

Puis ensuite le défilé, là, pas besoin de vous faire un dessin, vous connaissez, c’est l’ouragan de photos floues, de mono-chaussures, tout le monde adore tout, et hashtague à mort, mais bon quand même moi je dis, j’aurais mieux aimé être là pour juger moi-même. La musique manque, l’atmosphère manque, et c’est pas une petite Insta video pourrie qui va changer ça.

altuzarra-cfda-instagram

Je reste hyper sur ma faim, enfin façon de parler, vu que je vous le rappelle au cas où vous aviez, enfin oublié, GASTRO.

Puisque c’est comme ça, ce soir, je teste le livestream d’Alexander Wang, tiens.

#2 – WANGSTREAM

La nuit est tombée. Je suis toujours aussi catastrophique mais de moins en moins ambulante, j’ai les cernes jusqu’au cou, le cheveu plat et je suis aussi stylish qu’un photographe de streetstyle en Février à New York*****, mais tout le monde s’en fout, je suis toute seule chez moi dans deux secondes je serai fucking front row chez ALEXANDER WANG yo bitches (je parle comme Kanye, non ? C’est pas ça qu’il faut faire ?)

Même Scott m’a abandonnée, le salaud. C’est pas faute d’avoir essayé de le retenir à coup d’ahanements et de petits épisodes de respiration rapide (= je vais mourir sur champ au secours). On ne manque Alexander Wang que si l’on est à l’article de la mort, mesdames et messieurs.

Allez hop, champo-bismol.

Huit heures trente, le livestream commence.

Oh, gawd.

Aussitôt que le live commence, je suis prise d’un sentiment étrange – c’est du voyeurisme à un stade très, très avancé. Si Instagram nous donne une fenêtre sur la vie des autres, là, carrément on a l’impression de se téléreporter chez eux, comme…

DIEU.

Je suis prise de vertige. Je vois qui s’assoit, où, avec qui. Qu’est ce qu’ils portent, quand.
À un moment, la caméra zoome sur Kate Davidson Hudson en train de texter sur son téléphone et franchement, si le caméraman n’avait pas dézoomé à ce moment là, j’aurais pu lire son texto.
Complètement hallucinant, je suis fascinée. J’adore.

Bon, évidemment, il y a la musique un peu nasillarde qui recouvre l’ensemble, non parce que si on pouvait entendre les gens parler là je pense que ce serait Armageddon dans la mode. Non parce que vous imaginez bien les trucs qui se disent, hein, pas à mettre entre toutes les oreilles… C’est comme à l’école !!!

Absolument personne dans l’assemblée n’est conscient de la présence de la caméra, à propos.

Je vois un gars bailler aux alouettes trois fois de suite (il n’était pas necéssaire de filmer ces instants cher caméraman du livestream) Bryan Boy arriver en pyjama, Caroline de Maigret s’asseoir à côté de Karen Elson et j’avoue même un truc qui me fait flipper rien qu’à vous le dire, je reconnais Fabien Baron DE DOS. Fabien, si tu m’écoutes, ne n’inquiète pas, je ne suis pas ton stalker, je ne sais pas ce qui m’a pris, soudain j’ai juste su que c’était toi.

C’est à ce moment là qu’Alex, qui elle aussi a décidé de regarder le show en livestream, m’envoie un texto. Et là, voici quelques extraits de notre conversation.

#3 TEXTAVERSATION

Alex
“Quoi ? Karen Elson a un Blackberry ?”

[Nos conversations par textos sont souvent profondes, politiquement engagées et étayées par notre savoir encyclopédique de la mode, comme vous pouvez vous l’imaginer.]

Moi
“Oh, regarde, Scott vient d’arriver, mais qu’est ce qu’il fait ? OMG ce serait pas trop génial si j’avais tout le temps une petite caméra qui le suivait ?”
“Non OK ce serait horrible.”

Alex
“Oh, merde, ça commence.”

Moi
“C’est la vraie musique ?”

Alex
“Oui, je l’ai entendue 23 fois quand j’étais en backstage cet aprèm”
“Oh, mon père adorerait ça, poches et cartouchières pour quand il va à la chasse”
“J’adore les boots”

[La caméra zoome, donne des plans larges et des plans si proches que l’on voit parfaitement la texture du vêtement. Franchement, une meilleure vue qu’à n’importe quel siège.]

Moi
“Attends c’est quoi ces boots ?”

Alex
“Ben, c’est deeeees… Attends on dirait des protège-tibias”
“OMG sans rien derrière ???”

Moi
“OUH !!! c’est des mules !!! Des bottes-mules !!! Bottes devant, mules derrière !”
“Des bottules ? Des Mulottes ?”
“Intéressant ces couleurs, c’est quoi cette matière ?”

Alex
“C’est une matière qui réagit à la chaleur j’ai cru comprendre.”
“Moi je cherche Caroline Trentini, j’ai vu sa fiche en backstage, elle va défiler !!! #flashback2012.”

Moi
“Tu vas voir qu’elle va sortir à la fin il va faire le coup du finale top-models de la mort qui tue”

Alex
“Ah mais oui t’as trop raison les voilà !!! Mais qu’es..
“Ils ont peint tous leurs cheveux en noir, attends, c’est qui ça ?”

Moi
“Karlie”
“Joan Smalls”
“Daria ?”

Alex
“CAROLINE JE LA VOOOOOIIIIS”
“Ah non c’est pas elle.”

Moi
“Bon ben c’est fini?”

Et voilà, le show fini, et je suis retéléportée chez moi.
Franchement, c’était assez hallucinant comme expérience, et je recommencerais sans aucun problème.
Le lendemain, je parle du défilé aux gens comme si j’y été allée, parce que franchement, j’ai quasiment oublié que je n’y étais pas – sauf quand ils me parlent du temps qu’il leur a fallu pour se rendre à Brooklyn (oui, cette année, le show Wang était à Brooklyn, et quand je vois Scott rentrer, épuisé, à 23h, c’est à dire environ 2h après la fin du show le temps qu’il lui fallu pour braver les intempéries et les embouteillages*****).

À méditer cette histoire de livestream quand même, même si je serai toujours ravie, enchantée, émerveillée d’aller à un défilé Alexander Wang, hein ;) ;) ;) ;) ;) ;) (la fille qui n’a pas envie d’être désinvitée (“Oui, nous avons vu que vous aviez apprécié notre Livestream donc cette saison voici un passe pour voir notre show… Depuis ton canapé connasse !!!) Argh.

Ah, mais avant de partir, laissez moi envoyer un message perso à mes confrères de la fash packitude.
Les amis, faites gaffe. THE WORLD IS WATCHING. No yawning, no bitching, no texting stupid pictures, no pretending to be busy when you’re actually playing Flappy Birds (mais pourquoi je parle en anglais moi ?) et modération sur les air kisses. Ok ?

Big air kiss !!!

Signé,

DIEU.

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PS, le lendemain, j’étais à peu près alive and kicking (pas tout à fait) (et en plus, j’avais repris mon kilo) et repartie pour la vraie vie.
Mais bon, selon où je suis assise la prochaine fois, peut-être regarderai-je le livestream depuis mon siège DANS le défilé ? Si je suis assise à côté de la porte à l’endroit où l’on peut seulement voir le dos du mannequin ?
Meta meta meta ? Ou pour savoir où Scott est assis ? Ce que Bryan Boy porte ? Si Karen Elson a enfin changé de téléphone ? Si je reconnais toujours Fabien Baron DE DOS ?

Ah mewde, la vie moderne.

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*Oui, ma maman et moi on se parle par Viber. Et elle m’envoie des tas d’emojis !!! Je vais lui envoyer les Emojis Bazaar, tiens.
** Non, pour répondre à la question que tout le monde me pose quand je dis ça, je n’ai pas perdu trois kilos, juste un. Pffffff, la gastro, c’est comme la Nouvelle Star : c’est plus ce que c’était.
*** Et par la je veux dire café pour pas se geler les doigts en prenant des photos et soirées en tête à tête avec mon ordi, mon vrai meilleur pote.
**** Sorte de médicament slime américain au goût de cerise tagada qui soigne les, beeeeen, ce que j’avais, quoi, je vais pas vous faire un dessin ! Ohhhhhh.
***** Pas Stylish, fait trop froid
****** Bon, ok, entre temps je lui ai aussi demandé d’aller m’acheter du riz et des bananes au déli, pour compléter mon régime BRAT recommandé en cas de gastro (AU CAS OU JE VOUS AURAIS ENFIN LAISSÉ TRANQUILLE AVEC CETTE IDÉE DE GASTRO) (Banana Rice Apple sauce Toast.)

Cette illustration est d’abord apparue dans Vogue Paris et a été modifié.