Samedi matin, je me suis fait un café, et j’ai ouvert Vanity Fair.

En tournant les pages, je vois une photo de Brad Pitt. Son visage était nu, de face, manifestement pas retouché, sous une lumière étrangement assez peu flatteuse.
Étonnante photo, je me dis. Je lève les yeux pour en trouver l’auteur.
Ah oui, c’est le génial Chuck Close.

vanity-fair_brad-pitt

Je tourne la page et là, je vois Kate Winslet.
Même chose. Pas retouchée, pas très maquillée, naturelle. Là, je détaille ses rides, les plis de ses paupières, les imperfections de sa peau, la vérité dans son regard, loin des mimiques de séduction qu’on voit d’habitude dans les magazines. Son humanité. Qu’est ce qu’elle est belle.

Kate Winslet Chuck Close Vanity Fair

Page suivante, c’est Julia Roberts.
Là encore, un visage si familier, mais tellement différent de l’incarnation que l’on en a d’habitude. Une peau non retouchée, simplement maquillée.

Julia Roberts Chuck Close Vanity Fair

Puis Scarlett Johansonn, si juvénile dans son expression, si loin des clichés de diva hollywoodienne que j’ai l’habitude de voir d’elle.

Scarlett Johansson Chuck Close Vanity Fair

J’ai tout d’un coup l’impression de mieux les connaître toutes les trois.

Enfin je tourne la page et c’est Robert de Niro qui me regarde. Là en revanche, rien de spécial. Ce n’est peut-être pas retouché, mais rien de surprenant : c’est un visage familier que j’ai en face de moi.

Robert di Niro Vanity Fair Chuck Close

J’ai commencé à m’énerver toute seule : “Ça, c’est bien la preuve qu’on ne laisse pas les femmes vieillir tranquilles, on est obligées de les retoucher à mort. Pourquoi est-ce que je ne sourcille pas de voir De Niro dans toute la splendeur de ses 70 ans (oui !) alors que j’ai l’impression de voir Julia Roberts (46 ans) pour la première fois ?”

Qui nous impose ces standards ?

On en parlait la dernière fois avec une amie directrice artistique, qui crée des images de mode pour de grandes marques. Elle m’expliquait que quoi qu’elle fasse, quand elle essayait de mettre des mannequins plus âgées dans ses campagnes, de les montrer dans leur vérité, de moins retoucher, les ventes s’en ressentaient tout de suite. Les rides, ça vend moins.

Le même pantalon, porté par Lauren Hutton et par Gisèle Bundchen, ne vendra pas du tout pareil – même si ce pantalon s’adresse à un public plus proche de l’âge de Lauren Hutton.

Ce n’est donc pas forcément les magazines ou les publicitaires qu’il faut incriminer.
Ils nous donnent ce que l’on veut bien acheter.

C’est comme un serpent qui se mord la queue.

C’est ce que j’ai trouvé fascinant, récemment, sur Pinterest.

Pinterest est un média dont le contenu est généré par les utilisateurs eux-même – chacun fait son propre contenu, choisissant les photos qui vont y apparaître.

On pourrait donc y imaginer plus de diversité.

Mais il suffit de passer une minute dessus pour se rendre compte que la plupart des photos sont celles de mannequins ou de célébrités, qui sont dans leur majorité jeunes, minces, et blanches.

D’ailleurs, puisqu’on y est – combien de filles de 20 ans peuvent d’offrir du Céline ou du Balenciaga ?

Pas tant que ça. Une amie acheteuse me disait, au moment de la Balmania, que les clientes qui pouvaient vraiment s’acheter un jean à 1500€… Ne ressemblaient pas exactement à Daria. La plupart avaient 60 ans et passaient leur vie au régime pour pouvoir se glisser dans ces jeans.

Ouaip.

Pour finir ces observations, il est étonnant de montrer qu’Oprah (Et oui elle est aussi actrice ! Et génialissime dans The Butler) elle-même faisait partie du casting.
Oprah, 60 ans célébrés à grand bruit sur toutes ses chaînes (et elle en a des tas), pas du tout effrayée par l’objectif de Chuck Close, mais qui se met en couverture de son magazine, tous les mois, en mode hyper retouchée.

Je ne pense pas qu’elle ait envie d’apparaître plus jeune que son âge.

J’ai comme l’impression qu’elle a tout simplement compris qu’une Oprah non retouchée vendrait moins de magazines.

Je ne sais donc plus du tout que penser.

Moi même par exemple, quand je prends des photos, je choisis toujours le meilleur angle, la meilleure lumière possible, celle qui enlève 15 ans et fait des peaux sublimes. Je ne retouche pas les imperfections mais je corrige la couleur, l’exposition de mes photos pour rendre les gens “beaux”.

Suis-je complice ?

Est-ce qu’on est tous pris dans un espèce d’inconscient collectif qui nous amène à préférer des images irréelles ? Est-ce qu’on arrivera un jour à changer ça ? Comment ?