C’est vraiment une aventure de tenir un blog dans les années 10. Ça commence comme un simple journal, puis ça grandit, ça évolue, en même temps qu’Internet révolutionne nos vies.

En même temps, la presse papier qu’on aime tant a du mal à s’adapter à l’insoutenable rapidité et voit tous les systèmes en place s’écrouler.

Le lecteur (moi, vous!) qui avant, ressentait une certaine distance avec la presse, le journaliste, la mode, se rend compte que tout est à portée de main. A accès aux backstages, voit les fils grossiers qui sont mis en place avec les annonceurs (tu me donnes une pub, je te donne une page éditoriale), l’argent, le nerf de la guerre, la question de survie des magazines.
Et pas les malheureux quatre euros que l’on paye un magazine, évidemment, qu’on était cons.

Internet, c’est gratuit, c’est libre, c’est fluide, ça se partage, c’est différent.

Puis les e-shops arrivent. Incroyable !!! Les gens achètent sur Internet. On aurait jamais imaginé.
Internet s’institutionnalise. Puis les annonceurs qui, sur la pointe des pieds, essayent de voir comment reproduire le système assez confortable qui s’était mis en place avec les magazines.

C’est que les temps ont changé, mais les gens, eux, pas vraiment.

Et ça marche, évidemment. Le problème d’un système libre, fluide et global, c’est qu’il n’a aucune règle. Certains ont bien essayé avec les blogs (Independant Fashion Bloggers), de se solidariser pour essayer d’éviter de retomber dans le même système qui a causé la perte de confiance dans la presse. Mais ça n’a pas vraiment marché.

Aucune règle, c’est la liberté de dire oui à n’importe quelle opération commerciale.
Ou celle de dire non.

Puis une nouvelle génération arrive, qui a grandi avec un téléphone dans les mains, et un système de valeurs complètement différent de la génération précédente. Qui a parfaitement intégré ces systèmes et lit à travers eux sans aucun problème.
Parfaitement normal de prendre un selfie toutes les trois secondes, parfaitement normal de broadcaster ses fiançailles (surtout si on a loué un terrain de foot pour l’occasion), parfaitement normal d’être payé quand on parle d’une marque.

Une grille de lecture complètement différente.

Les annonceurs, quant à eux, n’arrêtent pas leur course folle. Après quelques années à jouer avec Internet, ils sont prêts à foncer. Puisqu’il n’y a plus aucune règle, c’est le moment d’occuper le territoire. On peut faire sur Internet tellement plus que sur le papier ! Les gens partagent l’information, elle va tellement plus loin qu’on aurait pu l’imaginer ! Et cette nouvelle génération s’en amuse ! Allons-y. C’est le moment.

Je reçois donc tous les jours des emails qui veulent m’acheter de la pub. Pas de la pub dans la sidebar, non. De la pub dans le corps de mon blog*, dans mes médias sociaux, sans réelle différence entre mon contenu éditorial – et ça bouleverse mes systèmes de valeur.

Voyez-vous, je ne suis pas contre l’argent. Il me permet de faire de belles choses pour mon blog. Un meilleur design, de plus belles photos, de plus beaux voyages. Je vous avais expliqué ma manière de travailler ici et c’est toujours la même chose. Je dis beaucoup non. Trop parfois.

J’aime plutôt explorer ce que la modernité propose.

Et puis j’aime les marques avec qui je travaille. Elles me proposent des projets géniaux, font appel à ma créativité et me permettent de réaliser des projets que je n’aurais pas pu réaliser sans leur soutien financier. Celles avec qui je choisis de travailler sont respectueuses de mon lecteur, j’y rencontre des gens passionnés – bref, aucune raison de les diaboliser, surtout si on les choisit selon ses goûts.

Tous les jours, avec mon agent et mon équipe, nous parlons du meilleur moyen de respecter notre blog et vous, lecteur intelligent et éduqué et qui comprend tout (je le sais, je vous rencontre le plus souvent possible et je lis tous vos commentaires)(tiens d’ailleurs, en parlant de rencontre : la semaine dernière, j’ai donné une classe à Yale ! Cf photo “prof Garance”), tout en s’adaptant à cet univers qui change chaque seconde.

À force d’y réfléchir, d’essayer de comprendre ce monde nouveau du publishing et en regardant comment travaillent les autres, qu’ils aient des blogs ou des magazines online entièrement sponsorisés ou une démarche plus résistante – j’ai décidé d’adopter une démarche mesurée, honnête et simple.

Le contenu réalisé en collaboration avec des marques est notifié et aucun post n’est sponsorisé de manière cachée – on continuera à s’adapter au monde qui change autour de nous, mais vous serez toujours clairement notifiés.
Pour le reste, si je ne dis rien, c’est que le contenu a été réalisé sans soutien financier particulier*.

Nous travaillons avec des liens affiliés, qui est l’une des manière les plus simples et les plus libres (aucun contact avec les boutiques et les marques, aucune pression éditoriale) de travailler. Les marques comme Zara ou Céline qui ne font partie d’aucun réseau affilié, (et oui, même à l’opposé diamétral du spectre, certaines marques ont des points communs!) continuent d’apparaître sur le blog, très souvent – on ne choisit pas notre contenu en fonction de nos partenaires affiliés.

Pour le reste, c’est tout simplement une question de confiance et de dialogue entre vous et nous.

Avoir des règles strictes n’a pas empêché la presse de s’enfoncer dans un rapport de dépendance compliqué avec les annonceurs – et c’est précisémment ce manque d’adaptabilité et d’honnêteté qui la fait tant souffrir aujourd’hui.
C’est dommage, et j’espère vraiment que les magazines survivront à cette tempête.

Quant à moi, je suis excitée de mettre un pied dans cette nouvelle ère et de redéfinir encore une fois ce que veut dire être blogueur aujourd’hui.

Il paraît que l’avenir, c’est cet état de constante révolution dans laquelle nous évoluons.
Pour s’y épanouir, il faut savoir rester simple, authentique et adaptable. Inventer ses propres règles. Rester fidèle à soi-même. Ecouter les feedbacks. Et surtout, ne pas avoir peur de se remettre en question.

Et ça va pour un blog comme pour une carrière – ou n’importe quel aspect de nos vies.

On ne s’ennuie jamais, hein ?

Je suis là ce matin si vous avez des questions. Je vous embrasse !

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*Par exemple, jeudi, quand j’ai publié ce film que j’ai fait avec L’Oréal, ils m’ont certes appelée et payée pour créer ce film, mais la publication sur mon blog n’a pas été achetée et n’était pas garantie (Certains me disent : mais tu es con ! Tu aurais dû vendre cet emplacement ! Bah – c’est comme ça), je l’ai juste publiée parce que je l’adore.

Dans la photo, vous pouvez voir mon citron (???), une photo de moi prof àYale avec un perfect Schott x Edith A. Miller veste, un vieux jean Zara et mes Common Projects adorées (j’avais pris des talons mais ils sont pas très talons à Yale), mes bagues Krysos + Chandi, un bracelet WXYZ (pas le mien, mais quand même trop beau), mon eyeliner MAKE et mon baume à lèvres Diptyque (j’adore leur nouvelle ligne de beauté sublime) et je garde le meilleur pour la fin MES CHAUSSURES MIU MIU QUI SONT DÉMENTES ET DONT JE VOUS RABATTRAI LES OREILLES SOUS PEU. Tellement je les kiffe. Bisou !