La semaine dernière, j’ai eu 39 ans.

Arrrrrgh, là, on ne peut plus se mentir, une page se tourne. Non parce qu’à 35, 36, même 37, pour moi, les dés n’étaient pas encore complètement jetés. Même si je commençais à me préparer, j’étais encore très cool dans mes baskets d’adolescente (hyper) tardive.

Oui, j’ai toujours fait partie des retardataires. Mais bon là, faut pas déconner, avoir 39 ans,c’est du sérieux. Ou pas en fait. Parce que…

Comment c’est de vieillir à notre époque ?
Ben la vérité, c’est que c’est carrément cool.

Il y a les choses extérieures.

Aujourd’hui, on peut rester belle toute sa vie. Bien sûr que c’était vrai avant aussi. Mais aujourd’hui, c’est visible dans les médias : la vie, la beauté, ne s’arrêtent pas à 35 ans.
Vous avez vu le dernier lookbook & Other Stories ? Coooool.

Les femmes dont la beauté me fait rêver ont tous les âges. Cate Blanchett, Lauren Hutton, Lupita N’yongo. Sophie Marceau en couv’ du Vogue Paris de ce mois-ci.
Je ne sais pas comment elles font pour être (et rester) aussi sublimes et naturelles (nan parce soyons claires, quand même : après 30 ans c’est plus de boulot), mais je compte bien le découvrir et partager ça avec vous.

Il faut dire aussi que les rides ne m’ont jamais vraiment fait peur. C’est peut-être parce que ma mère et ma grand-mère n’en ont pas beaucoup, mais c’est aussi parce que je n’ai jamais, même en me creusant vraiment la tête, trouvé ça moche.

Niveau style, parmi celles qui m’inspirent, Emmanuelle Alt et Jenna Lyons sont tout en haut de mon palmarès. Et ça n’a aucun rapport avec leur âge : elles pourraient avoir 20 ans, je les trouverais absolument aussi cool.

Il y a les choses que l’on construit.

Moi la grande retardataire, qui ai commencé à bosser très tard (et à me demander si j’arriverais jamais à rattraper le temps perdu), j’ai un exemple sous le nez qui me fait adorer la vie.
Ma mère, qui a étudié toute seule, est devenue psychanalyste, à 53 ans après une longue carrière dans le commerce. Un jour, je vous raconterai son histoire, géniale et inspirante.
Ça rassure sur le fait qu’on peut commencer une nouvelle vie à n’importe quel âge de la vie.

Et puis, il faut que je vous dise – je suis heureuse d’appartenir à ma génération.
C’était pas gagné. Grandir avec la menace du Sida, les records de chômage, et plus grand chose à révolutionner. Des années 90 exaltantes, très no future (le nouveau millénaire nous faisait quand même vachement peur) et en même temps incroyablement inspirantes dans lesquelles je me suis jetée à corps perdu – à tel point que j’en ai un peu oublié de bosser.

Et quand je pensais qu’il ne me restait plus grand chose de fascinant à espérer niveau carrière, Internet est arrivé. Immense vague, lame de fond merveilleuse, une révolution comme il n’en arrive que rarement.

Je fais partie de la dernière génération qui a grandi sans Internet. C’est une richesse incroyable d’avoir connu le monde tel qu’il était avant. Un point de vue unique. Même si quand, un jour, je dirai à mes arrière-petits-enfants que mon premier amoureux m’appelait dans une cabine téléphonique, ils me regarderont comme si j’étais une alien venue d’une autre planète. Exactement ce que je serai.

Heureusement que plus on vieillit, plus une merveilleuse tendresse s’empare de nous pour les plus jeunes. D’ailleurs, travailler avec mon équipe, tous des vingtenaires, est l’une des expériences les plus géniales que je vis en ce moment.

Bien sûr, je leur apprends des choses – mais moi, j’apprends d’eux tous les jours.

Et l’aventure intérieure.

Je ne vais pas vous faire un paragraphe sur la sagesse qui s’acquiert au fil des années.
À 39 ans, il reste encore des tonnes de choses à dégrossir.
Moi, je suis moins angoissée, plus tolérante. Beaucoup plus cool, en fait.
Mais très, très, très loin d’être Maître Yoda, et tant mieux.

C’est pareil en amour. Bien sur, on apprend. Mais en même temps, laissez-moi vous rassurer : on est aussi con en amour à 39 ans qu’on l’était à 20.

Mais l’une des aventures les plus intéressantes peut-être, devient à 39 ans une question urgente.

Faut-il faire un enfant ?
Je fais partie de celles qui n’ont pas eu vraiment d’horloge biologique. J’y ai toujours un peu pensé, pas vraiment, sans trop de stress, jusqu’à l’angoisse qui s’est emparée de moi l’année dernière… Si je veux faire un enfant, c’est maintenant.

Et là encore, il faut que je dise merci aux autres femmes qui ouvrent la voix de la liberté.

Autour de moi, et notamment à New York où règne une immense tolérance, j’ai des amies qui ont fait tous les choix possibles. Avoir des enfants. Ne pas avoir d’enfant. Adopter. Avoir des enfants tard, avoir des enfants tôt. Certaines font des enfants toutes seules.

On peut penser ce que l’on veut, moi, tout ce que je vois, ce sont des enfants très heureux… Ça donne, que l’on soit en couple ou pas, une grande liberté et une manière différente d’aborder les choses.

Mais au bout du compte, c’est la nature qui décide, et c’est l’une des choses importantes et profondes que les années nous apprennent… Il faut se jeter à l’eau. Décider. Faire. Devenir soi.

[On verra ce que l’avenir me réserve, hein - c’est une question beaucoup trop délicate pour s’étaler sur le sujet, mais beaucoup d’entre vous me posent la question, donc je voulais apporter un élément de réponse !]

Il y a le regard des autres.

Pas un jour la semaine dernière où les gens n’ont essayé de me rassurer sur mon âge : “Tu es tellement jeune !” (Non.) ou “Ne t’inquiète pas, ça va aller !” (Oui, je sais !) ou juste les grands yeux ronds de mes copines de 23 ans genre “Putain mais j’y crois pas c’est dans tellement longtemps mes 39 ans” (Non, ça passe incroyablement vite)(ça s’accélère, en fait, même.)

Evidemment, ça me fait rire, parce que je suis cool avec ça – ça m’est pas venu tout seul – j’y ai travaillé, je me suis préparée, j’ai réfléchi, je sais qui je suis. Mais ce qui m’ennuie, c’est que même avec tout ce que je vous ai dit plus haut, il y ait toujours autant d’idées préconçues – surtout envers les femmes.

Des gens qui disent qu’une femme est “belle pour son âge” (non, elle est belle, c’est tout). Une femme n’ose pas dire son âge ou soustrait des années (beaucoup d’hommes sont frappés du syndrome aussi, il ne faut pas croire que parce que c’est plus facile pour eux de vieillir ils en sont moins coquets)
Des gens qui disent d’une femme qui est avec un homme plus jeune qu’elle qu’elle est une “cougar”. Ce genre de choses nous enferment. Et ne parlons même pas des discriminations à l’embauche…

[J’ai une amie qui ne dit pas son âge et vous voulez savoir quel est son problème ? Les gens passent son temps à s’interroger là-dessus (“Nan mais quel âge elle a ?”). En essayant de s’en protéger, elle en fait le principal sujet de conversation quand les gens parlent d'elle.]

Mais bon, ce que j’aime en 2014, c’est qu’on voit des femmes de toutes les générations parler ouvertement de leur âge, ne pas en avoir honte, s’assumer, s’en amuser.
Et moi, je veux faire partie de ces femmes-là.

C’est un pouvoir à prendre que celui de s’assumer dans toute sa vérité. C’est aussi dédramatiser le sujet que de s’exprimer franchement.
Et que s’enfermer dans une fausse jeunesse, c’est s’enfermer dans le passé.
Ce qui est libérateur, c’est de vivre dans son âge, parce que ça ouvre les portes de l’avenir.

Pour soi, et pour toutes les autres.

Donc (plein de) joyeux anniversaires à vous toutes et gros bisous !!!