Cette semaine au Studio, on a pas mal discuté des problématiques liées à l’âge, et l’une des rubriques les plus consultées du blog, c’est celle consacrée à l’âge et à la beauté. Moi, quand je pense à ces deux sujets, je vois les tonnes de cosmétiques antiâge qui envahissent le marché. Parmi tous les produits que je vois passer, rares sont ceux qui ne promettent pas des miracles question lutte contre les signes du temps. D’ailleurs, les produits que j’utilise moi ont tous par défaut au moins un ingrédient anti-ridules, rides, correcteur de tâches, anti-âge.

J’ai aussi l’impression que la société et la culture populaire nous bombardent d’images d’une jeunesse synonyme de succès, de bonheur et d’amour. Aujourd’hui, on se focalise sans cesse sur l’importance d’avoir l’air jeune (et donc mince), quitte à gommer les traces de notre vie passée. Tapis rouges, défilés, magazines et campagnes de publicité cherchent à nous convaincre que jeunesse = beauté. Mais… un timide changement semble s’amorcer, et avec Jessica Lange et Charlotte Rampling en égéries de deux campagnes de pub, on assiste peut-être au début d’une nouvelle ère.

Est-ce que c’est vraiment si terrible que ça de vieillir et de le montrer ? Est-ce que l’idée qu’on se fait du vieillissement commence à changer ? J’ai demandé leur avis à quelques-uns de nos amis du blog, voilà ce qu’ils m’ont dit…

Costanza Pascolato : « Le Brésil est un pays très jeune, qui voit l’émergence d’une nouvelle classe moyenne qui a beaucoup d’ambition. Le corps, l’apparence physique, est un nouveau marqueur social. Les femmes sont donc en quête de la jeunesse éternelle, ce qui se concrétise de façon souvent très artificielle (chirurgie esthétique, traitements, médicaments…) et commence à jouer un rôle prépondérant dans l’économie.

J’ai de la chance. Toutes les femmes de ma famille étaient des personnalités fortes et optimistes. Elles m’ont appris à accepter de vieillir. C’étaient des femmes intelligentes, élégantes ; ma mère était une très belle femme. La jeune génération suit leur exemple : ma fille Consuelo est superbe à 50 ans, et Alessandra, qui a 48 ans, fait beaucoup plus jeune que son âge. On a toute conscience que la vie est un privilège. Alors on essaie de prendre soin de notre corps (et de notre esprit). Moi, je fais beaucoup d’exercice, je mange équilibré, etc… mais je n’essaie pas de faire beaucoup plus jeune que mon âge. J’ai envie de faire mon âge (74 ans), mais d’être en forme, et c’est ce qui me permet, je crois, d’aborder ça sereinement. »

Lauren Bastide : “ Bien sûr, il y a une énorme pression mise sur les femmes pour rester jeune le plus longtemps possible, une image véhiculée par les femmes des magazines, souvent des mannequins qui ont à peine 20 ans. Il y a une confusion des genres entre le fait d’être belle et le fait d’être jeune. Même de façon plus philosophique, la beauté de l’expérience, du vécu, de la maturité, de la sagesse acquise, est beaucoup moins mise en avant que le côté un peu fou, audacieux et fougueux de la jeunesse.

Pourtant, j’ai l’impression qu’un petit vent de changement est en train de souffler… Il y a de plus en plus d’actrices qui, comme Cameron Diaz, regrettent d’en avoir trop « fait subir » (botox, injections…) à leur visage. Je pense que les excès de ces 3 dernières décennies sont en train de disparaître, et qu’on va peut-être revenir à une façon plus douce et plus respectueuse d’aborder le fait de vieillir.

Pour moi, bien vieillir, ça veut dire rester fidèle à ce qu’on est, cultiver son identité, devenir ce qu’on est au fond. J’admire des femmes comme Lauren Hutton, Jane Fonda, Grace Coddington et Charlotte Rampling… même si elles étaient toutes hyper belles jeunes, ce qui aide certainement.

En gros, je me dis que garder la ligne, prendre soin de ses cheveux, de son style, être dans son époque (se tenir au courant de l’actualité, de ce qui se fait en musique, cinéma, technologie) est une bonne méthode. J’ai vraiment une obsession : j’ai envie de voir à quoi je ressemblerai naturellement quand je serai plus âgée! De devenir la vieille dame que la nature a prévu que je devienne. Et j’espère que je me cramponnerai à cette envie le jour où la tentation de faire « un petit quelque chose » me prendra.”

Greg Armas : « L’Amérique est un pays très jeune et notre culture a toujours été fascinée par la jeunesse… jusqu’à récemment. La mode commence à promouvoir quelque chose de plus naturel, et la publicité semble suivre la même tendance…

Jamais, depuis la nuit des temps, on n’a attendu des hommes qu’ils soient spécifiquement beaux. Qu’un homme vieillisse et gagne en maturité est considéré comme une victoire en soi, un défi sur soi-même. Et cela ne l’empêchera pas d’attirer l’attention de jeunes admirateurs/trices. On a l’impression que les femmes sont dans une espèce de compétition les unes face aux autres, et elles s’attirent peut-être des critiques parce qu’elles exposent trop cette préoccupation.”

Caroline Issa : “C’est vrai, la société est obsédée par la jeunesse, mais le fait de vieillir commence peu à peu à être mis en valeur. Bien sûr, avec l’âge, j’ai aussi sûrement tendance à être davantage sensible à ce genre de chose.

On nous parle sans arrêt de la jeunesse, sans qu’il soit forcément question d’être le plus jeune possible. La plupart des gens que j’admire ont 40 ans et plus, ils ont fait plein de choses super, et du coup, je me mets moins la pression. La seule pression, c’est celle d’être en forme, de faire du sport régulièrement, de prendre soin de soi parce qu’en vieillissant, le corps change forcément.”

Scott Schuman : “Quand j’ai commencé The Sartorialist, je postais des photos de personnes plus mûres. Et c’était la première fois que des gens, surtout des jeunes, voyaient des photos de gens jeunes côtoyer des photos de gens plus âgés et les trouvaient aussi stylés. Des gens qui avaient 22 ans m’ont dit : « C’est à ça que je veux ressembler quand je serai plus âgé/e. » Pour les magazines, c’est plus compliqué, ils ont besoin de vendre, ils ont beaucoup de charges… En fait, il faut donner aux gens des exemples qui les inspirent, qui leur donnent envie de vieillir de telle ou telle façon. Malheureusement, la plupart des médias ont trop peur…

Pour une belle femme plus âgée qui accepte que je la prenne en photo, il y en aura huit qui disent non. Du coup, ça m’a presque découragé. Elles sont belles, magnifiques et elles disent non. J’aimerais pouvoir dire que c’est de la faute des hommes ou des médias, mais je pense que c’est un problème plus personnel…Si les femmes veulent admirer quelqu’un, il faut qu’elles se regardent dans le miroir et qu’elles se disent : ‘Je suis fière de mes rides et de mon visage.’

Bien vieillir, c’est contrôler tout ce qu’il est possible de contrôler et laisser la nature faire le reste. C’est accepter son âge et ne pas se sentir obligé de mentir dessus.”