Depuis que l’herbe a été légalisée dans certains états américains, j’ai l’impression de vivre dans un nuage de fumée.

Ok j’exagère.

Pas tant que ça. Mais c’est comme si tout le monde fumait, avait fumé, ou allait fumer de l’herbe ; et en tout cas en bas de chez moi, ça sent l’herbe à quatre kilomètres, et pendant un moment, je croyais que ça venait des fenêtres du campus étudiant à côté (j’habite dans le quartier de la NYU) mais non, il se trouve que c’est un couple de retraités qui aiment bien se faire plaisir avec un petit joint sur les marches de leur immeuble en fin de journée (m’ont-ils dit avec un clin d’oeil).

C’est même pas encore légal à New York, les gars, oh. Sérieux.

Moi, ça ne me touche pas du tout : je ne fume pas.
Je sais, c’est anti-rebelle et anti-cool mais laissez-moi vous raconter deux secondes ce que ça provoque en moi…

La marijuana est arrivée dans ma vie un soir d’été.

J’étais avec mes copains skaters (je ne vous dirai pas notre âge, c’est honteux comme on était jeunes) et l’un d’entre eux (un nouveau, plus vieux, super beau, super skater) a sorti cet espèce de truc marron (du shit, plus courant en France qu’aux US ou les gens fument de l’herbe)(et très très illégal) et a commencé à rouler un joint.

On a tous goûté, évidemment : inutile de vous raconter la pression à être cool qu’on vit quand on est dans une bande de skaters. C’est l’enfer. Dire non, ça aurait cassé l’ambiance direct.

Donc moi, j’ai essayé. J’ai trouvé ça dégueu mais je n’ai rien dit, puis ensuite j’ai trouvé que ça ne faisait pas grand chose. Puis quelques heures après, on est repartis avec deux copains qui habitaient près de chez moi, et, loin du Vieux Skater Beau et expérimenté (bon, appelons-le VSB&E) on a pu parler vrai :

Moi : “Ça fait rien c’est nul. En plus le goût est dégueu.”
Premier copain : “Moi j’aime le goût, mais l’effet c’est bof. L’alcool c’est bien plus fort.”
Deuxième copain : “Nan mais les gars vous êtes graaaaves !!! C’est génial de la folie de la folie omg j’adore tout le goût l’effet la sensation (bon on disait pas omg on devait dire surement “de la balle”) je veux en acheter !!!”

J’ai trouvé qu’il exagérait légèrement, mais je n’ai pas voulu le contrarier.
Quand je suis rentrée chez moi, j’avais une faim étrange.
J’ai mis à sac la cuisine, et je suis allée me coucher.

Quelques mois plus tard, deuxième copain se laissait pousser des dreads, écoutait Bob Marley (qu’il appelait “Bob”, bien entendu) et passait plus de temps à rouler (des joints) qu’à rouler (sur son skate). Uhuhuh.
J’ai compris qu’il y a des gens pour qui ce truc devient automatiquement un style de vie. Une caricature de style de vie, ouais, aussi.
Et j’ai commencé à détester “Bob”.

Comme je suis persévérante même dans la connerie, il m’a fallu encore quelques années pour vraiment comprendre que c’était pas fait pour moi. Il faut dire aussi qu’à partir de ce soir sur la plage avec VSB&E, j’ai eu l’impression que les joints me poursuivaient partout où j’allais et chez tous les gens que je fréquentais.

Chez les skaters. Chez les musiciens. À la fac. Mes petits copains. Mes amies. Les parents de mes amis. Tout le monde fumait.
Je me sentais comme exclue de la fête – j’avais la ganjFOMO, quoi.

Pourquoi ça ne marchait pas sur moi ?
Pourquoi à chaque fois que je tirais sur un joint, ça se soldait obligatoirement par une nausée foudroyante, suivie par une envie de manger tout ce qui se trouvait sur mon passage et surtout des gâteaux (Granolas, Fingers, Petits Écoliers), puis par une envie irrésistible de dormir ?

[J’ai dormi à peu près partout - à tel point que mes amis étaient habitués à venir me chercher en fin de soirée. Ils savaient où me trouver : dans une chambre qui n’était pas la mienne (seule, bien sûr, qu’est-ce que vous allez imaginer). Dans une baignoire (vide, bien sûr. Oui, ça fait mal au dos). Sur le canapé au milieu des gens qui continuaient à faire la fête. Sur une enceinte pendant une rave party…]

- J’ai donc essayé une soufflette. C’est tout aussi dégueu qu’un joint, mais au moins ça a le mérite d’être sexy, m’étais-je dit en proposant au VSB&E de me l’administrer.
Résultat : Bon, ok. C’est sexy pendant deux secondes. Mais ça brûle, et c’est douze fois plus fort. Donc pour moi, nausée + gâteau + dodo, mais trois fois plus vite.

- J’ai essayé l’herbe. Je me souviens notamment d’une crise de rire à me faire pipi dessus, suivie par une envie de vomir foudroyante. Nuit d’angoisse à transpirer en regardant le plafond se déformer. “Ah oui, la skunk, c’est un peu fort” m’avait dit mon copain musicien après que j’ai tiré une latte sur le joint.

- J’ai essayé de tirer sur un bong. Non en fait, j’ai pas essayé : j’ai vu mes copains faire ça, et ça m’a déprimée. Ça faisait trop truc de drogués.
De toutes façons, rien qu’avec les vapeurs, j’étais déjà servie = nausée + gâteau + dodo.

- J’avais fini par apprendre ma leçon et faire à moitié semblant de fumer (je n’avais pas encore acquis une personnalité, outil bien utile quand il s’agit de dire quelque chose comme “non, merci, je ne fume pas”) et à moitié prendre le rôle de rouleuse de joints (rouler les joints : un bon passe-temps pour ne pas s’ennuyer quand vos copains sont complètement neuneus parce qu’ils enchaînent les joints)(Ouais, c’était avant l’arrivée de Angry Birds) et j’ai donc essayé de rouler un douze feuilles, un soir où un copain a eu l’idée géniale de faire un concours de joints (appréciez le niveau des copains)(non mais le pire, c’est que vous êtes certainement en train de vous imaginer une bande de punks à chiens chevelus, mais pas du tout ! La plupart d’entre eux étaient étudiants en médecine et en droit)(tout le monde sait que les étudiants en médecine sont les pires!!!)(on va dire que les joints, c’était pour résister à la pression des études) et où j’ai eu l’idée géniale de dire que j’allais le rouler (notez le niveau de la Garance).
Résultat : quand on arrive à rouler un douze feuilles et qu’on gagne le concours de joints, on est bien obligé de le fumer. nausée x 12, gâteau x 12 (boites de Granolas), dodo x 12.

- J’ai essayé un gâteau à la ganja, me disant que peut-être c’était le fait de fumer qui ne marchait pas. Alors là, je ne saurais pas vous décrire le feeling, c’était comme si soudain je m’envolais, j’étais toute molle, mon corps m’échappait. Ça me semblait assez drôle de l’intérieur – mais de l’extérieur, je n’ai aucune idée de ce que ça donnait. C’était l’hilarité générale d’ailleurs. Sans raison.
On riait sans raison, quoi. Puis après, nausée et dodo (j’avais eu assez de gâteau). Franchement, n’importe quoi.
Est-ce que rire pour rien, ça compte, au niveau du vécu ? (et autre question que je me posais en me réveillant avec une gueule de bois spacecakesque)

C’est comme ça que j’ai fini par comprendre : le shit, ça me donne faim et ça m’endort, donc, ça me rend grosse et chiante. IL ÉTAIT PEUT-ÊTRE TEMPS D’ARRÊTER LES CONNERIES.

Et donc, j’ai arrêté. J’ai trouvé une personnalité. Je suis devenue “la fille qui ne fume pas” (ma personnalité a aussi d’autres aspects, mais là n’est pas le sujet du jour) et qui assume. Vachement mieux. Vachement plus drôle. Plus cool. Meilleures soirées.

Je ne juge pas, j’adore toujours autant mes copains qui fument et heureusement par les temps qui courent, ils ne font plus trop de concours de joints. Je sais juste que ce n’est pas pour moi.
C’est la voie de la sagesse, quoi ! Car comme disait Bob Marley :

“The day you stop racing is the day you win the race”.

Ah ouais, d’ailleurs, “Bob”. Depuis que je ne fume plus, je l’adore.