Aujourd’hui, une interview carrière avec Alison Loehnis , qui est la présidente de Net-à-Porter.

Comment arrive-t-on à une telle position de pouvoir ? Quels sont les sacrifices que l’on doit faire ? Qu’est-ce ça veut dire, exactement, de diriger une boîte de 250 employés ?
Alison a répondu à nos questions…

Où avez-vous passé votre enfance ?
J’ai grandi à New York, à Manhattan, dans le West Side. Et j’ai fait mes études à la fac de Brown, à Rhode Island.

Qu’avez-vous étudié ?
J’ai fait histoire de l’art, parce que j’étais complètement mordue, d’ailleurs je pensais que je finirais vraiment par bosser dans ce domaine. L’année où j’ai eu mon diplôme, le marché était au point mort, donc je me suis dit que l’art resterait un passe-temps et que professionnellement, je m’orienterais vers autre chose. Je suis rentrée à NY et j’y suis restée jusqu’à il y a 13 ans.

Que faisaient vos parents ?
Ma mère a longtemps travaillé dans la publicité. Elle a beaucoup influencé mes premiers choix professionnels.

Elle s’occupait de la gestion de comptes clients. Et le dernier poste qu’elle a occupé, pendant très longtemps, c’était la direction de la promotion des cosmétiques luxe de Procter and Gamble chez Grey.

Mon père a toujours travaillé dans l’industrie de la parfumerie. Quand j’étais petite, il était responsable des parfums Yves Saint Laurent aux Etats-Unis. J’ai des photos de lui sur la plage, dans les seventies, sur un shooting pour le parfum Rive Gauche, c’est quand même assez génial.

Il a aussi dirigé la division parfum Mary McFadden, travaillé pour des cosmétiques, il est passé chez Escada, avant de se mettre à son compte : il aidait les boîtes à diversifier leur activité, à créer des licences, etc. Il a toujours eu l’esprit d’entreprise et travaillé dans l’univers de la beauté.

Vous avez des frères et sœurs ?
Oui, une sœur plus jeune, qui est enseignante à San Francisco.

Vous la voyez souvent ?
Ce n’est pas évident, surtout avec les huit heures de décalage horaire, et comme elle est prof, je ne peux pas trop l’appeler pendant la journée. Du coup, on se fixe des rendez-vous téléphoniques, mais on est très proches et on essaie de se retrouver l’été, avec nos enfants.

Le métier que vous rêviez de faire quand vous étiez petite ?
C’est drôle, parce que quand j’étais vraiment toute jeune, j’adorais aller dans la chambre de ma grand-mère, et jouer avec ses bijoux fantaisie… Elle en avait des tonnes, c’était le rêve.

J’avais aussi un petit sac à main que j’adorais, il était rouge et jaune avec une petite perle jaune dessus. Je le mettais avec des tonnes de colliers. C’était le paradis.

J’avais huit ans à l’époque où mon père travaillait pour les parfums Mary McFadden, qui était une créatrice de mode, et je trouvais que c’était le job le plus glamour qui soit. J’avais des photos d’elle sur mon petit bureau et je lui faisais des dessins. Quand mon père avait rendez-vous avec elle, je lui demandais de lui en faire passer quelques-uns. Je lui ai même fait une fausse couverture de Vogue, que j’avais appelée Vuge.

J’ai travaillé avec des gens vraiment brillants, mais j’avais aussi envie de travailler avec les créatifs, et ils n’étaient pas au même étage. Je voulais faire partie de leur monde.

Votre premier poste ?
Le thème qu’on retrouve dans tout mon parcours, c’était ma quête d’un équilibre entre le côté business et le côté créatif. Pendant mes études d’histoire de l’art, l’été, alors que j’avais plein d’amis qui travaillaient dans des banques d’investissement, j’en profitais pour explorer et découvrir ce que je voulais faire, c’était le moment d’essayer des trucs.

Donc tous les étés, je travaillais dans la boutique Ralph Lauren d’East Hampton et j’adorais ça. C’était un magasin qui avait sa petite réputation parce que c’était un peu la « vitrine » Ralph Lauren aux Etats-Unis. Je bossais à la commission. J’adorais la vente. C’est drôle parce qu’à l’époque, je ne pensais absolument pas qu’un jour, je travaillerais dans le retail. Je trouvais juste que c’était un à-côté agréable.

Vous êtes tombée dans la mode directement après vos études ?
Après mes études, j’ai un peu regardé dans toutes les directions. J’ai pensé à l’édition de magazines, j’ai passé un long entretien chez Condé Nast avec plein d’autres gens. J’ai envisagé le programme de formation Bloomingdales et la pub. J’avais toujours plus ou moins baigné dedans, donc ça me semblait être une bonne idée. C’est quelque chose d’assez complet, comme démarche : il faut réussir à transformer une idée stratégique en concept créatif pour vendre des produits

Du coup, j’ai été embauchée chez Saatchi & Saatchi, à New York, comme chargée de compte adjointe, en 1992, c’était génial. J’ai travaillé sur les céréales General Mills. General Mills, à l’époque, c’était l’un des plus gros comptes de la boîte, donc c’était vraiment un job en or. J’avais un bureau, une secrétaire, c’était dingue. Et j’ai beaucoup appris.

Vous vous sentiez prête à affronter cet univers après des études d’art ?
J’ai adoré mes années à Brown, mais je n’y ai pas suivi de formation spécifique au monde professionnel. Donc c’est vraiment chez Saatchi & Saatchi que j’ai appris à animer une réunion, à gérer les clients, à faire des rapports de conference call, etc.

J’y ai passé un an : j’ai adoré cette expérience et j’ai travaillé avec des gens vraiment brillants, mais j’avais aussi envie de travailler avec les créatifs, et ils n’étaient pas au même étage. Je voulais faire partie de leur monde

Du coup, je me suis repenchée sur toutes les options que j’avais envisagées avant, et je suis allée travailler pour le groupe Hachette Filipacchi [maison d’édition de magazines], dans le domaine de la communication d’entreprise, expérience que j’ai adorée.

A l’époque, le groupe comptait environ 33 titres, il lançait aussi son unité d’édition indépendante, ce qui était un concept vraiment innovant à l’époque. Ils avaient aussi développé une espèce de stratégie médias sociaux type AOL avant l’heure. C’était fabuleux. J’étais aussi chargée d’attirer l’attention de la presse sur les différents titres. Donc je travaillais avec les rédacteurs en chef, j’essayais d’obtenir l’attention des maisons d’édition et des journaux, etc.

Mais vous avez finalement atterri dans l’industrie du cinéma pendant un moment. Comment est-ce que ça s’est fait ?
En plus de mon boulot, j’étais vraiment passionné par ce qui touchait au cinéma. J’avais quelques amis qui travaillent pour des agents à L.A. Je fantasmais un peu sur leur rôle, leur travail avait l’air passionnant.

Du coup, en plus de mon boulot, j’ai travaillé, gratuitement, pour différentes société de production. En gros, j’écrivais des synopsis à partir de scénarios, qui sont destinés aux exécutifs chargés du développement de nouveaux projets. [c’est le premier résumé qu’ils lisent pour avoir une idée du film]. Je me sentais flattée qu’ils me laissent faire ça… Ce n’est que plus tard que j’ai compris que c’était le genre de boulot pour lequel on peut être payé. Mais à l’époque, j’étais juste passionnée.

Parmi les titres du groupe Hachette, il y avait le magazine Première, et sa rédactrice en chef a été débauchée par Disney pour ouvrir un bureau de production de long-métrages à New York. On avait déjà travaillé ensemble et du coup, elle m’a demandé si je voulais la suivre en tant qu’assistante. J’ai dit oui. C’était génial, d’autant que je pense qu’elle ignorait vraiment que je m’intéressais au cinéma à mes heures perdues.

Donc je suis partie chez Disney, j’ai débuté comme assistante et en l’espace d’une année, je suis passée directrice de la création. En gros, notre objectif était de passer au peigne fin la communauté artistique de la côte Est autour de New York pour trouver des projets et les transformer en longs métrages. On rencontrait des journalistes, des dramaturges, des auteurs, et on a contribué à l’aboutissement de quelques films [comme Révélations ou Coyote Girls], c’était génial.

C’était vraiment un job très ludique, encore une fois il fallait que je trouve un concept et que je réussisse à le « vendre » au studio. Ma boss avait un contact direct chez Disney, ce qui nous permettait de faire passer les choses très rapidement.

Et ensuite ?
Au bout de trois ans et demi, j’ai commencé à m’interroger sur la suite. Le plus logique, ça aurait était de déménager à Los Angeles. J’ai commencé à réfléchir à tout ça… c’était le moment où la bulle Internet grossissait.

J’ai reçu un coup de fil d’un type qui avait lancé une agence digitale et proposait à des entreprises dans le domaine de l’Entertainment, du Lifestyle et de la mode d’élaborer une stratégie Internet et numérique. Il recherchait quelqu’un avec une expérience préalable des studios. Du coup, je me suis lancé dans l’Internet.

C’était l’époque où la bulle Internet était au top. La boîte s’appelait KPE (elle n’existe plus). J’étais en charge du business développement et de la gestion des comptes. Je travaillais avec les clients pour développer leur stratégie Internet. Hearst International était l’un de nos clients, à travers son pendant britannique qui s’appelait National Magazines. On a fait un énorme boulot pour Unilever et iVillage, et on a aussi fait une reco pour Ralph Lauren.

C’était vraiment passionnant, et il se trouve que j’ai démarché de plus en plus de clients britanniques. A nouveau, il s’agissait de recherche de stratégies, de concepts créatifs à mettre en œuvre.

Comment décririez-vous concrètement un poste dans le domaine du business development ?
En gros, c’est trouver de nouveaux clients. Je travaillais avec une base de clients déjà existante et je démarchais aussi de nouveaux clients. C’est vraiment tout ce qui a trait au développement d’une entreprise.

Comment en êtes-vous venue à quitter New York pour Londres ?
Pendant mes études, j’avais passé six mois à Florence et j’avais adoré vivre à l’étranger. Je m’étais toujours dit qu’un jour, j’aimerais bien vivre dans un autre pays.

A l’époque, KPE avait une minuscule antenne à Londres et au bout de trois ans, j’ai demandé à partir travailler pour le bureau de Londres. Mon boss de l’époque, qui était génial, m’a dit : « D’accord, tu peux y aller pendant six mois, mais après, tu reviens. »

Moi j’étais vraiment une New-Yorkaise pure et dure et aucun de mes amis ne pensait que je partirais vraiment jusqu’à ce que j’organise mon pot de départ. Donc, il y a treize ans, j’ai mis toutes mes affaires au garde-meubles, j’ai pris l’avion et j’ai déménagé.

J’ai continué à bosser avec des groupes de presse, j’ai démarché quelques entreprises de la mode, et au bout de deux mois, on m’a appelée en me disant : « En fait, on va fermer le bureau de Londres. Tu veux rentrer ? » J’ai répondu : « Non, merci. Je préfère rester. »

Le type qui dirigeait l’antenne de Londres l’a rachetée et m’a proposé de rester.

Je suis donc restée quelques mois avant de réaliser que ce qui me plairait vraiment, ce serait de travailler côté marques. Travailler avec des clients, c’était génial, ça m’avait permis de me diversifier, mais j’avais vraiment envie de travailler pour une marque.

Je me suis donc retrouvée à travailler pour LVMH, chez Thomas Pink [marque de chemises pour hommes], comme directrice ventes et marketing à l’international. Ça a été une expérience très enrichissante, surtout au niveau international : on a ouvert des boutiques en Chine, en Turquie, en Thaïlande, aux Etats-Unis, on a travaillé sur le branding, sur l’ouverture à Internet. Et c’était vraiment top de travailler pour ce groupe.

J’étais moi-même cliente, et j’adorais tous mes domaines d’expertise : la vente, la relation avec le client, le développement d’une marque et la réflexion autour du comportement des consommateurs. Je rêvais un jour de pouvoir utiliser ces compétences de manière transversale, au service d’un produit.

Comment est arrivée la proposition de job chez Net-A-Porter ?
Je suis restée un peu plus de cinq ans chez Thomas Pink. Ensuite, alors que j’étais en congé maternité, prête à reprendre le boulot, une chasseuse de têtes que je connaissais m’a appelée : « Alison, où est-ce que tu en es ? ». J’ai répondu : « Je viens d’avoir un bébé. » Elle m’a proposé qu’on prenne un café ensemble et m’a sondée pour savoir si éventuellement je serais intéressée par un job chez Net-A-Porter. J’étais complètement hystérique et j’ai répondu par un grand « Oui ! ».

J’étais moi-même cliente, et j’adorais tous mes domaines d’expertise : la vente, la relation avec le client, le développement d’une marque et la réflexion autour du comportement des consommateurs. Je rêvais un jour de pouvoir utiliser ces compétences de manière transversale, au service d’un produit.

Très gentiment, elle m’a arrangé un entretien avec Natalie, et un poste a été créé pour moi : celui de vice-présidente des ventes et du marketing. Et voilà, c’était il y a sept ans.

Quel était votre rôle ?
Je m’occupais de tout ce qui tournait autour des clients en dehors de l’acte d’achat. Il y avait du marketing, des RP, du branding, de la gestion de contenu, le travail avec l’équipe des ventes et le service client, le travail avec les créatifs. Et il y a deux ans et demi, je suis devenue présidente de la marque.

Je plaisantais souvent en disant que pendant mon premier congé maternité, Net-A-Porter avait été ma seule fenêtre sur l’univers de la mode. Tous les jours, à l’heure de la sieste, j’allais sur Net-A-Porter. Je me souviens même, quand je travaillais chez KPE, de l’e-mail que j’ai reçu annonçant la création de Net-A-Porter. Ça m’avait vraiment emballée.

Quelle est votre responsabilité, en tant que Présidente de l’entreprise ?
En plus d’être en charge de sa santé financière, je suis aussi responsable de la direction stratégique et de notre développement. Ce qui résume le mieux mon poste, c’est le terme « Direction stratégique ».

Comment est-ce qu’on fait ça, concrètement ?
C’est une combinaison d’éléments. On a la chance de recevoir énormément de données, ce qui est vraiment essentiel dans la prise de décision. Mais la plupart des grandes idées qui germent sont le fruit d’un excellent travail d’équipe. On observe le marché et les tendances, mais on ne perd jamais de vue nos clientes : elles sont une merveilleuse source d’information et d’inspiration. Tout ce qu’on fait, on le fait pour elles.

L’entreprise a beaucoup changé depuis que vous êtes arrivée ?
Oui, énormément. On a fêté nos 14 ans hier, mais la société n’a rien perdu de son esprit d’entreprise.

Le bureau de Manhattan a maintenant trois ans et demi. On a ouvert un bureau à Hong Kong. On s’est lancés dans les cosmétiques. On a fait traduire nos sites, et bien sûr, on a lancé notre magazine print, Porter. Il y a vraiment eu beaucoup de choses.

Pour moi, ça a été un vrai bonheur de repartir aux Etats-Unis, je suis rentrée chez moi. Mais finalement, tous nos bureaux se ressemblent beaucoup. Par exemple, quand on fait une vidéo conférence, on a l’impression que tout le monde est dans le même bureau. Il y a les mêmes lustres, les mêmes fauteuils, etc.

Pourquoi cette volonté ?
Natalie Massenet a toujours eu une vision très claire et très belle, je trouve, du lieu de travail qu’elle voulait créer. Des open-spaces, des salles de réunion avec des baies vitrées… Tout ça pour favoriser le maximum de transparence entre les équipes. On ne se voit pas forcément comme six différents bureaux mais comme une grande équipe internationale… C’est pour ça que dans une vidéo-conférence entre Londres, New York et Hong Kong, on ne voit pas forcément la différence entre les trois bureaux.

On a l’impression que professionnellement, vous avez souvent évolué dans des environnements très corporate. C’est quelque chose que vous trouvez particulièrement épanouissant ?
A l’époque où j’ai rejoint Net-A-Porter il y a 7 ans, ce n’était pas l’énorme groupe que c’est devenu aujourd’hui. Et je ne dirais pas que nous sommes une entreprise particulièrement corporate.

Je suis quelqu’un qui s’adapte facilement, donc je suis flexible. Ce qui est vraiment bien, c’est que je travaille avec de toutes petites équipes, et que tout le groupe est subdivisé en petites équipes, donc on a davantage l’impression d’être dans une entreprise à taille humaine que dans un énorme groupe.

Regrettez-vous de ne pas avoir fait une école de commerce?
Non. Je suis sûre que ça m’aurait beaucoup plu, mais je n’ai pas de regrets. J’ai vraiment eu la chance de travailler dans beaucoup de domaines différents, dans deux pays, et c’est là que j’ai tout appris. Attention, je ne dis pas que je sais tout, je continue à apprendre tous les jours, et je trouve qu’avoir un métier qui me tire vers le haut au quotidien, c’est très gratifiant. J’ai aussi eu d’excellents mentors.

Justement, certaines personnes ont-elles eu une influence particulière sur votre carrière ?
Depuis que je suis chez Net-A-Porter, Natalie a été une source d’inspiration exceptionnelle, c’est un modèle pour moi, mais aussi pour les femmes du monde entier.

Avant Net-A-Porter, il y a eu celui qui m’a embauchée chez LVMH, François Steiner. C’était un super boss et c’est devenu un très bon ami. Il a vraiment fait un pari en m’embauchant comme directrice des ventes d’une marque alors que j’avais bossé dans le numérique, la presse magazine et la pub. C’était loin d’être évident. C’est lui qui a su déceler un certain potentiel dans mon CV et a pris le risque de m’embaucher.

Le meilleur conseil qu’on vous ait donné ?
Ça remonte à très loin. Pendant 12 ans, j’ai fréquenté une école de filles à New York, Chapin. La directrice était fabuleuse et la première chose qu’elle nous disait, dès le CP, c’était « Les filles, vous pouvez tout faire. Un jour, le Président des Etats-Unis sera une femme, alors dites-vous que vous pouvez tout faire. »

Et c’est vrai, une fois qu’on a compris ça, on peut tout faire. C’est vraiment quelque chose qui donne confiance en soi.

En fait, on retrouve souvent le schéma suivant : des parents qui viennent de coucher leurs enfants, qui se prennent un petit verre de vin et se mettent à faire un peu de shopping aux alentours de 20 h 30 – 21 h.

A quoi ressemble une de vos journées –type ?
Beaucoup de réunions avec les équipes, les marques, des réunions budget. On réfléchit à des concepts créatifs, aux nouveaux produits qu’on pourrait proposer.

On vient de lancer une nouvelle section sur le site, Net-A-Sporter. Avant ça, on avait identifié qu’il y avait un créneau à occuper sur le marché des vêtements de sport. Nos clientes s’intéressent aux produits de beauté et à la mode, elles aiment se sentir belles et accordent beaucoup d’importance au style, elles voulaient aussi être belles quand elles font du sport.

Donc une journée-type, ce serait justement parler de ce concept, de ce que ça va donner concrètement, demander à des acheteuses de nous donner leur avis, discuter avec l’équipe éditoriale de la façon dont ils vont en parler. On passe beaucoup de temps à parler du contenu, de la technologie, des réseaux sociaux. En gros, je dirais qu’il n’y a pas deux journées identiques. La seule constante, c’est qu’on a toujours nos clientes en tête. On est très orientés produits, technologie et contenu, et on essaie toujours des trouver solutions pour s’améliorer.

Tout va tellement vite, est-ce que pour rester en phase avec le rythme frénétique de la mode et de la technologie, la stratégie et le planning sont devenus plus complexes à gérer ?
On peut adopter une stratégie d’ensemble et l’affiner au fur et à mesure. La technologie, c’est un outil génial mais c’est aussi très onéreux, donc quand quelque chose de nouveau fait son apparition, on ne l’adopte pas systématiquement. Vis-à-vis de toutes ces nouvelles plateformes, on se met toujours à la place de nos clientes, on imagine ce qu’elles feraient.

Donc oui, on peut anticiper, se projeter financièrement, en fonction des objectifs de développement qu’on a en tête, mais la façon de faire évolue effectivement.

Qui sont les membres de votre équipe ?
Chez Net-A-Porter, on est un peu moins de 250 personnes. Notre groupe est constitué de trois marques : nous, The Outnet et Mr Porter, ce qui fait qu’on partage les pôles RH et nouvelles technologies.

Dans mon équipe, il y a la rédactrice-en-chef Lucy Yeomans, qui est géniale. Elle est responsable du magazine print Porter et de notre magazine en ligne The Edit. Elle travaille avec Jenny Dickinson, qui s’occupe plus particulièrement de The Edit. Côté marketing, il y a Lisa Bridgett qui dirige les ventes et le marketing au niveau international. Ben Matthews et Sasha Sorkin dirigent les équipes d’acheteurs. Agnieszka Ki est responsable de tout ce qui est e-commerce et développement des nouvelles technologies. Et aux Etats-Unis, je travaille aussi avec David Olsen, en charge de notre division cosmétiques.

Ils ont tous énormément de talent. Il y a un très bon esprit d’équipe. Tout commence avec le produit, bien sûr, mais le plus important, c’est de savoir comment le présenter aux clientes. Comment les faire craquer pour un produit à travers le contenu du site ? Il faut s’assurer de leur présenter les produits le plus clairement possible, trouver la technologie qui sera la plus efficace, sélectionner les marques avec lesquelles on veut travailler, trouver les plateformes les plus utiles…

Ça fait beaucoup de choses à gérer en permanence…
Oui, mais c’est génial. C’est vraiment un boulot très motivant. Je suis du genre énergique, mais je crois que toute l’entreprise est imprégnée de la même énergie.

Est-ce que vous collaborez étroitement avec les autres marques du groupe ?
Au quotidien, pas énormément. Mais au moment du lancement de The Outnet, j’ai pas mal travaillé sur le branding. Je me suis aussi beaucoup investie dans la création du magazine Porter, ce qui reste pour moi un grand moment de ma vie professionnelle.

Je travaille en étroite collaboration avec Ian Tansley le directeur de Mr Porter et Stephanie Phair qui dirige The Outnet. On fait en sorte que nos équipes collaborent de façon positive. Je me concentre sur Net-A-Porter mais je garde l’ensemble du groupe en tête.

Vous pouvez nous parler de votre relation professionnelle avec Natalie ? Quelle sont les différences entre vos deux postes, comment cela influence-t-il votre façon de travailler ?
On s’entend extrêmement bien professionnellement. Elle est ultra-motivante, et quand parfois, je coince sur une idée, je me tourne vers elle, elle a des centaines d’idées et énormément d’énergie. C’est la personne idéale pour brainstormer.

Natalie dirige l’ensemble du groupe, elle coordonne les trois marques, est en charge du business development. Moi, je me concentre vraiment sur Net-A-Porter.

Le plus gros défi dans votre travail ?
Le défi, qui est loin d’être insurmontable, c’est de ne pas s’éparpiller. Dans mon métier, on adore saisir toutes les opportunités qui se présentent. Et il y en a tellement que parfois, il faut savoir accepter la frustration de ne pas pouvoir tout mettre en place en même temps. On a toujours envie de tout concrétiser très rapidement.

Ce qui vous plaît le plus ?
Les gens : mon équipe et les gens avec qui je suis amenée à travailler. Déjà, c’est l’équipe qui fait tout. Et c’est un véritable plaisir de passer du temps ensemble, c’est vraiment une formidable machine à générer des idées.

Votre rôle au sein du groupe a changé en devenant davantage public. Est-ce que cela a eu une influence sur la manière dont vous travaillez ?
Concernant la façon dont je travaille, ça m’a obligé (et permis) de moins me préoccuper des détails, ce qui n’était pas gagné d’avance, parce que j’adore les petits détails (tous ceux qui travaillent avec moi voient très bien de quoi je parle).

Vous avez travaillé en Angleterre et à New York. Quelles sont les principales différences entre ces deux villes, professionnellement ?
C’est drôle, parce que je pense qu’il y a moins de différences que lorsque j’ai déménagé là-bas.

Je crois que tout est dans la ville elle-même. NY a toujours été un peu plus stressante. A Londres, on a une vision plus internationale des choses. Mais ça a certainement changé depuis.

Est-ce que vous pensez que la mode a parfois du mal à être en phase avec les nouvelles cadences frénétiques qui l’ont envahie ?
Nous, on n’a jamais hésité à s’exprimer sur le fait que le cycle de la mode n’est pas toujours très logique. L’idée, pour se replacer du point de vue de nos clientes, c’est qu’en général, les femmes ont souvent du mal à trouver ce qu’elles veulent. Par exemple, si vous avez envie d’acheter une robe d’été en ce moment, ce n’est pas forcément évident à trouver.

Nous, ce qu’on veut, c’est donner la possibilité aux femmes de trouver et d’acheter ce qu’elles veulent immédiatement. Bien sûr, on a des clientes qui ont envie d’acheter un manteau en ce moment, et tant mieux, parce qu’on peut leur en proposer, mais on a aussi des vêtements d’été toute l’année. On s’adresse à des clientes dans le monde entier.

Est-ce que vous avez pu observer des habitudes d’achat intéressantes chez vos clientes ?
Ce qui me fascine toujours, c’est les heures auxquelles nos clientes font leur shopping. Dans nos bureaux, on a des écrans Google Earth qui affichent les commandes passées en temps réel. On ne voit pas qui effectue l’achat, mais on voit de quelle ville et quel produit il s’agit.

J’arrive au bureau le matin, je vois que quelqu’un est en train d’acheter des boucles d’oreilles en Californie. Je regarde quelle heure il est là-bas et je me demande pourquoi cette femme a décidé de faire cet achat à ce moment précis. En fait, on retrouve souvent le schéma suivant : des parents qui viennent de coucher leurs enfants, qui se prennent un petit verre de vin et se mettent à faire un peu de shopping aux alentours de 20 h 30 – 21 h.

Le fait de travailler pour un site de retail en ligne a-t-il influencé la façon dont vous faites vos achats ?
Tout à fait. Je fais tous mes achats en ligne, et depuis que je travaille chez NET-A-PORTER, je suis devenue beaucoup plus exigeante. Je sais qu’offrir un service impeccable n’est pas évident, donc je ne considère pas ça comme un acquis, mais c’est quelque chose que je recherche quand je fais mes courses sur Internet.

Comment trouvez-vous le juste équilibre entre vie professionnelle et vie privée ?
Trouver le bon équilibre, c’est vraiment vital. J’en ai besoin pour me sentir épanouie et efficace dans mon travail. D’autant plus que ma famille compte énormément pour moi.

Je voyage, mais j’essaie de voyager de façon intelligente, en concentrant le maximum de réunions sur un seul voyage. Quand je rentre chez moi, j’essaie d’être vraiment présente pour mes enfants –qui sont petits- et de passer du temps de qualité avec eux. Je suis là pour toutes les choses importantes. Et j’ai la chance de vivre juste à côté du bureau, ce qui m’aide beaucoup.

Je suis tellement épanouie dans mon travail que je pense que ça a une influence positive sur moi en tant que mère. Et inversement, parce que je suis une maman épanouie, ça m’aide à être plus efficace dans mon travail.

Comment est-ce que vous vous déconnectez du travail ?
Savoir déconnecter, c’est très important pendant les vacances, le soir ou le week-end. Je cours et je fais du Pilates dès que j’en ai la possibilité. La meilleure façon de déconnecter, c’est de passer du temps avec mes enfants : construire des Lego, jouer au Scrabble, aller à la campagne. Là, on est tout de suite ailleurs.

Votre conseil à quelqu’un qui aimerait prendre les rênes d’une grande entreprise ?
Il faut vraiment être passionné par son travail. Je suis toujours épatée quand je rencontre des jeunes femmes qui savent exactement ce qu’elles veulent. Et quand on sait ce qu’on veut faire, il faut aussi réfléchir à l’itinéraire qu’on veut emprunter.

Il faut emmagasiner des expériences, essayer des choses différentes. Le conseil que je donne en général aux gens, c’est : « Si vous savez ce que vous voulez faire et que ce n’est pas ce que vous êtes en train de faire, changez, donnez-vous les moyens. Ce n’est pas parce que votre CV dit une chose que vous ne pouvez pas faire autre chose. » Parfois, emprunter le chemin qui n’est ni le plus direct ni le plus simple mais vous permet d’accumuler des expériences différentes, c’est la meilleure solution.

Et n’ayez pas peur de poser des questions, faites des découvertes, accumulez le maximum d’expériences.

Quelles qualités recherchez-vous avant tout quand vous embauchez quelqu’un ?
Au-delà des compétences professionnelles qui vont de soi, je ne choisis pas forcément des gens qui viennent de la mode ou de l’industrie du luxe. Sur le plan personnel, je cherche une certaine énergie, des gens qui ont des idées, qui s’intéressent aux clients, qui sont passionnés par ce métier, et qui sont des collègues agréables. Je suis entourée de gens qui travaillent énormément mais qui ont beaucoup d’humour, et du coup, c’est vraiment un plaisir de travailler ensemble.

Vos rêves professionnels pour l’avenir ?
J’ai juste envie de continuer à me sentir épanouie dans mon travail.

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