Je n’avais jamais pensé que ça m’arriverait, à moi.

Pas parce que je ne pensais pas en être digne, non. Mais juste parce que chez moi, on ne se fiance pas. On se marie à peine, d’ailleurs. On en pense ce qu’on veut, mais c’est comme ça que j’ai grandi. Mes parents se sont mariés vite fait à la mairie, et ma mère et mon beau père, quelques 20 ans plus tard, aussi. On a tous (tous = une dizaine) bu un verre de champagne au bar du coin pour célébrer et c’était plié. Ma sœur a fait un mariage très beau mais extrêmement intime. Et, à ce jour, je ne suis pas sûre que mon père soit marié à sa femme.

Tiens, d’ailleurs, preuve de la non-importance du mariage, en France, on appelle « femme » et « mari » les gens qui sont ensemble depuis un petit moment, sans même qu’ils aient eu besoin de passer par la case mariage. « Dis bonjour à ta femme ! » La première fois qu’Ali, un ami français à New York, a demandé à Chris comment allait sa « femme », je peux vous dire qu’il a fait une drôle de tête… Avant de dire qu’il aimait beaucoup l’idée.

C’est donc un peu de famille, et un peu français aussi. Le mariage en France, ce n’est pas vraiment un big deal. Même si, ok, ça revient un peu à la mode.

Ne parlons même pas des fiançailles, un concept qu’il m’a fallu un bon bout de temps à comprendre. Quoi ? Il faut demander quelqu’un en mariage ? Avec une bague, ok. Et c’est à l’homme qu’échoit cette tâche ? Attendez, on est en quelle année, là ? En 2016 ? Ok, ok.

Voilà la simple et bonne raison pour laquelle je pensais que ça ne m’arriverait jamais. Pas du tout ancré dans ma culture.

C’est en arrivant aux USA que j’ai compris l’ampleur de la chose. Avant, je pensais que les films romantiques américains en rajoutaient des tonnes à des fins dramatiques. Mais PAS DU TOUT. La recherche de « The One », de « The Bague » et la préparation de « The Mariage » (sans compter les multiples showers à chaque étape), c’est la pure vérité.

La réalité dépasse souvent la fiction, je vous assure. 

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J’ai rencontré Chris l’été de mes 39 ans. Si vous avez lu mon livre, vous savez que j’étais fraîchement célibataire, prête à rien du tout niveau amour, à peu près sûre que je ne rencontrerais jamais personne dans cette ville de malades du dating qu’est New York.

En plus, j’étais avec ma mère, sa meilleure amie Martine que je connais depuis que je suis née, et mon beau-père Eric.?En mode « je sors la famille ». Bon. Ils sont hyper cools hein. D’ailleurs, on était déjà passablement bourrés et morts de rire quand Martine a repéré Chris, qui chantait ce soir-là au Standard.

Elle l’a repéré… Pour elle bien sûr! Puisque je vous disais que ma famille est cool.

Quand il est venu me parler et m’a tendu sa carte en me demandant de lui envoyer un message, je n’ai pas trop tiqué. Il était trop beau, il croonait trop, je ne comprenais rien à son accent, et je n’avais qu’une idée en tête, profiter de ma famille.

Pourtant, quelques jours plus tard, je l’ai rappelé. Quelque chose en lui m’avait touchée.

Après quelques ajustements de calendriers, on a fini par fixer une date pour se voir. Franchement, dans mon romantisme échevelé, j’avais pensé qu’on prendrait un café. Un verre, tout au plus. On ferait connaissance et ça n’irait pas plus loin.

C’est quand il m’a dit « je m’occupe de tout » que j’ai commencé à me poser des questions… Comment ça, s’occuper de tout ??J’ai montré son message à mes copines, et les Américaines ont été radicales : « he’s taking you on a date! ».

Mmmm. Ok. Pour la première fois de ma vie, j’allais en « date ». Ça commençait à devenir intéressant, tout ça.

Le jour de notre « date », mon romantisme échevelé ayant encore frappé, j’avais décidé de m’habiller super casual. Le dernier truc dont une fille de la mode à envie, c’est bien de faire peur à un mec avec ses Valentino à clous.

J’ai mis une paire de sandales, une jupe, et un pull.

TOTALEMENT à la française, en fait. Ne pas en faire trop, surtout ménager ses effets!

Évidemment, il est arrivé super bien habillé, veste de costard, chemise légèrement ouverte, sublimité totale. Moi ? J’étais aussi verte que mon pull à la con. Bon. Garder sa contenance.

Il m’avait donné rendez-vous devant le Nomad Hotel. Il m’a dit de le suivre, et on est montés au dernier étage, sur le toit-terrasse, juste en dessous de l’Empire State Building. Qui était illuminé, évidemment.

On était seuls. Il avait tout manigancé qu’on ait la terrasse juste pour nous. Et au beau milieu, il y avait une petite table avec un seau à champagne. Juste pour nous. Et on s’est assis (il m’a tenu la chaise, etc) et il a tiré de sa poche un mini boom box, pour pouvoir mettre de la musique. Juste pour nous.

Naaaaaan mais là, c’était too much. C’est quoi ce guet-apens, là ? Il avait réussi à me faire stresser, ce con.

Et je fais quoi, moi, quand je stresse ? Et bien je parle. Je déblatère. Je suis un moulin à paroles. Je raconte ma vie en long, en large, en travers et même, j’en rajoute. Je me la pète, quoi. C’est comme ça. La connerie, ça vient souvent d’un manque de confiance en soi. Et là, je peux vous dire que niveau confiance en moi, j’étais vraiment dans le rouge. Au secours !!!

Ouais ben il est venu direct à mon secours, quand il m’a demandé avec un grand sourire : « Et ça t’arrive souvent de te vanter comme ça ? »

Je crois que c’est à ce moment-là que j’ai commencé à beaucoup l’aimer.

Après ce mini-coup de génie, je me suis détendue, et la soirée a continué à être magique. C’était étrange, même. La dernière chose dont j’avais envie, c’était de repartir dans quoi que ce soit avec un mec si rapidement.

Et pourtant.

Il m’a emmenée au restaurant (Bacaro, romantique, lumières tamisées, parfait, tout ça) et il a commencé, à son tour, à me raconter sa vie. Son enfance en Floride à pêcher et à surfer, sa carrière de musicien, ses doutes, ses bonheurs.

Et à ce moment-là, malgré le fait que toutes mes gardes soient au maximum et que ce soit la dernière des choses à laquelle je m’étais attendue, j’ai senti les vannes de l’amour exploser, l’une après l’autre. Tout ce que j’avais toujours aimé chez un homme (l’art, l’humour, l’auto-dérision, la confiance en soi, la bonté l’humilité…) étaient là, devant moi.

Et merde. Nooooooonnnnnn… Je vais tomber folle amoureuse de lui, je me suis dit.

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Bon ben je voulais juste vous raconter mes fiançailles mais voilà, j’ai pris le sentier panoramique. La suite au prochain numéro, la semaine prochaine ? Vous en dites quoi ?