… On s’est embrassés le soir même. C’est moi. Je me suis doucement jetée sur lui (tout un art) essayant obstinément de rendre cette histoire beaucoup plus légère que ce qu’elle était déjà en train de devenir. On était dans un club où on avait décidé d’aller boire un verre après notre diner aux chandelles, et il faut que je vous dise, au premier baiser, le temps s’est arrêté.

Je sais pas, c’était juste parfait. Dans le sens où c’était une sorte d’évidence, physiquement.

J’ai continué à ne pas vouloir voir les signes.

Mais j’ai tout de suite remarqué quelque chose de singulier. Ses mains, très douces, ne dépassaient pas les limites de mes vêtements. Très respectueux, ce garçon. J’ai même ressenti une pointe de déception quand il m’a mise dans un taxi en me disant qu’il avait passé une très belle soirée en m’embrassant tendrement. Mais fermement, mais tendrement. Parfaitement, quoi.

Il m’a textée immédiatement pour me remercier, et pour me dire qu’il aimerait qu’on se revoit.

Ben oui, JE VEUX BIEN, MEC.
Je te rappelle que c’est toi qui m’a mise dans un taxi, mec.

On s’est revus pour une deuxième date, et là, il a décidé (enfin j’imagine) de commencer à me montrer la vraie vie, non mais, il m’a donc emmenée diner à Chinatown, dans un restau où on mange des nouilles sur une table commune et où c’est le contraire de romantique. 

À ce stade-là, j’étais au stade béni où l’on ne peut plus avaler une feuille de salade donc il aurait bien pu m’emmener au MacDo, j’aurais trouvé ça “tellement intéressant et original !!!” 

Soirée géniale, encore. Lent jetage sur lui sinon il ne m’aurait jamais embrassée, encore. Remettage dans taxi, encore. 

Dans taxi, textos à toutes mes amies (oui désolée Chris si tu lis ça, mais tu as été le sujet d’un forum extensif pendant des mois. C’est normal. Truc de meuf. Cherche pas) : “Mais il est bizarre ce mec, non ? Je sens bien qu’il est à fond, et pourtant il me rejette légèrement, là. C’est quoi ce bordel ?”

Réponse immédiate de mes copines américaines : “Ben, il t’aime vraiment beaucoup, il te prend au sérieux, donc il veut prendre son temps. Normal, évident, piece of cake.”

Réaction : “Mais il veut prendre son temps combien de temps ?”

[Interlude Amour à La Française : (future belle-famille, bouchez vos oreilles s’il vous plaît, pardon merci désolée) quand on aime, on couche le premier soir, c’est normal, c’est comme ça, c’est pas dégradant, c’est beau, c’est l’amour, c’est la passion, on ne peut rien faire contre la passion.][Et le lendemain on s’installe chez la personne.][Voir essai d’explication ici].

Bref. Il a pris son temps, Chris. Mais un jour, j’ai vaincu. EHEHEHEH. Il a dormi à la maison et là je n’en raconterai pas plus parce qu’il faut en laisser un peu à l’imagination nan mais oh j’ai un jardin secret aussi, il est petit (Queen size) mais il existe et il s’appelle mon matelas à mémoire de forme Tempurpedic.

À partir de là, les choses ont commencé à devenir à peu près aussi magiques qu’étranges, notre histoire étant une sorte d’hybride compliquée entre histoire d’amour à l’américaine et à la française.

On ne se comprenait pas trop, mais on s’aimait vraiment beaucoup. On apprenait à se connaître. Il avait très vite compris que je n’étais pas vraiment une gravure de mode hystérique (l’image générale que les gens pas de la mode ont des gens de la mode) et j’ai fini par comprendre qu’il n’était pas du tout le play boy urbain (l’image générale que les gens ont des musiciens de jazz) que j’avais imaginé. On avait des enfances assez semblables, en fait, on était des mômes de la campagne, on s’était battus pour vivre ce qu’on aime. En revanche, niveau amour, on n’aurait pas pu être plus différents.

Moi, j’étais la proverbiale serial monogame, toujours en couple, jamais vraiment fixée, pas vraiment sûre que le couple soit une chose si importante, finalement.
Et lui, beeeen. On va dire qu’il avait profité de sa jeunesse. Ou, comme il l’avait dit à sa mère, qu’il attendait de trouver “the one”. Et que bon, il ne l’avait jamais trouvée, et qu’il préférait encore être seul que se caser pour se caser. Et, le pire, c’est que j’avais bien l’impression qu’il disait la vérité. 

Il était aussi romantique que ça.
Moi, à côté, j’étais un bulldozer de l’amour.

[Interlude musiciens : Vous entendrez souvent des amies vous dire : “Ah non ! Pas un musicien !” Mais la vérité (enfin dans toute la subjectivité de ma conversation avec deux copines amoureuses de musiciens, okok) c’est que les musiciens sont les mecs les plus sensibles et les plus honnêtes avec leurs sentiments qui existent.) Tout ce que je veux dire c’est, n’écoutez pas les gens qui essayent de catégoriser les hommes par profession.]

[Mais ne sortez jamais avec un photographe de mode, évidemment. Mouarf.]

[Interlude éclairage astrologique des AstroTwins : Garance est une “terrienne” : son signe solaire (taureau), lunaire (capricorne) et son ascendant (vierge) sont tous des signes de terre synonymes d’abondance, de constance et de sensualité. Il n’est pas facile de la faire changer ! Mais Chris est un Cancer attentionné (signe d’eau) avec une lune en Balance uber-patiente, douce et musicale. Comme la Balance est un signe d’air, il est capable de prendre du recul et de rester calme, bien plus facilement que Garance. Pas étonnant qu’ils aient eu besoin d’un petit temps pour se synchroniser, d’autant que leurs signes lunaires (qui symbolisent les émotions) peuvent faire quelques étincelles avant d’être bien calés. Heureusement, Chris a un nœud sud en taureau (le signe de sa vie antérieure), donc jusque dans les tréfonds de son âme, il trouve l’énergie de Garance agréable et familière… et c’est exactement ce dont un cancer a besoin pour se sentir à l’aise. Félicitations, Garance et Chris!]

Revenons à nos trompettes. 

Très vite, on a réussi à trouver un prétexte pour se voir tous les soirs. Il FALLAIT qu’il me fasse goûter ses lasagnes (Chris cuisine comme un dieu), il FALLAIT qu’on regarde Star Wars (j’ai un talent fou pour regarder Star Wars), il FALLAIT qu’on aille à cette fête ensemble (on a tous les deux un talent inné pour la fête). 

Il FALLAIT que je l’emmène à WestWind Orchard, la merveilleuse ferme d’une amie, upstate, où l’on a passé une soirée merveilleuse et mémorable et où se sont passées trois choses assez marrantes.

1/ Il a dit qu’il viendrait me chercher en voiture à 10h du mat ET IL ÉTAIT DEVANT MA PORTE à dix heures du mat. Le premier mec de ma vie à être encore plus à cheval sur les horaires que moi. J’aime.
2/ Tout avait l’air d’être au ralenti, comme dans un clip de John Legend.
3/ Quand il m’a déposée au Studio, le lundi matin, s’est passée la chose la plus bizarre qu’il m’était jamais arrivée (à part la Tourista du Mexique la semaine dernière). Je traversais la rue, et soudain, ben, euh. Je vous promets, je déconne pas. J’ai eu une vision. Pas un rêve éveillé, pas une pensée. C’est différent, plus précis, bizarre. 

Je nous ai vus, Chris et moi, heureux, souriants, le jour de notre mariage. 

Wo, wo, wo…Ça faisait trois semaines qu’on se connaissait !!! On se calme, là !
Ça m’a profondément chamboulée, et j’en ai évidemment fait part à mon parterre de spécialistes sur mon forum textotique – et mes copines mariées m’ont toutes dit “c’est comme ça. Quand c’est le bon, au fond de toi, tu le sais.”

Meh. J’ai rangé ma vision pour plus tard. Mais à ce jour, Westwind est toujours un endroit assez spécial pour nous.

Bon. À ce rythme-là, on brûlait légèrement les étapes écrites dans Le Grand Livre Du Dating à L’Américaine qui n’existe pas mais qu’on devrait inventer vu toutes ces règles qu’il faut mémoriser. C’est pour ça que je suis tombée sur le cul quand un jour il m’a dit :

“Tu sais, euh… Je sais que tu t’es séparée il n’y a pas longtemps de, euh… Donc. Tu sais, tu peux dater, hein. Si tu veux voir d’autres personnes, pas de problème, ok ? Sors, amuse-toi !”

Ah ben voilà, ça y était. On parlait enfin de l’éléphant rose d’amour qui avait pris place dans mon microscopique salon. La grande question, ici, aux USA. 

ÉTAIT-ON DEVENUS UN COUPLE ? Sans le savoir ?

Un Français interrogé au hasard dans la rue vous dirait : “Oui, évidemment ! Enfin !”
Un Américain interrogé au hasard dans la rue vous dirait : “Alors, voyons voir, ça dépend. Date numéro combien ? Couché ? Pas couché ? Voient d’autres personnes ? Combien ? Sérieuses ? Ont-ils parlé d’avenir tout en prétendant ne pas parler d’avenir ? Ont-ils eu THE TALK ? ONT-ILS DÉFINI LA RELATION ?”

On n’était pas un couple, en fait. Tant qu’on n’avait pas défini notre relation, je n’avais même pas le droit de dire qu’il était mon boyfriend. Chris était “un mec que je voyais”. Tous les jours. Et les nuits. Et les weekends. Mais voilà, pas “mon” mec. Et si je voulais, je pouvais voir d’autres mecs. Coucher avec d’autres mecs, même. Oui oui !

Mais eeeeeeeew !!!! Nooon !!!

“Eeeew, je lui ai répondu. Moi, Chris, je suis Française. Je ne date pas. Je ne sais pas faire. Si je suis autant intéressée par toi, je ne peux pas être intéressée par d’autres personnes. Ça me semblerait bizarre, et puis je n’en ai aucune envie. Je suis entière, je ne vais pas prétendre être une fille qui n’en a rien à foutre. J’en ai pas rien à foutre, mais je respecte ta culture. Si tu veux dater, vas-y !” (totalement hypocrite, aucune envie qu’il date, hein, je la jouais fille à la cool, bien sûr.

Ce à quoi il a répondu, du tac au tac :

“Ah, j’aime bien la France ! Ok alors, on fait à la Française. On date pas. On ne voit que nous. Ok !”

YES !!! Et c’est comme ça qu’on est devenus, officiellement, boyfriend et girlfriend.

WOOOHOOOOO!!!

Et là, les problèmes ont commencé.

———

Suite la semaine prochaine ! Bisoooooouuu !!!
PS : Merci pour tous vos adorables commentaires de la semaine dernière !!!
PPS : D’après vos suggestions, Chris a promis qu’il écrirait sa version de notre première date. :) Ahahah je sais pas si j’ai hâte. ;)
PPPS : Je répondrai à toutes vos questions sur l’amour, vu comment je suis une experte en rien du tout, dans un post prochain. Promis !