Ne croyez surtout pas que je vais continuer à vous balader d’un moment magique à l’autre en oubliant de m’arrêter sur la vraie vie et les récifs émotionnels dans lesquels peut nous plonger une histoire d’amour.

Il faut se méfier des happy endings. Ils nous font oublier les chemins épineux qu’on a dû emprunter pour en arriver là.

Je vais prendre ce chemin avec vous aujourd’hui et ne m’en voulez pas si je suis légèrement vague sur les détails. Bien plus qu’un premier baiser, le moment où l’on commence à vraiment connaître quelqu’un, à toucher son intimité, celle dont on devient le gardien, celle que l’on ne peut dévoiler à personne, c’est là, le vrai début d’une histoire d’amour.

Les détails ne sont pas si importants parce que toutes les histoires sont les mêmes. Deux personnes se rencontrent et si elles prennent le risque de s’ouvrir l’une à l’autre, vraiment, alors des choses merveilleuses peuvent éclore.

Très vite, Chris et moi avons commencé à vivre ensemble, sans vraiment se l’avouer. Très vite, et avec une espèce de sens chevaleresque de devoir et d’honnêteté, Chris s’est ouvert à moi et m’a donné tous les éléments dont j’avais besoin pour vraiment comprendre son histoire et qui il était.

C’était vraiment héroïque, ce besoin d’être vrai. Surtout venant de quelqu’un qui, au contraire de qui vous savez (aka moi, raconteuse de life en chef), ne s’ouvre pas facilement. J’ai pris ça comme un immense compliment, un réel témoignage de respect et d’amour, mais ça ne m’a pas empêchée de complètement peter un câble.

Je ne sais pas ce qui m’a pris. C’était probablement trop tôt. C’était probablement la profondeur des sentiments que j’ai presque immédiatement ressentis pour lui. C’était aussi cette satanée carapace new-yorkaise que je m’étais construite.

Une minute avant de le rencontrer, je me sentais invincible. Je n’avais peur de rien. Pour arriver à sortir de ma relation précédente, j’avais dû me créer une nouvelle histoire. Celle d’une fille libre, indépendante, urbaine, célibataire et heureuse de l’être, n’ayant besoin de personne. Prête à faire un bébé toute seule s’il le fallait. Une vraie New-Yorkaise. Ça me convenait parfaitement. C’est une chouette histoire, après tout.

Et soudain, je n’étais plus qu’une toute petite chose, vulnérable, débordant de sentiments, incapable de prendre de la distance. Mon armure s’écroulait complètement et je découvrais alors tous les sentiments d’échec et toute la tristesse que j’avais étouffés.

Mais au lieu de prendre un instant, de pleurer et de me recueillir, je projetais tout ça sur ma nouvelle histoire d’amour.

J’ai commencé à devenir inquiète, revendicatrice, sérieuse, mélodramatique, larmoyante. Prétendant à un moment être forte et fun et cool et m’écroulant la seconde d’après pour un détail. J’étais bouleversée, quoi.

Lui de son côté ne devait pas en mener beaucoup plus large – c’était la première fois depuis longtemps qu’il s’ouvrait à quelqu’un. Lui aussi avait 40 ans de bagages et de systèmes de défense finement ciselés, perfectionnés, testés et approuvés.?Il s’exprimait comme il pouvait. Comme un homme. N’appelle pas. Dit des trucs bizarres. Fait des trucs bizarres. Rien ne bien grave avec le recul. Mais sur le moment et dans le contexte de mon soudain vertigineux déficit de confiance en moi, des crimes !

Soudain, on ne se comprenait plus. Soudain ce n’était plus des violons et des sourires complices, c’était désordonné, compliqué, et ça semblait presque évident que ça ne marcherait jamais. Je remettais tout en question. Chaque petit défaut, chaque micro moment raté devenait une raison valable pour en finir avec cette histoire.

Souvent, j’ai cru que c’était la fin. Ça a été dur, pour moi comme pour mon entourage qui m’a beaucoup soutenue, les pauvres.

Bien sûr je savais que quoi qu’il se passe, ça irait. C’est l’avantage de l’expérience. On sait que perdre quelqu’un est dur mais qu’on survit. On sait qu’être seul en fait, c’est plutôt cool. Et on sait que le temps guérit les blessures. Mais j’avais aussi appris que fuir n’est pas la bonne solution. En amour, il faut rester jusqu’au bout. À aucun moment, je n’ai ressenti que c’était le bout, la fin. Alors j’ai rangé ma fierté et j’ai tenu bon.

Et je crois qu’il a fait pareil. Malgré toutes nos incompréhensions, il y avait une chose qui ne ne changeait pas. Je lui faisais profondément confiance. Je savais qu’il avait un coeur immense. Et surtout je sentais que lui aussi n’abandonnait pas.

Jusqu’au bout. Jusqu’au jour où, épuisée, je lui ai demandé de ne pas rester chez moi, et où il… n’a pas accepté. Il est resté. Bien sûr que je voulais qu’il reste, au fond. Et ce soir-là, chose rare, il s’est ouvert à moi, et m’a parlé.

Il m’a expliqué l’effet que mon comportement de lunatique avait sur lui. Les doutes que ça créait. On était dans une spirale d’incompréhension. Plus ma peur s’exprimait, plus il se protégeait, plus je me protégeais, plus sa peur s’exprimait… Il a repris chaque instant de notre histoire qui avait terminé en larmes et m’a dit ce que lui avait ressenti. Il m’a parlé pendant des heures… Et il a fini en disant que la chose qui lui manquait le plus, qu’on avait au début, et qu’on avait complètement perdu, c’était notre sens de l’humour.

Ah.

Rien ne pouvait plus me toucher que ça. Bien sûr le fait qu’il s’ouvre à moi alors que je sais à quel point c’est difficile pour lui. Il s’exprime par la musique, pas souvent par les mots. Mais surtout, me dire que j’avais perdu mon sens de l’humour…

!!!

L’un des trucs que je chéris le plus au monde ! Mon sens de l’humour ! Mon regard décalé sur les choses ! Qui me donne un regard tendre sur le monde ! Qui m’aide dans tout ! Le truc qui fait que je peux vous écrire ici depuis des années, me moquant de moi-même, m’amusant du monde étrange dans lequel j’évolue…

Il avait raison. On l’avait enfin eu, notre « talk » le vrai, l’authentique « talk ». Celui où l’on se regarde en face et où l’on décide de continuer, d’aimer, d’accepter et de rire des défauts de l’autre. D’avouer notre faiblesse, et qu’on n’en a pas rien à foutre, et qu’on voudrait que ça marche, et qu’on veut bien donner notre coeur, s’il voulait bien y faire attention, svp ?

J’ai décidé d’apprendre à être quelqu’un de meilleur. Arrêter de tout prendre perso. Dealer avec mes propres insécurités avant de les projeter sur l’autre. Et, à chaque fois que l’impatience, l’agacement, l’incompréhension, la revendicativité (bon ok, ce mot n’existe pas, mais vous savez, quand on se raconte des choses du genre « j’ai bien droit à ceci et à cela! ») s’emparent de moi, à les remplacer par de l’amour.

Je sais à quel point ça sonne stupide pour certains, et évident pour d’autres.?Mais moi, je vous assure, j’avais besoin d’apprendre ça. Que ce sont ces petites choses qui finissent par construire des murs de haine entre deux personnes. Et que c’est dans ces petites choses, pas dans les grands actes et les fastueuses cérémonies, que l’amour s’exprime vraiment.

Après presque une année de tempête (et de moments merveilleux, aussi, quand même, hein, sinon on n’aurait jamais tenu) et surtout, après une année à me découvrir comme jamais, on a enfin commencé à naviguer sur des eaux plus calmes. Et on a recommencé à rire, et à s’amuser.

On s’est même dit que si on avait réussi à passer un an l’un sur l’autre dans mon micro-appart- maison-de-poupée, on pourrait peut-être bien habiter ensemble. Et, euuuh… Enfin, tout ça, quoi.


Attends, quoi ? Comment ça, tout ça ?