Je vous écris depuis Los Angeles où le soleil br… L’ouragan fait rage, en fait, ahah.

On a loué un appartement à Venice Beach d’où l’on travaille, Chris et moi, depuis deux semaines, juste parce qu’on avait envie de voir ce que c’était, l’hiver en Californie. Envie de tester l’idée de travailler à distance, et envie de découvrir une autre partie des États-Unis, et un peu envie d’échapper à la dépression hivernale dont je vous parlais l’autre jour.


J’avais déjà fait ça pour commencer l’écriture de mon livre, il y a deux ans.. J’avais passé trois semaines à West Hollywood, toute seule. Ça avait été fantastique de prendre de la distance. L’endroit comptait peu, en fait, parce que je ne connaissais que très peu de monde et que mes journées étaient rythmées comme du papier à musique, écriture, sport, écriture, déj, écriture, balade, diner. Mais déjà, il y avait quelque chose dans l’air de la Californie qui m’inspirait beaucoup.

Ce coup-ci, c’était un peu différent. Nous sommes partis sans vraies “raisons professionnelles” autres que quelques rendez-vous de boulot et quelques dîners pro. On s’est organisés avec mon équipe pour faire des Skype réguliers. Je me suis disciplinée pour commencer à travailler à 7 heures du mat histoire de ne pas être trop décalée par rapport à la côte Est, d’être connectee avec tout le monde, de donner du temps à chacun et de suivre scrupuleusement ma to-do list.

Malgré tout ça, j’ai du faire avec un sentiment de culpabilité débordant.

Un peu à l’idée de ne pas être présente physiquement pour mon équipe. Et aussi, parce que je les adore et qu’ils me manquent. Mais surtout, j’avais l’impression de faire un truc interdit. 
C’est incroyable à quel point la vie peut devenir une série d’obligations auxquelles on pense ne pas pouvoir échapper. Et pourtant…

Le monde a changé, le travail a été complètement révolutionné, beaucoup de gens travaillent de chez eux, beaucoup d’équipes travaillent dans des bureaux éloignés physiquement (les nouveaux systèmes de vidéo-conférence sont dingues!), c’est possible, c’est l’avenir, et c’est le présent même, pour peu qu’on se décide à le cueillir.

Tout le monde n’a pas cette possibilité, et tout le monde n’a pas envie de ça, bien sûr. 
Mais de plus en plus, ce sera possible, négociable, envisageable pour chacun.

C’est pour ça que j’aborde ce sujet aujourd’hui.
Moi, j’avais envie de tenter le coup.

La première semaine a été épuisante. Tellement de choses à faire, le calme après la tempête merveilleuse que fut le livre, des millions d’emails en retard, des millions de projets à mettre en route, beaucoup de travail, le jet lag, et puis cette nouvelle organisation…

La deuxième semaine a été une révélation. Soudain libérée de la vie trépidante new yorkaise, c’est comme si je reprenais possession des heures de ma journée. Tout d’un coup éloignée du coeur battant de la ville, c’est comme si je voyais plus clairement ce qui s’y passait. Projetée loin de la personne que je suis à New York, constamment occupée, épuisée, culpabilisée de ne pas arriver en à faire plus, j’ai eu l’impression de pouvoir prendre un souffle profond. 

Mon rythme se mettait tout doucement en place, même si je travaille encore sur les ajustements et, vers trois heures de l’après-midi, six heures à New York, l’heure de se ruer dans les bars et les cours de yoga et les restaurants, moi à LA, j’ai du temps pour me poser et réfléchir. Faire des recherches, écrire, dessiner, en paix. 

Rencontrer des créateurs d’ici, changer de perspective, pouvoir vous présenter des sujets différents, c’est quelque chose d’important pour moi – c’est tellement facile de devenir complètement centré sur une ville, une industrie, un espace-temps et une seule manière de voir les choses. Je me rends compte à quel point je suis centrée sur New York, parfois.

Travailler à distance est une façon vraiment intéressante de se ressourcer et de prendre du recul. C’est totalement différent de prendre des vacances où l’on déconnecte. Là, je suis hyper connectée, juste dans une énergie différente. Peu importe la destination, vraiment. L’important, c’est de casser ses habitudes et se remettre en question.

Et pourtant les habitudes, ça se forme très vite. Je sais très bien que si je restais ici, ma vie s’organiserait et que je me sentirais vite aussi submergée qu’à New York (même si je pense que peu de villes vous submergent autant que New York) – je commence même à avoir envie de rentrer parce que vraiment, le Studio et mes amis me manquent.

Mais je suis heureuse de m’être donné le droit de le faire. 
Vous avez déjà pensé à travailler différemment, vous ?

Photo á la Butcher’s Daughter| 1205 Abbot Kinney, Blvd. Venice, CA