En ce moment, c’est la folie du fitness. Genre, le fitness est plus à la mode que la mode. À tel point qu’on se demande comment c’était avant. Et puis on se rappelle. Ah oui ! Avant, on se la coulait douce la moitié de l’année et quand arrivait le mois de mai (ou pour les gens comme moi, le moi de juin) on commençait à flipper en pensant à son bikini et on passait à la salade et aux abdos.

Aaaaah, le bon vieux temps. Bon, je dis pas que c’était l’idéal niveau équilibre de vie, hein. Mais le fait est que maintenant, la pression est ON, 365 jours par an. Je pense que comme pour tout, il y a du bon et du mauvais. Le bon, ben c’est qu’on est tous en train de devenir plus actifs et hyper éduqués niveau nutrition et qu’au fond, ça ne peut qu’être mieux que la mode rock, maigreur, clope à la main et regard vide.

Le moins bon, c’est l’hystérie et ces corps incroyablement minces et musclés nous sont à présent présentés comme désirables, atteignables pour peu qu’on se donne la peine (flemmasses !), normaux. Et tous les juicing bizarres qui vont avec.

Alors qu’à un moment, il faut être honnête. Être aussi minces et musclées que les filles qui nous font rêver sur Instagram, c’est un job. Ou au moins, une obsession.

C’est comme ça je voyais les choses, vivant à New York. Je me disais bon ok, en ce moment c’est un peu du délire cette obsession de l’exercice et du kale (enfin le kale c’est dépassé, le dernier légume hyper en vogue, c’est le chou-fleur) mais c’est une mode, ça va passer, c’est sympa, allez tiens on en profite, on s’inspire et on s’y met.

Et puis soudain, je suis allée passer un mois à LA. Et là, welcome to : le NEXT LEVEL.

On a compris ça tout de suite, Chris et moi, quand, le premier jour où l’on est arrivés à LA, on a posé nos valises dans notre bungalow à Venice Beach, on s’est mis au volant de notre SUV de location, direction Whole Foods.

Whole Foods, c’est un supermarché bio tellement bien fichu que ça en devient presque mieux qu’Instagram pour socialiser. On y croise ses copines, on checke les nouvelles tendances nutrition et on drague, à mort. Parfois, ça arrive, on y fait ses courses.

À New York, Whole Foods est peuplé à majorité d’une population hipsterisante pressée, de mamans (et papas !!!) qui veulent “donner le meilleur à leurs enfants” et de quelques hippies un peu perdus qui se grattent le menton en regardant les prix (astronomiques).

À LA, c’est simple, au premier regard on pourrait croire que Whole Foods est une gym.

TOUT LE MONDE est en tenue de sport. Les hommes portent un short et un tee-shirt, et les femmes sont en pantalon de yoga, baskets ou tongs, et une petite veste parce que “il caaaaaille à LA en janvier !!!”. Et non seulement tout le monde est en tenue de sport, mais alors surtout, TOUT LE MONDE EST HYPER MEGA GAULÉ.

C’est comme ça à LA. C’est la ville du fitness. Les restaurants délicieux et healthy pullulent et il y a des cours de Pilates et de yoga à tous les coins de rue. Le corps, les gens prennent ça hyper sérieusement et je répète, ILS SONT HYPER MÉGA GAULÉS.

On a vite fait, en tant que fille normale, de se sentir mega extra à mort à la ramasse et pas assez disciplinée. Surtout, que, contrairement à New York, on ne peut pas du tout s’en remettre à son sens du cool. Pas de fringues pour nous sauver la mise, ici. La plupart du temps, comme tout le monde, on passe sa vie en lycra.
À LA, le cool est bien caché. Faut comprendre la ville pour le trouver.

C’est un peu bizarre, en fait. Contrairement à New York, à ses saisons et à sa densité infernale au mètre carré, Los Angeles, il fait constamment beau, il y a des l’espace, et la plage et les montagnes ne sont jamais loin. C’est une vraie culture de l’outdoor. Tiens, ce week-en j’y étais encore, et personne ne m’a proposé d’aller bruncher comme il se doit à New York.

Non.
Liste des activités que mes copains m’ont proposé ?

– Aller faire une randonnée.
– Aller marcher sur la plage.
– Aller faire un tour au bord de mer en vélo. – Aller surfer.
– Aller rendre visite à un gourou.

Bon ok le gourou n’a rien à voir et j’aurais bien aimé y aller mais j’avais trop de boulot, mais c’est ça, la vie à LA le weekend. Donc pas un instant pour se saper, et énormément, par contre, pour s’admirer les abdos et reluquer les bubble butt (les fesses en bulle !) des autres.

Il faut que je vous avoue, même avec mon cynisme à la française, c’est assez inspirant. Tiens d’ailleurs, histoire de TMI un petit peu ce post, voici les démons qui se sont emparés de nous alors qu’on s’adaptait tout doucement à notre vie à LA :

  • –  Bon d’abord le premier jour, Chris est allé s’acheter une planche de surf et un skate, et il s’est mis à surfer deux fois par jours. Et à aller surfer en skatant.
  • –  Je me suis mise à courir, tranquille, sur la plage, qui était à deux minutes de la maison.
  • –  J’ai acheté une bouteille de vin, certes, parce que quand même je suis moi. Mais je ne l’ai
    pas ouverte. En trois semaines.
  • –  Comme je n’ai pas ouvert le vin, je n’ai pas fumé de cigarettes. La seule fois où j’ai fumé,
    c’est une cigarette à la fin d’un dîner avec des amis.
  • –  J’ai loué un vélo et commencé à tout faire en vélo. Contrairement à New York où il fait -12 la
    moitié de l’année et où les automobilistes ont pour but de zigouiller tout le monde (ce qui a fait que j’ai décidé d’arrêter le vélo) – à LA tout le monde conduit au ralenti et s’arrête avec zèle pour laisser les passants traverser (c’est facile en même temps, il y a zero passants. Je me demande même si les automobilistes ne s’arrêtent pas tout net parce qu’ils sont choqués de voir un passant, plutôt que par politesse).
  • –  J’ai téléchargé Mind Body Online (une app pour réserver ses cours de sport) et commencé à tester les cours de Pilates alentour. Il y en a partout, et c’est d’ailleurs grâce à ça que je suis (enfin) tombée amoureuse du Pilates.
  • –  Genre, j’avais envie d’y aller.

Et, miracle des miracles, on a cuisiné à la maison. TOUS LES JOURS. Non. Je ne sais pas si vous vous rendez compte – pour tout New Yorkais, cuisiner est un acte héroïque. Je ne sais pas vraiment à quoi ça tient mais ça a probablement un rapport avec le fait que faire les courses est un acte héroïque. À part les quelques personnes exceptionnelles (genre, les gens qui sont parents, autrement dit des héros de la vie quotidienne) qui maîtrisent l’art de faire les courses en ligne, à New York on est toujours en galère. On n’a pas de voiture, donc, on se retrouve au supermarché les bras chargés et on finit toujours par oublier / ne pas pouvoir porter 65% de ce dont on a besoin et rentrer avec un avocat et un rouleau de PQ en se demandant quel plat délicieux on va se concocter avec ça. Et même quand on arrive à faire ses courses, la plupart des trucs finissent oubliés dans le frigo parce qu’on s’est laissés séduire par les invitations de dernière minute et les Seamless de fin de soirée.

Au bout de deux semaines, on était deux personnes différentes. Pas encore HYPER MÉGA GAULÉES (ahahah)(BIENTÔT!), mais définitivement mieux nourris et les joues rosies par le grand air.

Bon.

Il faut avouer qu’il y a des moments où tant de bonne santé peut faire un mal aux yeux tellement ça brille. Selon les quartiers où l’on se rend, LA peut vite tourner en un mini Stepford Wives de femmes, jeunes, belles, en yoga pants et en route pour l’école dans leur SUV rutilant.

Mais j’ai beaucoup aimé cette énergie. Étant basée à Venice, j’avais quand même accès à un mélange de gens assez intéressant. Je pouvais tout faire à pied ou à vélo. J’ai adoré avoir un accès aussi facile à la nature. Dans ce sens, ça m’a rappelé ma Corse natale. J’ai aimé aussi avoir une voiture. C’est dingue tout ce qu’on peut faire quand on a une voiture !

Et enfin, j’ai aussi beaucoup aimé le style des filles d’ici. Il y a un vrai sens du style qui a résonné en moi. J’avais toujours eu un faible pour des marques comme James Perse, robes tee-shirt sublimes (qu’on ne peut vraiment porter qu’avec un corps parfait, typique de LA, cool pas si cool) mais aujourd’hui la mode éclot d’une toute autre manière à LA et j’ai hâte de vous en parler parce que je trouve que ça répond à une nouvelle envie, celle d’une mode plus simple, intime, moins tape à l’oeil et surtout, moins attachée aux tendances, qui ne veulent plus dire grand chose. Mais je m’égare, et je vous en reparlerais.

En attendant, j’espère ramener avec moi à New York un peu de cet esprit et de cette envie de vivre une vie plus simple et plus saine. Ça m’a fait énormément de bien, ça m’a même profondément changée, et pouvoir aller m’asseoir devant l’océan quand le stress New Yorkais me submerge (via e-mail, texto et Skype) va vraiment beaucoup me manquer.