Ne riez pas, ce qui va suivre est hyper sérieux, ça va peut-être changer ma vie:

J’ai commencé à méditer.

Ouais, bon, ok, c’est drôle. Enfin, ce n’est même plus vraiment drôle, vu que tout le monde le fait. C’est banal. C’est d’une banalité effarante, et c’est ça qui rend le fait que je médite – et que je l’annonce comme si c’était un truc hyper original – hyper drôle.

Bienvenue dans mon cynisme quotidien.

Je ne vais pas vous expliquer pourquoi j’ai commencé à méditer, parce que je suis sûre que vous avez une idée. Comme vous, je vis le nez plongé dans mon téléphone, je me sens toute petite dans une grande ville bruyante et j’ai tellement à faire pour “réussir ma vie” qu’il faudrait que je me dédouble (détriple, même, vu mon niveau de flemmassité) si je voulais être parfaitement comme il faut, c’est à dire être Jessica Alba, c’est à dire :

  • Avoir une carrière éblouissante
  • Une vie de famille béatisante
  • Une maison ADisante
  • Le tout avec un corps d’athlète,
  • Et souligné par un style inconisant, bien sûr.

Pendant longtemps, j’ai utilisé mes mécanismes usuels contre la pression de la vie. Humour, cynisme, margaritas. Ce sont des systèmes testés et approuvés par moi-même depuis des années, qui ont fonctionné à merveille jusqu’à présent.

Récemment, la pression est devenue trop forte. C’est peut-être un peu dû à ma charge de travail, mais je pense surtout que c’est dû au temps de cerveau qui a été ajouté à mes journées par mon téléphone, les textos et par les médias sociaux (vous c’est pareil, non ?).

Plein d’autres choses sûrement se sont ajoutées à tout ça (perso et pro), et j’ai commencé à sentir qu’il fallait faire quelque chose.

Mais mon problème à moi, ce n’est pas de m’asseoir pendant dix minutes en silence. Ça, ça va.

Mon problème à moi, c’est que je ne crois en rien.

J’ai appris à méditer quand je faisais du yoga. Je me souviens très bien de mes premiers om, de mes premières positions du lotus, yeux fermés, et même de la première fois où j’ai chanté un truc du style om shanti shanti. Et de la tronche que j’ai fait.

Au fond de moi, quelque chose sentait le bien que cette pratique me faisait. Et pourtant, je me moquais de ces pseudo-hippies qui faisaient semblant de connaître le sanscrit. Ça, c’est pour le yoga, mais ça s’applique à quelque pratique légèrement New Age. Direct, le Larry David cynique et moqueur qui habite en moi commence à faire de grosses blagues et à se moquer de tout, et de moi en premier.

Je ne suis pas la seule : Je voyais bien les sceptiques du yoga qui partaient juste avant la séance de méditation ou de savasana avec un expression du genre “hasta la vista les mystiques, on verra bien qui arrivera le premier chez Whole Foods !” et au fond, je me disais qu’ils manquaient le meilleur moment du cours de yoga.

Ça a toujours été comme ça, j’ai toujours eu cette résistance et cette contradiction en moi, et elle s’applique à tout ce qui touche le domaine du spirituel et de l’esprit.

Mais au fond mon cynisme, je crois tout simplement qu’il est très français. Vous ne trouvez pas ?

Alors imaginez quand j’ai débarqué aux USA il y a six ans et que mes copines ont commencé à me parler de gourous et de méditation et de retraites spirituelles, le tout sans aucune grimaces pour me signaler que bon ouais ok c’est un peu ridicule mais on en parle quand même. J’oscillais tout le temps entre le “Ah ouais chouette je veux essayer !” et le “Ah non mais c’est pas possible viens on sort on va rigoler un coup ça va te passer ton angoisse existentielle direct”.

J’ai essayé deux trois trucs, eu quelques expériences complètement nulles, d’autres horriblement chères, certaines géniales, et une un peu traumatisante. Genre :

Je me suis retrouvée chez un gourou-chaman de l’Upper East Side qui murmurait des trucs inaudibles pour faire “bouger mes énergies” avant de me faire payer une séance qui coutait l’équivalent d’une paire de chaussures du Barney’s d’à côté. Chaussures qui auraient probablement fait bouger mon énergie beaucoup plus rapidement que mon gourou-chaman aux pieds nus.

J’ai vu un ostéopathe dans le Sud de la France qui m’a guérie à jamais de mes infections urinaires chroniques rien qu’en posant ses mains sur mon dos. Ça fait presque dix ans et ce n’est jamais revenu. Evidemment, j’ai perdu le numéro de ce magicien.

J’ai vu une color-thérapeute à Sidney qui m’a complètement fait flipper. Je n’ai pas cru une seconde à ce qu’elle me disait, et je l’ai trouvée méchante et je n’ai eu qu’une envie, de prendre mes jambes à mon cou avant qu’elle ne me refile ses petites fioles colorées à 100$ la pièce (ugh, rien que d’en parler j’en ai encore les poils qui se hérissent !).

J’ai vu un masseur au Costa Rica qui m’a fait comprendre que mon corps et mon esprit marchaient à l’unisson. Et qu’il fallait que j’arrête de rire et de me moquer de tout, et que je prenne soin de moi.

Tous ces praticiens avaient été recommandés chaleureusement par des amis proches, sérieux et bien intentionnés. On ne sait jamais sur quoi on va tomber et franchement, faut faire gaffe, et avoir une énorme dose d’humour pour parfois tomber sur des perles.

Mais revenons au jour présent, où je n’ai ni gourou, ni psy, ni osthéo, ni sorcière color-thérapeute. Et où je ressens, tout les jours, dans mon corps et dans mon esprit, les effets de ma vie urbaine à trois mille à l’heure.

Un jour, alors qu’il était 3h heures de l’après midi et que j’étais en train d’essayer d’écrire un post, tout en répondant à quatre Skype, trois textos, vingt emails et qu’en plus je m’étais donné pour mission de poster un Instagram et d’éditer des photos pour le post du lendemain, tout ça en regardant ma manicure écaillée (echec au niveau du vécu !), j’ai senti, comme d’habitude, mon coeur commencer à battre très fort. STRESS. Cheveux qui se dressent sur la tête. Impression de vertige. Malheureusement, une sensation beaucoup, beaucoup trop familière.

Ce jour là, j’ai décidé de me mettre à méditer.

Et j’ai décidé de prendre ça au sérieux, et de laisser mon cynisme de côté. Parce qu’on ne peut pas croire sans croire, on ne peut pas berner son esprit, on ne peut pas méditer sans prendre ça au sérieux au moins un peu.

Et que c’est facile, cinq à dix minutes par jour, de faire taire les voix qui me disent que j’ai l’air con assise en tailleur dans mon salon avec mon casque sur les oreilles. Cinq minutes par jour, je prends mon esprit au sérieux, j’essaye de le réconcilier avec mon corps, et j’apprends à ne pas me laisser submerger par le chaos.

Parfois, quand le stress de 3h m’attaque, je me refais même cinq minute. Ça me recentre. Ça fait retomber la pression. Et ça me redonne le sourire.

J’y crois vraiment.

Et je vous interdis d’en rire.

Ahah!

Vous avez déjà essayé de méditer vous ? Vous avez déjà eu à vous battre contre votre propre scepticisme ? C’est épuisant, non ?

PS : En ce moment j’utilise une appli de médiations guidées (en anglais) qui est pas mal du tout (même si au fond, je préfère les méditations en silence, parfois pour commencer, c’est bien de se laisser guider) et qui s’appelle Meditation Studio by Gaiam.