C’est trop bizarre, d’être connu.
Tellement bizarre que c’est même bizarre d’en parler, en fait. Mais aussi tellement drôle intéressant que je vais essayer de faire un peu le tour de la question, aujourd’hui.

Bon, d’abord, laissez-moi mettre les choses en perspective avant que vous ne le fassiez, je ne suis pas Rihanna. Les deux ou trois fois où j’ai été paparazzée, j’ai failli aller voir le pauvre photographe égaré (LE photographe. C’est pas comme s’ils s’étaient mis en horde pour me poursuivre, hein) pour lui expliquer qu’il perdait légèrement son temps – mais je n’ai pas osé, alors à la place j’ai mis ma pochette Saint Laurent devant mon visage avec un air à la fois contrit et offusqué mais sans froncer les sourcils parce que ça fait prendre 10 ans sur une photo je lui ai fait un petit signe de la main et dit bonjour.
Il a répondu, et on s’est regardés avec un air bête et surpris de tant de courtoisie.

Je ne suis pas Beyoncé, donc, mais n’empêche, plus ça va, plus on me reconnait. Dans la rue. Dans les boutiques. Au Whole Foods. À la gym. Et c’est souvent le truc le plus cool du monde. D’abord parce que :

1/ Les gens qui me reconnaissent sont souvent des gens que j’avais repérés pour leur coolitude (autrement dit, mes lectrices sont cool !!!)
2/ Ils sont d’une adorabilité à toute épreuve.
3/ Ils me disent des choses qui me touchent profondément. Souvent, ils m’expliquent qu’ils ont l’impression de me connaître et là, je leur réponds NON. Vous n’avez pas l’impression de me connaître, vous me connaissez. J’ai même une app violons sur mon Iphone pour ces moments-là. Non, bon ok Oprah, sors de ce corps, mais sérieux, si vous lisez mon blog, je ne rigole pas. Vous me connaissez vraiment.

Vu qu’ils me connaissent déjà en général, et que moi en revanche, je ne les connais pas, je leur pose des questions. Parce que pour moi, mes lectrices, c’est toutes mes copines. C’est comme ça. Mais je reviendrai à ce sujet à la fin pour que l’on puisse conclure ce post en bouquet final émotionnel à l’américaine.

En attendant, parlons plutôt des vrais moments bizarres.
Et d’abord, il faut que je vous le dise : tous ces moments sont arrivés exactement comme je vous les raconte, sinon ce ne serait pas drôle, hein.

– Il y a le moment où l’on sent que quelqu’un nous a reconnu, et où on fait un grand sourire pour dire un grand bonjour tellement on est une personnalité approchable, authentique et amicale et où soudain, on se rend compte que non, en fait, c’est notre voisine du troisième qui nous dévisage. Et qu’on est grave en train de la snober.

– Il y a le moment où, au supermarché, on entend un souffle derrière notre dos “C’est Garance Doré !” et où soudain on se tient plus droite et on se retourne pour faire un grand sourire et dire bonjour.

– Il y a le moment où, au supermarché, on entend un souffle derrière notre dos “C’est Garance Doré !” et où soudain on se tient plus droite et on se retourne pour faire un grand sourire et dire bonjour et où l’on se rend compte que la personne est en train de montrer un paquet de “tranches de pain au lait” à son amie (si si, je vous jure, si on le dit assez vite et qu’on a un égo gros comme une maison, on aurait pu entendre “C’est Garance Doré”).

– Il y a le moment où l’on devient complètement parano parce qu’on se faufile dans la rue en mode walk of shame en rasant les murs (Bon, ok, je suis casée à mort, donc je n’ai plus vraiment de walk of shame. Oui ça va, je n’en ai jamais vraiment eu, j’avoue. Mes walks of shame à moi, c’est quand je vais chercher mon petit dèj au Starbucks en mode Uggs, vieux jogging pourri et cheveux en pétard) comme si le FBI était après nous. C’est ridicule. Habille-toi pour sortir. Ou relax et assume le fait tu es une loseuse du quotidien.

– Il y a le moment où l’on s’assoit à un café et où une personne du café nous connaît et, sans nous le dire, nous envoie des parts de tarte à la pomme, des éclairs au chocolat, des cafés en plus, le tout en nous faisant de grands clins d’oeil entendus. On ne sait pas comment remercier, mais on ne peut pas s’empêcher de se gaver.

– Il y a le moment où on est là, les yeux gonflés, à l’aéroport, en mode femmes au bord de la crise de nerfs (bah ça arrive à tout le monde, même à Britney Spears, ahah !) dans la queue pour la sécurité et où soudain, on entend : “Je suis votre lectrice, je vous adore, merci pour votre livre qui m’a fait tellement de bien…” Et là on se retourne avec des yeux de cocker et on dit avec un hoquet “Non mais merci, là, vous ne savez pas combien ça me touche, snif, parce que vous savez, snif, ma vie, là, c’est vachement compliqué quand même, et…” dix minutes de queue plus tard, après une bonne session de thérapie, l’inconnu nous serre dans ses bras et nous offre un chocolat et ça va mais alors, vachement mieux soudain.
Opération brisage d’image réussi.
(Même pas vrai : mes lectrices étant des anges, elle m’a quittée en me disant que j’étais encore plus vraie et authentique qu’elle ne le pensait)(Snif!)

– Il y a le moment où quelqu’un nous dit “Je vous connais de quelque part, j’en suis sûr, absolument sûr mais alors sûr !!!” et où on dit qu’on ne sait pas, mais alors pas du tout d’où, vraiment. Qu’on finit par lâcher au bout de cinq minutes : “Je ne sais pas, peut-être que vous avez entendu parler de mon livre et que…” et c’est là que la personne se rend compte qu’on était à la fac ensemble. La classe.

– Il y a le moment où l’on est sur un tapis rouge à sourire aux photographes en prenant sa pose n°32 “Célébrité connaissant son meilleur profil en action” et où l’on se demande comment on a pu être projeté dans un tel monde parallèle et trouver ça parfaitement normal de prendre 23 minutes pour avancer sur trois mètres de tapis rouge.

– Il y a le moment où l’on est sur un tapis rouge à sourire aux photographes en prenant sa pose n°32 “Célébrité connaissant son meilleur profil en action” et où l’on rajoute même l’option “avec éclats de rire dans le vide” et où soudain, on entend un photographe demander à un autre : “C’est qui celle-là ?”

– Il y a le moment où l’on est avec des célébrités, des vraies, pas comme nous. Genre des stars de cinéma. On bavarde en essayent d’appeler à soi tout le naturel et l’aisance dont on peut faire preuve au monde (j’ai passé un moment comme ça avec Jon Hamm, JE PEUX VOUS DIRE QUE ÇA N’A PAS ÉTÉ FACILE) et où un photographe approche et nous demande de nous décaler légèrement sur le côté… pour ne pas être dans la photo. Un peu plus sur le côté encore ? Mon pied est dans le cadre ? Ahahahah (rire crispé) ok ! Très saine remise en place d’égo.

Il y a le moment où quelqu’un nous reconnait et nous approche pour nous parler mais il pleut des cordes, on a trente kilos de courses sur les bras et notre Uber s’est perdu pour la troisième fois et on est en train de lui hurler dessus de pleurer de jeter son téléphone violemment par terre de lui expliquer avec la patience et la douceur qui nous caractérise le meilleur chemin à prendre pour accéder à nous. On se reprend, mademoiselle, on se reprend.

Il y a le moment où l’on voit une mère et sa fille nous regarder dans la rue et que, à tout hasard, on envoie un grand sourire. Que soudain la mère vient vers nous avec de grands yeux pleins de reconnaissance. Qu’elle nous dit :

“Ma fille n’aurait jamais osé venir vous dire bonjour, alors je prends mon courage à deux mains et je le fais. Je sors d’un long séjour à l”hôpital et ma fille a été avec moi tous les jours. Dans les moments où c’était trop difficile, elle sortait votre livre, qui l’a énormément aidée… Alors, du fond du coeur, nous voulions vous dire merci.”

J’ai écrit ce post pour me moquer de mon égo, oui, oui.

Mais surtout, pour dire à cette mère et à sa fille, et ainsi qu’à tous ceux qui m’ont envoyé des emails, des Instagrams, tous ceux qui sont venus à mes séances de dédicace, qu’ils se soient jetés dans mes bras ou qu’ils aient serré ma main avec timidité, que ces moments me touchent profondément et qu’ils sont pour moi les ancres qui m’attachent aux vraies raisons pour lesquelles j’écris.

Pas pour être sur un tapis rouge, pas pour qu’on me reconnaisse au Starbucks. Mais pour me connecter avec des gens profonds et drôles et fabuleux, qui rendent ma vie plus belle tous les jours.

Alors, n’hésitez jamais à venir me dire bonjour.
Même si vous êtes ma voisine du troisième !