cannes, première


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L’un de mes premier jobs sérieux, ça a été dans un minuscule cinéma d’art et d’essai où j’étais l’assistante du programmateur.

Ce dernier, en vrai passionné du cinéma comme on en fait plus, passait son temps dans les salles obscures, citait Godard à tout bout de champ avec un air prophétique, (“la photographie, c’est la vérité et le cinéma, c’est 24 fois la vérité par seconde”) mais aimait tout aussi bien les séries z bien gore que les films russes révolutionnaires à la durée accablante.

Avant, j’aimais le cinéma. Avec lui, j’ai appris à aimer les salles de cinéma, les pellicules, le projectionniste. Il se mettait au premier rang pour se faire péter la rétine et en redemandait. Je lui disais : “j’ai du boulot au bureau”, il me disait “viens voir ce film, après tu sauras pour quoi tu bosses”.

Bref. Un jour, il me demande innocemment “tu viens à Cannes?” (roulement de tambour dans ma petite tête de perruche, salto arrière de mon coeur, coup de fard sur mes joues).
“Ah oui!”, “d’accord, marque tes coordonnées là.”

Trop diabolique, je me démerde même pour avoir une accréditation pour une amie. On part en totale goguette, pas besoin de vous faire un tableau.
Enfin arrivées, direction les accreds.
En quelques minutes (bon en fait une bonne demi-heure d’explications avec une hôtesse excédée par ces deux péronnelles endimanchées), notre rêve d’ados s’écroule.

Comme je l’ai souvent vu depuis, non seulement il y a soixante-douze niveaux d’accreds (depuis l’humble étudiant en cinéma jusqu’à las star internationale -en gros, et les exploitants de salles, c’est vers le médiocre milieu), mais en plus il faut aller faire la queue tous les matins pour aller chercher des tickets pour avoir accès aux salles.
Le matin.

On repart de là pliées sous le poids de la déception.

Mais on se reprend vite (deux super amies à Cannes, même avec des moitiés d’accreds, ça déprime jamais longtemps) : on a accès au palais des festivals, donc en étant un peu malignes, aux opens bars, où se trouvent des mieux accrédités que nous, qui ont des tuyaux concernant les fêtes cannoises. Ha ha!

Ne vous méprenez pas : on s’est fait presque toute la selection “Un Certain Regard” (pas besoin de tickets ni de surbadges à l’époque.) On s’est régalées. On a réussi à se faire des journées à trois films + une ou deux fêtes, le genre d’enivrement dont je ne me lasserais jamais.

Je me souviens de la magie de chaque début de film, s’enfoncer dans son fauteuil, attendre que les lumières s’éteignent, et sourire dans l’obscurité.


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