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On a fait nos études ensemble. On était rien que deux post-ados rieuses et tricheuses, donnant des fêtes et courant les concerts. À cette époque déjà, mon amie régnait sur une petite troupe gaie et tapageuse, et nous nous glissions dans son sillage pour découvrir de nouveaux talents, écouter les disques tout frais qu’elle nous ramenait, et discuter pendant des heures des dernières sorties cinéma en fumant et en buvant jusqu’à s’endormir des uns sur les autres.
Le tout dans une ambiance bon enfant, aux débats enflammés, auxquels mon amie apportait le plus souvent le mot de la fin, fédérateur et apaisant, juste et avisé.

Elle a contribué à combler les lacunes sidérales de ma culture. J’ai bonne mémoire, dit-elle. C’est sûrement ça, je lui réponds, rassurée.

Bref. Un jour, comme elle l’avait toujours dit, elle est devenue journaliste.
En quelques semaines, le monde autour de nous a changé. Elle est devenue la fille à connaître, et son numéro de portable a pris tant de valeur que je me suis demandé à un moment si ce ne serait pas judicieux de le mettre aux enchères sur e-bay.
Finalement j’ai choisi de garder mon amie et la vérité j’ai bien fait.

Vous savez ce que c’est, hein ? La vie est injuste. Pour ces gens là, tout n’est qu’ invitations et tentatives de séduction. Quand elle arrive quelque part, ça frétille, ça frémit, ça se bouscule pour la saluer et lui glisser un petit mot, un petit disque, un petit communiqué.

Moi, je suis derrière la porte qu’un imbécile vient de me claquer allègrement au nez, tout à la joie de voir mon amie. J’ai l’habitude. Je m’époussette, respire un grand coup et j’aperçois en général mon amie qui me fait de grands signes. Je sais ce qu’elle va faire : elle va me présenter, pour la 350è fois de l’année, Sandrine ou Nicolas, des gens adorables il faut les connaître. Perso, j’ai des doutes. J’ai déjà passé plusieurs soirées en leur compagnie, je me souviens très bien d’eux, je me montre polie, et quand ils me disent, « enchanté, on s’est déjà croisés quelque part ?» je réponds « oh oui, certainement », avec un grand sourire.
Puis je leur laisse vendre leur soupe à mon amie et vais rejoindre quelques vrais copains, oui j’en ai, je suis pas maso non plus !

Elle a compris très vite le système. A fait le tri rapidement, guidée par mes conseils avisés et revanchards. Sait profiter juste ce qu’il faut et partager dès qu’elle peut. Adore son boulot pas toujours si facile et le fait bien. Qu’est ce vous voulez, c’est une fille géniale et déterminée.

Elle serait même prête à partager ses expériences sur un blog si elle en avait le temps.
Bon allez je lâche le morceau. J’ai réussi à la convaincre. Je lui ai dit, commence cet été, cet hiver t’auras moins de temps mais c’est pas grave, et puis personne saura qui tu es vraiment, t’en fais pas, tu pourras balancer comme tu veux.
Et puis, pour une fois que je peux faire les présentations…

Une poule sur le fil, c’est ici!

Vous pouvez retrouver les commentaires sur ce billet sur mon ancien blog, ici.