C’est certainement au premier rang d’un concert de Blonde Redhead, alors qu’hystérique, j’essayais d’arracher l’une de ses chaussures au bel Amedeo, qu’est venue à Chick l’idée de faire quelque chose de créatif de cet excédent d’énergie.

Il lui a alors suffi de pivoter légèrement sur la droite pour repérer la frénétique Tam, sur le point de livrer son corps aux démons de minuit. Nous nous sommes retrouvées au bar où se tenait Victoire, dans toute son évanescente blondeur.

Chick a lancé l’idée. En moins de temps qu’il ne le faut pour boire un demi, notre groupe de rock de filles était formé. Deux verres plus tard, nous avions trouvé un nom, écartant d’emblée l’emphatique “Demande à la poussière” que Tam avait suggéré, ainsi que l’impayable “Six Sauteuses” (par respect, nous conserverons l’anonymat de l’auteur), et nous étions en train de nous mettre d’accord sur le titre de notre deuxième album.
Je ne sais plus à quel moment Victoire a osé :
“Euh, les filles… Vous savez jouer d’un instrument, vous?”

Heureusement, nous étions entourées à ce moment-là de musiciens aussi inconscients charmants que généreux, dotés d’une majestueuse “salle de répet’” de deux mètres sur quatre, débordant d’instruments vintage tous plus précieux les uns que les autres. C’est comme ça que j’ai commencé à jouer sur une Fender Mustang bleue à paillettes.

Le ton a été donné assez vite : quand on ne sait pas jouer, on ne s’embarrasse pas trop de détails. Plus on joue fort, moins on entend ses erreurs. C’est d’ailleurs sur ce malentendu que nous sommes devenues les stars des locaux de répet’ : même les groupes de dark trash metal emocore venaient parfois assister aux spectacle. A ce niveau-là, on se demande si ce n’était pas plus pour se rincer l’œil que pour écouter nos irruptions volcaniques, et on a raison.

Toujours est-il que le piston buzz a fait son effet et qu’un beau jour, une petite salle nous a proposé un concert. Sans nous poser plus de questions et sur un éclat de rire, nous avons accepté.

Deux semaines avant le concert, je n’arrivais déjà plus à dormir.
Une semaine avant le concert, assise sur mon tabouret, repliée en pleine concentration sur ma guitare, j’entends une voix derrière la batterie qui me dit : “Hey, tu vas nous faire un petit jeu de scène, hein?”
Pétrifiée en plein élan, c’est à ce moment-là que j’ai réalisé : non seulement je vais pas pouvoir regarder mes doigts, mais en plus il va falloir que je joue debout…
Je ne sais pas si j’ai poussé ce cri, mais il résonne encore dans ma tête.

La suite? demande à la Chick!

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