C’était marrant de quitter la grisaille parisienne pour débarquer, environ 20h après, en Arizona. On avait décidé de passer les vacances de Noël là-bas. Et puis il y avait ce projet pour le Glamour Italien. La chaleur du désert serait parfaite pour les tenues légères que le magazine nous avait demandé de mettre en scène.

Scott est venu me chercher à l’aéroport. Il m’a dit “Euh Garance… J’ai loué une voiture… Tu vas voir, ils m’ont donné un engin assez embarrassant”. Mais nooooooon… Je lui ai dit en voyant la navette de l’espace blanche dans laquelle on allait passer la semaine. Puis je l’ai regardé. On a explosé de rire. Dedans, trois énormes valises remplies de fringues très teenager envoyées par le Glamour.

Non, je rigole, c’est pas celle-là. Finalement, je crois que j’aurais préféré !

N’empêche, elle marchait très bien notre spacecar. On a roulé dans le désert en essayant de ne pas terroriser les bobcats et en écoutant de vieux standards américains. Le movie de la highway quoi.

Puis au bout de quelques jours à voir du pays et à boire des frozen margarita jus de fruit frais pressés, on s’est mis au boulot. On voulait que ce soit simple et léger, vu que c’est comme ça qu’on bosse d’habitude. Pas de grosse équipe, un contact direct avec les mannequins et des fringues qui colleraient à leurs personnalités.

C’était l’un de mes premiers castings. Les filles étaient très jeunes et il a très vite fallu qu’on se décide à les diriger pour les aider à dépasser leur timidité. En plus il fallait qu’on speede. On leur parlait, on leur demandait de bouger, puis très vite c’était yes ou no. Je me sentais pousser la frange, version Diable s’habille en Prada. C’est dur la mode !

Il faut s’imaginer, deux secondes, à la place de la toute jeune fille qui comprend tout aussi vite que nous que ça ne va pas le faire… Certaines tremblaient. En revanche d’autres, même très, très jeunes, arrivaient super détendues, et nous faisaient complètement craquer.

Puis on est passés au fitting. Leur faire essayer les fringues, et voir ce qui collerait le mieux. C’est là que j’ai le plus appris. J’avais présélectionné des tenues, j’ai appris que ça ne servait à peu près à rien. Un vêtement c’est fait pour vivre. On a tout recomposé au feeling, décroché des plumes d’un bibelot qui traînait à l’agence pour finir un look, couru chez American Apparel acheter ce qui nous manquait, puisé dans ma valise et dans les garde-robes des mannequins… Et c’est là que je me suis le plus régalée, même si c’était sur un thème imposé, puisque je n’avais pas choisi les vêtements au départ. Voir une tenue prendre vie, rajouter la touche finale, c’est comme réussir une recette de cuisine.

Euh, enfin, je crois. Ça fait quoi de réussir une recette de cuisine ?

Et enfin, le shooting. On a rempli la voiture, mit la musique à fond et allés shooter dans les endroits qu’on avait repérés. Scott faisait des blagues en américain que je comprennais à moitié. Mais j’aimais bien me sentir un peu détachée, avoir les cheveux au vent, regarder le paysage défiler et me laisser bercer par l’incroyable lumière. Et puis c’était marrant cette grande voiture blanche pleine de mannequins hilares. Entre deux réajustements de fringues, je prenais quelques clichés.

Du vrai boulot, épuisant, et un beau souvenir. C’est pour ça qu’en arrivant à l’aéroport à Milan la dernière fois, quand on a ouvert le Glamour et qu’on est tombés sur la série, ça m’a fait super plaisir. En plus, j’y suis créditée comme fashion editor. Ouahaha ! Comme je me la pète !!! Bisou !

Quelques scans…