Me faire prendre en photo, je déteste. Surtout les trucs où il faut prendre la pose, pour les magazines, pour bien expliquer en une photo ce que je fais dans la vie, genre que je fais de la photo, du dessin, que j’aime la mode et aussi marrer, et le tout, évidemment un ordi à la main. En général, ça donne un cliché entourée de mes fringues, avec mon appareil photo dans une main, mon ordi dans l’autre, des pinceaux dans la bouche et le tout en sautant en l’air parce que wooouhou ! Je suis drôle. Pffff… Déprimant. Je comprends. Je fais un métier nouveau. Mais est-ce qu’on demande à Zinedine Zidane de poser avec un ballon ? Oui ? Quoi ? Ah bon ? Bref. Le jour où David Burton m’a appelée pour me prendre en photo pour le magazine Interview, je lui ai d’abord dit attends mec, je raccroche, j’ai quelqu’un de super important sur l’autre ligne, là. Je te rappelle dans une minute. J’ai posé le téléphone, poussé un grand cri de joie. J’adore David Burton. Et Interview est dans le Top 3 de mes magazines préférés. YIAAAAAAHHH ! Une fois calmée, j’ai rappelé. Oui allô ? Sorry David I am SOOO busy. Dingue : David ne m’a pas demandé d’amener mon ordi pour la scéance. Ni mon appareil photo, ni mes pinceaux. Ni mes fringues. En fait, il m’a demandé de ne rien amener du tout. Mais alors, RIEN. Du tout. “Ça te dirait qu’on fasse une photo dénudée ?” Et là, je me suis entendue répondre : “Ouais, sans problème.” Qu’est ce qui s’est passé dans ma tête à ce moment là ? Rien, en fait. C’était la première fois qu’on me demandait ça. J’adore le photographe. On n’a qu’une vie. En fait, j’étais ravie. Moi qui me croyais pudique, je venais de me rendre compte qu’on en apprends tous les jours sur soi-même. Et puis, merde. Pour une fois qu’on allait donner une image de bloggeur mode sans lui coller une montagne de fringues ou un ordi à la main, j’allais pas râler, oh. Bon, ensuite on a discuté. C’était un truc plutôt soft, ce qu’il voulait faire*. On s’est mis d’accord pour une chemise blanche. Maman, c’est bon, tu pourras laisser traîner Interview dans ton salon. Le jour de la séance photo, ça a été hyper cool. C’est dingue ce qu’un bon photographe vous fait vous sentir bien, vous protège et vous motive. Voilà donc comment je me suis retrouvée en petite culotte, chemise et red lipstick, un ventilateur et des flashs braqués sur moi, à me sentir hyper à l’aise dans mon body et à prendre des pauses de superstar alors qu’à la base, je déteste me faire prendre en photo. J’ai peut-être loupé ma carrière, dis donc. Hey Dita, tu donnes des cours ou quoi ? ————– * Merde, moi qui était prête à vous livrer the Full Monty, j’étais limite déçue. Remboursez. PS : Vous pouvez lire l’interview ici.