Garance Doré

TAG : cheri

j’adooore être toute seule!

Là il est revenu mais mon chéri n’était pas là pendant trois semaines. Trois semaines…

1ère semaine : Trop bon. Je refais la déco de l’appart, version fille. Mes magazines sont étalés dans le salon, mes vernis sur la table et le Lunar Park que je dois finir depuis deux mois frétille. Au fond de mes yeux, on peut lire : ne pas déranger. J’appelle quelques copains, cale un ou deux rendez-vous lointains et me laisse avec bonheur glisser dans la solitude.
Mon chéri m’appelle. Tout va bien, bisou, bonne nuit.

2ème semaine : Super bon. Le frigo est rempli de denrées inhabituelles : brocolis, tofu, crème de jour. Je commence à m’ennuyer des mousses au chocolat que je me refuse quand il est là. Tiens, c’est étrange! Le téléphone trône sur la table du salon. Surtout ne pas rater un appel. Je programme mon week-end dès le lundi. Une amie vient passer deux jours à Paris. Je suis anormalement contente.
Mon chéri m’appelle. Tout va bien. Tu sais pas ce qui m’est arrivé? Comment ça t’as pas le temps? Et toi, t’as pas des trucs à me raconter? Comme d’habitude? Oui, mais comme d’habitude quoi exactement? Tu sais mon coeur, j’adore quand tu me racontes ta vie! Tu dois me laisser? Attennnnnds!!!

3ème semaine : Je cours m’acheter des mousses au chocolat. Sans oublier mon téléphone. Tiens, si je passais à la librairie m’acheter 10-15 bouquins? Au moins je serais sûre de ne pas m’ennuyer. Oh et puis y a pas un bon film ce soir à la télé? Funny Face? En voilà une soirée délicieuse! Le film terminé, il est tôt, je suis toujours aussi seule. Internet. Je reçois un mail d’une amie. Lui réponds aussitôt.
T’as pas Msn? elle me dit.
Naaaaaaaan je réponds. Maintenant j’en suis sûre, je passe à côté de l’invention du siècle. Elle me dit : Ben viens sur Gtalk!!!
What?
Trois heures après, nous n’avons échangé que du vent, sympathique et affectueux, mais c’était bel et bien du vent. Cela dit, je me sens prête à passer une nuit toute seule fière de moi, je suis si indépendante.
Le lendemain, j’exhorte mon amie de venir sur Gtalk. Je la harcèlerais ainsi trois jours de suite. Elle n’a plus entendu parler de moi depuis maintenant une semaine.
Ben oui, j’ai eu du monde à la maison moi! Et puis dans la foulée, mon chéri est rentré. La maison est bien pleine soudain…

Et… tu repars quand?

S’il m’a été inspiré par le « Kyoto en solo » de Café Mode, il n’y a aucune commune mesure entre mon petit récit et le carnet de voyage passionnant que Géraldine nous propose sur sa semaine au Japon. Allez-y, c’est exquis!

blanche neige…

Quand j’ai rencontré mon chéri, il y quelques années, il m’a prévenue tout de suite. Tous les ans, c’est au moins deux semaines à la neige.
Comme je voulais lui plaire, j’ai dit OUH, génial ça terrible!

Il a donc un appart au ski, où TOUT le monde est invité. En face, son cousin qui a notre âge et est adorable, TOUT le monde est invité aussi. Et si ça déborde, c’est pas grave, juste à côté y il a l’appart des parents, prêts à tout pour rendre les vacances de leur progéniture de 30 ans inoubliable.

Mon premier cadeau, ça a été une petite Nitro fantastique, d’après lui. Un snowboard? Eeeeeh oui. Je n’aurais pas d’autre choix que de m’y mettre, et que de suivre cette meute de sauvages à l’assaut de montagnes tout aussi sauvages.
Alors que j’aurais pu passer mon temps à dorer en terrasse, en observant les volutes de mon chéri au loin. C’est qu’il est beau sur son snow.

Heureusement que j’ai une amie, une vraie. Une qui aime bronzer, boire du vin chaud et aime bien faire du hors piste surtout pour aller caresser les chamois et les écureuils. Elle me coache, me stimule, s’entraîne à descendre les pistes à l’envers pendant que je prends mes gamelles. Bon des fois elle disparaît je sais pas trop pourquoi. Peut-être qu’elle en avait un peu marre de rester sur la piste verte devant le bar de la station.

Deux ans d’humiliations tire-fessesque plus tard, le snowboard est déjà ringard, je suis enfin équipée comme il se doit (classe, noir et argent, normal, quoi), et prête à attaquer la face nord. Les premières descentes dans la poudreuse se passent nickel. Mon chéri est plus amoureux que jamais, je ne suis pas peu fière avec mon Labello. Et puis alors, ils ont des idées géniales. T’es trop forte, viens, on va te montrer une descente sublime!!!

Ok alors on prend ce tire-fesses là-haut tu vois…
- ah oui le tire-fesses oublié tout là-haut celui que j’entends grincer d’ici?
On prend la crête qui part juste à côté…
- tu veux dire ce pic verglacé qui fait environ trente centimètres de largeur avec du vide en dessous?
Et ensuite YOUHOU!!!
-Et YOUHOU!! BANG!!!
Le sapin!!! Je me suis pris le sapin! Je gis sous trois mètre de neige, ils ont tous déjà dévalé la pente. Je suis seule, sonnée et coincée. Là j’avoue je pleure. Je hurle toute seule, je maudis mon chéri sur trois générations.
Soudain du fond de mon igloo je vois une passer une tête. SATANÉ CHAMOIS! Je l’insulte lui aussi et tous les écureuils du coin. Oh tiens qu’est ce que c’est ça sous ma main. Tiens, un téléphone portable. Une personne serait morte ici? J’ai froid. J’ai peur.
Et puis bon quand même ils reviennent me sauver et se faire injurier.

La prochaine fois, je vous raconterais en quoi le fait que TOUT le monde soit invité peut parfois poser problème au ski et pourquoi cette année quand mon chéri m’a dit alors on y va quand j’ai dit OUH génial ça terrible!!!! Tu vas y aller TOUT SEUL!!!

n°13

Avant tout, une merveilleuse année à toutes et à tous!
——-

La dernière fois je feuilletais le Glamour, quand je tombe sur un petit article d’Audrey Diwan :
14 trucs dont vous rêviez… Jusqu’à ce que vous les ayez.
En n° 13, je cite :
Un blog. Depuis que vous avez le votre, vous devez trouver tous les jours une manière amusante de raconter qu’il ne vous arrive rien de spécial.
Damned, Audrey! Je lance un regard méfiant autour de moi, de peur d’avoir été repérée.
Le n° 13, c’est moi! Voilà des jours et des jours qu’il ne m’arrive rien de spécial.

L’amour : Mon chéri est adorable, il est allé jusqu’à m’acheter des légumes. J’ai choisi d’ignorer qu’il a aussi ramené de la glace au marrons, avec des éclats de marrons glacés bien sûr, une pizza ‘fastuosa’, et des minis Häagen Dazs, tu les manges, tu t’en rends même pas compte.

Les fêtes : Ben oui les fêtes. Ben c’était bien, j’adore Noël, j’ai vu plein de gens que j’aime, j’ai mangé sans m’arrêter, je suis énorme, ma peau veut changer de crèmerie, je me demande à partir de combien de verres de champagne dans une semaine on devient alcoolique, j’ai lu mon horoscope et j’ai même fait des résolutions, dont je me suis interdit de faire un sujet.

L’amitié : Ah l’amitié, j’aurais un tas de choses à dire, à ce niveau là c’est le grand chambardement. Sauf que bien sûr mes amis les plus proches connaissent l’existence de mon blog et j’ai même déjà eu des ‘tu parles jamais de moi’ ou des ‘qu’est ce que tu as sous-entendu quand tu as parlé des cheveux frisés la dernière fois?’ ‘hein?’. Comment pourrais-je ne serais-ce qu’effleurer l’injustice flagrante dont je suis la victime? – ceci est un test – stop – viens-tu encore par ici S – stop – si c’est le cas manifeste-toi – stop -

La mode : Comme je suis complètement ruinée, j’attends les soldes comme Nicole Richie attend sa prochaine carotte vapeur : C’est pas drôle les soldes! On achète toujours n’importe quoi juste pour avoir le plaisir de se battre avec ses semblables! On dépense trois fois plus! On s’épuise tellement qu’on finit inévitablement par un thé avec un éclair pistache!
Je m’interdis de faire un billet avec ce sujet.

Mes trois kilos : Vous l’aurez remarqué, ce sujet sous-jacent, dont je me suis interdit de faire un billet pour garder à ce blog une ligne irréprochable, m’étant vantée il y a peu de n’avoir aucun, mais alors aucun problème de poids, pollue chaque paragraphe de cet étrange billet. Aucun problème de poids. Ah! ah! ah! Merci les fêtes! Merci mon chéri! Merci les soldes! Merci l’amitié! Non S ça va je déconne ok c’est pas de ta faute ces trois kilos quoique je me demande si cela n’était pas une vengeance déguisée de ta part… hum?

Donc, mon credo étant : si tu n’as rien à dire, tais toi, j’observe, à défaut de celui dont je ne parlerais pas, un régime bloguesque. Et Audrey Diwan peut parfaitement se moquer de moi, j’assume totalement mon manque de temps, mon manque d’inspiration, mon manque de sveltesse, comment ça j’ai encore parlé de poids, et voilà, je déblogue.

modernists

Mon chéri a un chouette passé fashion. À l’époque où je tentais désespérément de faire prendre un hénné sur mes cheveux et de dégoter en fripes le pantalon le plus pat d’eph possible « from hell to heaven » disait ma copine Nina, lui prenait la pose sur son Lambretta, en essayant de ne pas tâcher son costard taillé sur mesure.
Il était Mods.

Comme pour tous les phénomènes de bande et de jeunesse, les concepts d’originalité, de créativité se débattaient dans un périmètre des plus restreints, pour la plus grande joie de leur petite société qui pouvait ainsi passer des heures à comparer l’angle d’un col de chemise ou le degré de rareté d’un polo.

Quand même, je suis fan. J’ai été immédiatement conquise par se collec’ de Vespa vintage, par ses souvenirs de rassemblements et par l’esprit Mods, même si au bout du compte ils passaient plus de temps à parader qu’à réfléchir au sens de la vie.

L’important, c’était d’être ‘smart’, clean, nickel, quoi. Les ‘starco’ était donc sur mesure, double poche, 3 boutons minimum, cintrés. Une petite chaîne à peine visible assurait un tombé parfait au pantalon et faisait toute la différence. Des bottines pointues achevaient le tableau.
Pour les jours plus ‘sport’, il y avait bien entendu le fameux Fred Perry, et les Kicks de Adidas (dont une paire rescapée de ces glorieuses années dort dans le placard, sorte de relique ou dans les moments de doute, mon chéri peut aller invoquer les esprits des 60′s)

Mince alors! Penser qu’à l’âge ou j’en étais encore à essayer de faire du tye and dye violet avec mes tee-shirts Petit Bateau, il avait déjà la science du style, et qu’aujourd’hui pour le faire sortir de ses jeans baskets, il faut le menacer de sortir en tailleur Jacqueline Riu, ça me rend dingue.

Vous pouvez retrouver les commentaires sur ce post sur mon ancien blog, ici. 

l’amie de mon chéri

C’est le genre de fille tellement mimi que quand mon chéri se prépare pour aller boire un verre avec elle mon corps se raidit et mon sourire se crispe et d’un coup j’ai envie de casser un vase sur sa tête par inadvertance.

C’est le genre de fille tellement bien sapée que je m’entends dire des trucs franchement lamentables (genre Chanel ça fait vieille sur elle) alors que mon chéri avait à peine remarqué qu’elle avait le même sac que sa mère, d’ailleurs :

C’est le genre de fille pour qui les hommes sont des accessoires pas forcément plus pratiques qu’un sac à main. Et comme elle a jamais trouvé un homme qui remplisse toutes les fonctions : sortable, dispendieux et maniable, du coup :

C’est le genre de fille qui a une équipe de chevaliers à qui elle fait appel à tout moment. Le mien est spécialiste en coeurs brisés. Mais il y a aussi son chauffeur avec Porsche, son noceur avec sa bouteille de champ’ et son coiffeur qui a intérêt à répondre au téléphone parce que :

C’est le genre de fille à qui on répond tout de suite. Pas parce qu’elle est irrésistible ou qu’elle a une autorité MAMienne, non. C’est que sinon votre téléphone devient une sorte de bombe à retardement : allumé, il sonne sans discontinuer. Éteint, elle sature votre boîte vocale et puis alors là c’est le museau assuré pendant au moins un mois. Oui, elle est juste insupportable mais :

C’est le genre de fille trop capricieuse pour être méchante, trop parfaite pour être heureuse, trop avide pour être aimée. Ce genre de fille qui plaît à son boss, au père de sa copine et au mec de sa mère. En somme, une jolie galère.

Enfin, ça, c’est ce que s’échine à me dire mon chéri en voyant ma main crispée sur le vase du salon. J’ai lutté, j’ai été méfiante, puis jalouse, puis vindicative, puis philosophe, puis…
Puis un jour, je l’ai cru.

je suis très très calme

Je ne suis pas cool. Je suis sûrement plein d’autre trucs sympas, mais cool, je dois me rendre à l’évidence, non. Ah si bien sûr à l’ombre d’un figuier en sirotant un petit muscat ou lors d’une après-midi shopping (quoique si c’est les soldes…), mais ça c’est à la portée de tout le monde.

Pourtant, des gens cool, j’en connais, et j’aimerais bien être comme eux. Chick, par exemple, est l’exemple parfait de la fille détendue : la princesse de la pondération, la reine de la dédramatisation. Qui n’a pas peur de lâcher prise, de laisser couler.

Moi, je prends tout à coeur. Comme disaient les top-models dans les années 90 : quel est votre défaut? : ‘je swuis twop pewfectioniste’! Mouais, hypocrite. Trop flippée oui! Moi aussi. Sauf que je ne suis pas top-model et que quand mon ‘perfectionnisme’ se frotte à la vie normale et bien c’est moi qui fait des étincelles.

Ah c’est sûr, je suis efficace! Je m’accroche à chaque tâche comme un Puffy à un Ted et je ne lâche pas tant que ce n’est pas terminé. Entre temps, j’ai le sommeil agité, je harcèle mon chéri et je délaisse mes amis. Et je parle pas des torticolis (qui se balade avec sa grosse écharpe depuis trois jours?) et autres cystites que mon comportement excessif déclenche…

Comme c’est vraiment pas une vie, je me suis un peu organisée. Connais-toi toi même et apprends à reconnaître les situations à stress ajouté. Vas voir un super ostéo. Apprends à lâcher prise. Fais de ton mieux, le reste n’est pas en ton pouvoir… Et autres philosophies qui font (vraiment) du bien. Tellement bien organisée que depuis quelques années j’en viendrais presque à me définir comme une fille détendue.

Oui mais non. Il me suffit d’une simple superposition de missions telles un déménagement, un surplus de travail et autres menues contingences pour me transformer en boule de nerf. Et le pire dans tout ça, c’est quand même qu’à boulot égal, Chick et moi, on doit avoir à peu près le même rendement.
Et ça, ça me stresse!!!

réflexe


—————

La plupart des photos que j’ai de moi sont horribles. J’ai :

- des photos de vacances ou je n’existe pas, car jamais aucun de mes amoureux n’a jugé utile d’immortaliser un quelconque moment. Mon chéri y est aussi seul et béat que le nain de jardin dans Amélie Poulain. Allez, avec un peu de chance il s’est ennuyé dans l’avion et m’a matraquée pendant les 3h de vol ou il en avait marre de sa PSP, dans toutes les jolies postures qu’on peut prendre le nez collé au hublot.

- des photos de soirées ou je suis hilare, les bras en l’air, l’oeil vitreux : depuis l’avènement du numérique, la photo de soirée est devenue incontournable, à mon grand désarroi! Le numérique, c’est pas forcément chic : entre le temps ou t’appuies sur le déclencheur et celui ou la photo est prise, un flash foudroyant a transformé ton sourire en un fâcheux rictus et ta peau luit comme un escarpin vernis. Bref, en pleine bacchanale, c’est pas l’idéal.

-Des photos de temps reculés ou je pensais que pour avoir l’air cool et naturel, de par exemple euh au hasard… Kate Moss, il fallait ne pas calculer le photographe, le comble du chic étant de sous-entendre : no! pleaaase! pas de phowtow!
Résultat : + Nathalie Marquay en déroute que Kate Moss, pauvre de moi.

Avec le temps, quand même, j’ai trouvé quelques solutions :

1/ J’ai fait l’acquisition d’un super reflex numérique. Et là, franchement, j’ai l’impression que l’esprit de David Bailey s’est glissé dans mon objectif. Difficile de rater ses photos avec un tel miracle de la technologie.
2/ Je menace mon chéri de l’ensevelir sous mes Vogue si il ne me prend pas un peu en photo. Disons… au moins une fois par an pour que j’ai des souvenirs.
3/ Je prend la pose!!! Et oui, c’est ça le truc que j’ai appris! Si tu veux être belle en photo, faut se sentir un minimum concerné sinon l’appareil se vexe et te sort des yeux rouges qui feraient flipper même un lapin albinos.
Même que parfois, quand je sens un flash frétiller pas loin de moi, je sors ma poudre transparente et je n’ai pas peur de charger et hop hop vite fait un peu de blush!!!
Ben quoi? le ridicule ne tue pas! La photo moisie, si!

Et la cerise sur le gâteau, c’est que j’ai copain qui s’est spécialisé dans la retouche numérique!!! Si avec ça j’arrive pas à avoir un bon cliché vite fait, c’est que c’est pas les photos qui sont horribles. Et si c’est pas les photos qui sont horribles…

égoïste nature


-c’est quoi ce truc? c’est un sonia?*
-mais non espèce de perverse! c’est le hochet mon fils!!!
rends moi ça tout de suite!

*vous ne savez pas ce qu’est un sonia? allez voir de ma part le bon docteur caro, elle vous dira tout ;-)

——————————————

Puis, à un moment donné, la fille me regarde avec de grands yeux mouillés et me dit : « j’ai cette certitude foudroyante que je n’aurais jamais d’enfants. Je sais pas pourquoi, j’ai jamais essayé. »
Tu as bu, et tu es douée pour le drame, mais je te comprends, je lui ai répondu en regardant la ligne d’horizon.

Oui. À 30, en 2006, ta vie professionnelle commence tout juste à prendre bonne tournure. Tu es plus belle que jamais. Le monde est à toi. Sauf que.

Ta grand-mère, qui était déjà enceinte à l’âge ou ta petite soeur ouvrait son premier skyblog, prend son air le plus spectral et te dit : je ne serais pas en paix tant que tu n’auras pas fait d’enfant. Ta mère acquiesce.
Ton gynéco te dit : mademoiselle il va falloir penser à vous y mettre. À me mettre où? Cochon!
La société t’envoie des messages de manière subtile : procréer c’est maintenant ou jamais sinon tu accoucheras de gremlins.

Toi, tu n’as rien demandé, t’es juste bien, aucune horloge biologique n’est venue te sonner, à moins que ce qu’on appelle horloge biologique ce soit cette culpabilisation accablante que tu essaie tant bien que mal de juguler avec ton air désinvolte.

Mais finit par naître en toi cette sourde angoisse, qui se manifeste un matin au petit dèj’ :
« bon, mon coeur, on fait un enfant? »
Un bond en arrière plus tard, le café est parti se cacher sous la table, la tartine qui était sur le point d’être avalée s’est réfugiée dans tes cheveux (côté confiture, cela va sans dire).
« Tu veux rire? On a toute la vie devant nous! On est pas bien tous les deux? »
« Je suis une femme, et, procréativement parlant, dame nature n’a pas refait ses comptes depuis le moyen âge, tu te souviens, quand mourir à 40 ans c’était mourir vieux.
Donc, toute la vie, pour moi c’est maintenant. Je suis pile dans une fenêtre spacio-temporelle là tu vois? alors? »
« Bon, pourquoi pas. »

Stooooooop!!!! Comment ça pourquoi pas? Mais non! t’étais censé prendre tes jambes à ton cou, disparaître te soûler chez tes potes pour ne revenir que dûment protégé contre mes assauts reproductifs. Et moi, j’étais censée pouvoir pester contre ces hommes irresponsables et immatures, me lamenter dans les jupons de ma grand-mère, tout en me félicitant intérieurement de ce sursis de vie égoïste entièrement vouée au plaisir que tu m’accordais!

Écoute, tu sais quoi? Tiens, reprend ta tartine. Nature attendra.
De toutes façons, j’ai toujours été très artificielle comme fille.

Garance Doré

J’ai ouvert mon blog en juin 2006. J’étais alors illustratrice, et un peu frustrée par le travail de commandes et notamment par le manque de contact avec les lecteurs des magazines pour lesquels je travaillais. Je voulais faire quelque chose de plus libre, de plus spontané. J’ai commencé par publier quelques dessins, puis très vite ...

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