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Vendredi : je suis dans une chambre d’hôtel immense, seule et loin. Demain, nous enterrons ma grand-mère. Depuis quelques jours, la vie a pris des couleurs plus vives et plus profondes. Tout est saturé, et pourtant je ne suis pas triste.
Pour la première fois, je marche sur ses terres, celles où elle a tenu à revenir, celles où des gens que je ne connais pas l’aiment aussi. Je les ai rencontrés aujourd’hui. Ils m’ont accueilli avec un thé à la menthe brûlant et des mets que je n’avais jusqu’à lors jamais mangé ailleurs que dans la fraîcheur de sa cuisine.
On ne se comprends pas, je ne parle pas leur langue. Ma mère traduit, et moi, je souris.
La maison est grande et belle. On marche pieds nus sur de grands carrelages colorés. On se réunit dans un petit patio ombragé. Il n’y a qu’à tendre la main pour cueillir des figues et des grenades.
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Ma phase de non-cuisine dure depuis à peu près deux ans, et j’ai bien l’impression que je suis en train de m’y installer confortablement.
Ca a commencé par une honteuse publicité mensongère à mon chéri -à nos débuts je lui concoctais de délicieux petits plats, et parfois même, j’amenais tout ce qu’il fallait chez lui pour éblouir sa cuisine (à qui il en fallait peu, je vous l’accorde).
Évidemment, il y a cru (probablement aussi a-t-il cru que j’aurais toujours ces jambes lisses et ce caractère enchanteur-), et il a signé.
Petit à petit, nos repas ont commencé à se faire de plus en plus basiques, pendant que mes stratégies d’évitement se faisaient de plus plus habiles. Resto, Picard (Ahhhhh, Picard), partage équitable des tâches (je fais le petit dèj, tu fais le dîner), etc…
Je ne sais pas ce qui s’est passé, mais vraiment, mais alors vraiment rien ne m’attire moins que ma cuisine. Et pourtant, j’ai tout essayé. Acheter des ustensiles sublimes, des livres de cuisine « impressionnez vos amis sans vous fouler », charger mon frigo de victuailles à ne manger qu’après les avoir cuisinées, inviter des amis pour me mettre devant le fait accompli (Ahhhhh Picard), rien n’y fait.
J’attends donc que le vent tourne, en chérissant mes amies cordon bleu, en testant les petits restos, en faisant des stages chez ma soeur, et en affinant ma technique de la cuisson des pâtes, mes complices, mes associées, mes amies.