Giovanna Battaglia

Rouge Baiser

Pas une seule fois, pendant ce mois de septembre de dingue où je n’ai pas eu une seule seconde à moi, je n’ai eu le temps de m’occuper de mes mains.

Pas une seule fois, pendant ce mois de septembre de dingue où je n’ai pas eu une seule seconde à moi, je n’ai eu le temps d’appeler mes amis.

Hier, je suis allée m’acheter un nouveau téléphone. Je l’ai choisi avec un haut parleur. Depuis, je peux appeler toutes mes copines. Pendant qu’on se raconte nos vies, nos ragots, qu’on râle contre nos mecs, qu’on s’extasie sur Givenchy, qu’on pleure et qu’on rit, je peux m’occuper de mes dix doigts et peindre mes ongles en rouge.

Prendre soin de ses amis… C’est prendre soin de soi.

Bisou les amis, bonne journée !

Clic ! Clac ! La mode attaque !

Une bonne fashion week, ce serait un peu comme passer une nuit dans un magasin de bonbons. Tout à coup, tout est beau, tout brille, les couleurs claquent, les gens sourient et… C’est irrésistible. On a trop envie de tout prendre en photo.

J’ai très souvent envie de prendre photo les trucs délirants que j’entends, aussi. Des suites de mots bizarres, qui ne se disent que pendant les fashion weeks.

« Dis, mes cheveux, ils ont l’air de quoi ? Ils font série de mode ? Ou ils ont juste l’air sale ? »

« Si mon chauffeur n’est pas là dans 2mn, je fonce chez Jeffrey’s m’acheter une paire de chaussures. »

Rah, j’ai l’impression de vivre avec les dialoguistes de Gossip Girl, c’est trop bon.

Ah sinon, une dépêche vient de tomber aux Studios Garance Doré. Et c’est une tendance : LA JAMBE. Chez Derek Lam tout à l’heure les shorts s’était transformés en culottes, et les robes du soir étaient plus proches du maillot de bain hyper sophistiqué des longs falbalas. L’idée, c’est : on a oublié de mettre le bas. Bah si, regardez Taylor ci-dessus. C’est pas trop GÉNIAL comme tendance ? D’ailleurs je l’ai appliquée à moi-même aujourd’hui, il fallait bien que quelqu’un donne son corps à la science.

J’ai donc expérimenté pour vous le regard des passants.

Où je me rends compte que j’ai une pose des plus élégantes quand je shoote…

OUH LA. MAIS ELLE EST FOLLE !!! C’est ce que j’ai pu lire dans leur regard. Bah ouais, j’avais une veste -bon, légèrement oversize, hein, quand même- avec une combishort un peu mini… Et on avait l’impression que je n’avais rien en dessous, quoi. L’idée du siècle, je vous le dis, moi.

Voilà, les fashion week, c’est un grand moment où tout est beau, tout brille, et tout est permis. Un grand moment de joyeux n’importe quoi, j’adore ! J’adore. J’adore. J’adorerais jusqu’à l’indigestion, dans environ un mois.

En attendant, montrez vos jambes ! Vous pourriez bien entendre des trucs comme ça :

« Hey, Garance, c’est dingue ! Je ne t’avais pas reconnue, et soudain j’ai reconnu tes jambes ! » (Huuuummm. Merci pour mon visage.)

« Hey, Garance ! Ça va ? T’as oublié ton pantalon ? (Huuuuum… Bien tenté. Un peu facile, mais bien tenté.)(Ça me touche pas du tout.) (Pfffuuu ! qu’est ce que je m’en fous !)

« Hey, Garance ! Je viens juste de tomber folle amoureuse de tes genoux. »

Ah bah voilà ! Puisque je vous le disait que c’est parti pour un mois de grand n’importe quoi ! Allez promis… Aujourd’hui je remets le bas. Héhé. Gros bisou !

Et quelques photos du show Derek Lam after the jump, juste pour vous prouver que…

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Oh ! Ah ! Giovanna !

Dans un article que j’écrivais récemment pour un magazine, je parlais des filles dont le style m’inspirait. Parmi elles, bien sûr, Giovanna. Sûre de moi, j’évoquais sa garde robe incroyable, son éternelle bonne humeur et son côté garçon manqué. J’envoie.

Quelques minutes après, je reçois un mail de mon éditeur : « Hum… Garance ? Quand tu parles de garçon manqué, tu veux dire quoi, exactement ? »

Je regarde les photos de Giovanna que j’ai envoyé. Ah. Bon. Euuuuuuh…

Ouais.

Talons, jupes, coiffures, accessoires… Pour le côté garçon manqué, t’as raison cher éditeur. Va falloir éclaircir.

En fait, Giovanna peut porter ce qu’elle veut, elle reste Giovanna. Toujours et jamais la même, cheveux lâchés ou tirés, parka ou robe du soir, jamais une faute de goût, cette fille est l’incarnation même du fameux adage qui finit par nous énerver tant on nous le ressasse. Mais c’est sûrement aussi parce qu’il est un peu vrai. La mode passe. Le style reste.

Giovanna a une allure indéfinissable. L’essence de son style, c’est, je crois, son inoxydable coolitude. (Ça c’est sûr, c’est pas une citation de Coco Chanel, mais bien de moi. Ça doit être mon écriture au style indéfinissable.)

Sa coolitude, ses éclats de rire. Et son irrésistible sourire.

Gio, you’re simply the best ! C’est compris, cher éditeur ? Allez hop, bonne journée !

Entrechats

Surtout, ne m’écoutez pas. Faites l’inverse ce que je vous dis. Je suis gaie, je suis triste, je suis dramatique et je suis merveilleuse, je suis tout et son contraire, mais je retombe toujours sur mes pattes. Je suis je suis… Je suis la mode.

Bah voilà. C’est la faute de la mode. Un jour elle me donne envie de simplicité et de talons plats, et le lendemain elle m’éblouit avec des cuissardes vertigineuses, des jambes interminables, des sarouels soyeux, des imprimés animaliers à en faire exploser l’arche de Noé, et du too much exactement comme je les aime, exactement comme ça :

Et ça me rend complètement Rachel Zoesque : « Giovanna ! Non mais ça va pas de te faire faire une méga-chevalière à ton nom ? T’es folle ! C’est carrément génial !!! Je veux la même, tout de suite ! Et ce pantalon… Rah, vous allez finir par m’avoir avec tous ces imprimés, j’adore !!! Où tu l’as trouvé encore ? Allez, qui, qui, qui ? »

« Quoi ? Kate Moss pour TopShop ?!! Merde tiens. Mais je vais m’évanouir. Tu peux lire la détresse sur mon visage, là ? Vite, filez-moi un ordi, il en reste sur le site ? » Giovanna explose de rire à mon discours d’hystérique de la mode.

Calme, moi ? Apaisée ? En pleine sagesse post-recessionesque ? Oui ben finalement ça dépend des moments. Je le vois bien que j’ai des fringales de cuissardes qui me prennent à quatre heure du mat, des clics intempestifs chez Yoox, des pulsions chaussure irrépressibles et l’envie légèrement honteuse de faire tout comme mes stylistes préférées.

Tout ça, c’est sûrement aussi à force de voir de plein de shows, d’aimer, de détester, de ne plus savoir qu’en penser, de me faire une opinion, de trouver qu’encore une fois je n’avais rien compris en lisant soir et matin les super chroniques de Suzy Menkes et de Cathy Horyn, avec qui je suis toujours d’accord même quand elles ne sont pas d’accord entre elles, bref, de me faire une overdose de mode, que je suis prise par des fièvres de mode.

Bah quoi ? La légèreté, quand ça te prend, ça se contrôle pas, non ? D’ailleurs faudra que je vous raconte mon dernier achat, comment ça s’est fait et pourquoi. De Givenchy à Zara, hein, vous savez… Il n’y a qu’un pas, que je me délecte de sauter. Bonne journée !