Giovanna Battaglia

Pure Morning

Les matins de fashion weeks ne sont pas des matins comme les autres. À l’heure où d’habitude je suis en tee-shirt sur mon canapé, un mug de thé fumant à la main à bosser sur mon ordi, là je suis dans la douche, les yeux à moitié ouverts, des cheveux dans la bouche, avec mon tee-shirt, un mug de th… Ouh merde.

Avec mon mug, dans la douche. Voilà le genre de trucs qui m’arrivent pendant les fashion weeks.

Oui. Ces matins là, je suis explosée de fatigue, j’ai déjà 236 mails en retard et 12 jours de courrier pas ouvert, ma mère que je rassure au bout du fil car elle est sur le point de lancer un avis de recherche international, et je devrais être partie depuis 25 mn. Et en plus, faudrait que je sois chic.

Mais pas seulement chic en fait. Chic-cool-branchée-classe-sexy-tendance-sans trop en faire parce que bon vu les temps qui courent faudrait pas exagérer.

Et puis confort. Parce que même si j’ai moi-même parfois tendance à l’oublier, je prends des photos. Sous entendu je marche, je bouge, je me penche, je me casse la gueule et je cours parce que je suis toujours en retard.

Et pourtant, dans le milieu socio-culturel très segmentarisé (mincissitude appréciée, dévisageage Nord-Sud Sud-Nord, sens de la réplique qui tue dès le petit matin (« Tiens, salut, ils t’ont encore perdu ta valise ? »)), qu’est la mode, j’aurais dû depuis longtemps développer l’art de me composer des tenues idéales.

Genre, des tenues simples, faciles à vivre, avec le petit détail qui tue et qui enlève l’ensemble, belles, simples, irréprochables.

Si vous voyez ce que je veux dire.

Mais non. Pas du tout. Je sors de ma douche, toujours avec mon mug, parfois avec encore du baume sur les cheveux (oui, ça aussi, ça m’est arrivé) j’ai une idée de tenue géniale, je passe le truc, puis je me rends compte que la moitié Sud de ma tenue géniale est au lavage, je recompose l’ensemble en poussant des oh et des ah, mais rien n’est aussi génial que ma tenue géniale, je commence à essayer tout ce qui me passe par la tête, rien ne va, je m’applique à être bien spectaculaire dans le jeter elliptique de mes fringues au plafond pour créer une l’ambiance hystérique de type 5 (backstage de défilé (mais toute seule)), je commence à suer, j’ai envie de reprendre une douche, je me calme, respire, respire, respire.

(si vous ne voyez pas à quelle parodie hilarante je fais référence, foncez ici et revenez m’en donner des nouvelles).

Puis je finis par attraper une bonne tenue bien normale (= les boules) et je m’envole, non sans avoir oublié de me maquiller, de me coiffer, et de prendre mes invits pour les défilés.

Oui, voilà voilà. Tout le négligé de la parisienne résumé en quelques lignes, c’est simple, finalement.

Et pourtant.

Non mais regardez ces filles. C’est pas du pur chic-cool-branchée-classe-sexy-tendance-sans trop en faire ? Chacune dans un style différent ? Une paire de chaussures qui claque, une paire de mitaines. Ou une paire de shorts. Bon sang mais ça tombe sous le sens non ?

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Upper East Side

Ah, ça m’apprendra. J’ai trop parlé du soleil. Résultat hier, une belle journée bien pluvieuse, dans le plus pur style parisien. Sauf que là, quand t’es en pleine skirt alert dans une bourrasque, que ton appareil photo est en train de faire du scuba diving et que ton parapluie, ah, ben… Oh merde il est où ? Tu peux sauter dans un taxi et regarder les lumières de la ville à travers les vitres embuées…

Et te perdre dans la beauté en avalant des MnMs peanut butter. Ce qui ne t’avance pas à grand chose. Ah si, ce qui t’amène de Michael Kors à Oscar de la Renta. Oscar de la Renta, l’un des seuls défilés qui se passe dans une ancienne église, très chic, dans le très chic Upper East Side.

Dommage qu’il ne pleuve jamais dans la série, sinon on se serait crus dans Gossip Girl.

Hier donc, journée pluvieuse, mais journée chic. Où comment, après des défilés trash, de l’avant-garde, du revival 80’s, 90’s, tu te poses chez Oscar de la Renta et tu remets tout en perspective. C’était mon premier défilé Oscar de la Renta, et j’ai beaucoup aimé. Pourtant paraît que ce n’était pas son meilleur, pas grave… Je me suis laissée totalement charmer par sa femme élégante, hors du temps, et dûment gantée et ceinturée.

Voici qui m’amène à mon sssssssujet du jour, les accessoires. Les filles, s’il est encore temps, foncez sur les dernières démarques et achetez des gants, des foulards, et des ceintures. S’ils sont dorés, s’ils sont vachement colorés, c’est encore mieux. Je sens que ça va être le truc incontournable l’hiver prochain.

Ça, et puis de la fourrure, et puis de gros bijoux.

Le bon chic bourgeois, quoi. Là question, c’est, pour une Giovanna qui peut porter tout ça en restant plus cool que cool, combien vont juste se retrouver déguisées en Bernadette ?

La solution ? La couleur, à fond. Allez, je reviens vite avec un petit sujet la dessus, ça vous dit ? Bisou !

Regain

L’idée, c’est de bien se couvrir, collants, manteau, écharpe, tout le truc, et d’enfiler une robe histoire d’oublier que c’est bientôt l’hiver et qu’il neige à Paris.

Mais non, je suis pas complètement frappée ! Je fais ça hyper souvent en ce moment : je pars sur une base grise [parce que le gris est ma couleur pr... oui, bon, ok], collants, sous-pull, gants, grosses chaussettes, tout ça.

Limite je pourrais sortir comme ça tellement je suis déjà habillée anti-froid.

Mais juste pour les dieux de la fashion [bien sûr qu'ils me regardent. Vous aussi, si si !] par-dessus, je mets n’importe quelle robe de couleur. Ou bien une jupe. D’hiver, d’été, de printemps… On s’en fout toutes façons on a déjà chaud. Un jaune poussin, un vert prairie, un orange abricot…

Ouch ça fait du bien rien que de dire le nom des couleurs tiens.

Là dessus, j’enfile ma doudoune Gap. Oui, la même que celle de Taylor T. J’en suis dingue et j’ai l’impression d’être en train de vous filer un plan en or tellement je l’adore. Voilà. Applaudissez ma générosité :-)

Et puis après, je sors, et je marche dans la rue, gaie comme un sorbet coco (?) au printemps, ou comme l’over géniale Giovanna venez on parle pas de ses shoes Battaglia. Gio, c’est sûr. À elle, les dieux lui parlent. Vous croyez pas ?

Bonne journée !

less is more

Vu qu’on est en train de se prendre la vague 90’s en pleine face, avec le grunge, le revival du revival punk, il fallait bien s’attendre à retrouver un truc qu’on avait quasi-oublié, le minimalisme.

Ces années 90, quelle histoire ! Ce sont les années où j’ai vécu mon premier grand amour, eu mon bac, fait mes dernières raves et acheté mon premier tee-shirt Margiela. Le fond de l’air n’était pas très gai, à ce que je me souviens. Nos parents, pétrifiés par la récession, nous courraient après avec des projets d’avenir aussi ébouriffants que trouver un boulot avec des débouchés. Super, pour mes premiers pas dans la vie. Merci.

Vous n’avez pas d’autres options ? Naaan, va faire tes devoirs. Pffff. À la place, je faisais le mur.

C’est en même temps no future et totalement fertile. J’avais aussi peu de recul sur l’époque que je vivais que j’en ai aujourd’hui, mais j’en ai tiré une leçon. N’en faire qu’à ma tête. Ça ne sert à rien de flipper.

N’empêche, je me souviens qu’on ne s’habillait pas très coloré et qu’on aimait bien ça. C’était notre glam à nous, notre esthétique fin de siècle, notre réponse à l’extrême flamboyance des 80’s.

On en a tiré des esthétiques nouvelles, des lignes fortes, des créateurs cultes. Helmut Lang, Martin Margiela, Jil Sander…

Une icône absolue, trop petite et maigrichonne était en train de naître et rendait, en un regard perdu dans le vague, toutes les tops complètement ringuardes. Kate Moss.

De l’underground de la musique froide et répétitive que l’on appelait la techno affleuraient des violons et une voix sublime et si différente qu’elle nous a tous à un moment transpercés, celle de Björk.

On se bleachait beaucoup les cheveux, on déchirait beaucoup nos jeans, on se mettait des diamants sur les yeux (big up Topolino !) on voulait aller à Londres et on aimait le minimalisme.

C’est pas évident de résister en ce moment à la vague de flip qui est en train de s’emparer de nos sociétés. On l’a senti très fort dans la mode, en cette rentrée. On s’est demandées pourquoi on était moins surexcitées par les looks des fashionistas, et Elisabeth m’a suggéré que c’est peut-être tout simplement qu’elles avaient moins fait d’achats cette saison. On a essayé de parler d’autre chose et toujours le sujet revenait. On s’est demandé ce que ça voulait dire, cette déferlante de non-couleurs, ce perceptible ennui, et la seule réponse est venue sous la forme d’une question :

En temps de crise, vaut-il mieux créer des classiques dans lesquels on aura l’impression d’investir, ou des pièces si fortes, qu’elles sont des must-have que l’on cassera sa tirelire pour avoir coûte que coûte ?

Chacun y a répondu à sa façon, et j’ai autant aimé les deux versions. Margiela. Vuitton.

En tout cas, moi, mes 90’s, je les ai aimées parce qu’elle ont été ma jeunesse. Si on m’avait demandé, j’en aurais certainement choisi d’autres, plus folles, plus drôles, mais en fait, je me serais peut-être moins amusée.

Et puis j’en ai gardé un optimisme à toute épreuve, une conviction que quel que soit le contexte on arrête jamais de créer, d’inventer, une résistance à la peur, au cynisme, un truc où je me dis que quelle que soit l’époque dans laquelle on vit, si l’on fait ce en quoi l’on croit, si l’on est libre, et si l’on aime, il ne peut rien nous arriver.

Oui, vous avez raison. Et j’en ai aussi gardé un certain amour des violons. Bonne journée !

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