Garance Doré

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Jane

C’est  assez marrant ce qui s’est passé avec Jane. Le premier jour où je l’ai vue à New York, j’ai tout de suite tilté sur son allure toute douce et sa dégaine simple et chic. J’ai pris une photo, on a échangé quelques mots, elle m’a dit son prénom, et c’est tout.

Jane bosse dans la mode, donc on pourrait s’attendre à ce que je l’ai croisée aux défilés. C’est vrai, mais ce qui est drôle c’est que ce n’est jamais exactement ce qui s’est passé. À chaque fois, elle m’est tombée dessus pendant que je faisais complètement autre chose que de prendre des photos.

Des choses du style boire un latte dans la rue en fumant une cigarette en croquant un cookie en téléphonant en portant trois sacs en lisant un magazine en fouillant dans mon sac (en général je manage ce tour de force jusqu’à ce que soudain tout s’écroule et surtout le latte dans mon sac le portable par terre et la cigarette sur mon écharpe. Par exemple.)

À chaque fois que je l’ai croisée, elle explosait donc de rire de me voir dans ces états de déflagration personnelle avancée.

Et moi du coup, j’étais trop occupée à vouloir en plus de toutes mes activités la photographier avec la main libre que j’arrivais à dégager de mon barda, trop occupée donc pour lui demander son point de vue sur la vie et qui était son coiffeur, qu’elle me le présente immédiatement.

Je ne sais donc rien d’elle, (voilà pourquoi je brode depuis 235 mots, me dites pas que vous n’aviez pas compris ?), juste qu’on s’est promis d’aller boire un café, assises, ensemble, lors de mon prochain séjour à New York.

Merde. Va falloir que je retourne à New York.

Doit-on être sexy ?

Jupe et ceinture inspirées du défilé FW08 d’Isabel Marant, top inspiré d’un Aleeeeeeeeeeeex (!!!) Wang.

C’est nouveau. Le matin, j’enfile un top, un pantalon ou une jupe, j’ajoute quelques accessoires, et si l’ensemble se présente pas trop mal, je me pose une question :

“Où est le détail sexy ?”

Ce truc là, je vous assure, je ne sais pas d’où ça sort. Je n’avais jamais pensé comme ça. Pour moi, déjà, personne ne nous oblige à être sexy. Je m’en fichais bien de montrer mes jambes, de mettre en valeur telle ou telle partie de mon corps. J’ai même un peu ce truc de défi qui me fait dire : on peut séduire sans ça. On est même pas obligé de vouloir séduire, tiens, voilà.*

Quand je vous parle de sexy, je pense à ce je ne sais quoi de légèrement troublant, un débardeur trop grand, un jupe légèrement trop courte, une chemise d’homme ouverte, un talon** très haut sur une tenue très sobre, une chaîne en argent qui glisse entre les seins, une épaule dénudée… Le sexy légèrement rugueux à la française, quoi.

C’est donc mon truc du moment devant ma glace, mais je ne sais pas trop quoi en penser.

Ma mère*** pense que c’est très bien et qu’il faut profiter de sa jeunesse pour faire tout ce qu’on veut. Elle m’explique qu’après un certain âge, ce qui est terrible c’est de devoir renoncer à un truc après l’autre. Genre, le moment où tu te dis que le monde peu bien se passer de voir tes bras. Il doit pas être évident celui-là.

Lou Doillon n’aime pas séduire d’un coup, mais laisser une impression. Comme un parfum.

Géraldine me dit qu’on devient sexy en se connaissant mieux. Qu’en connaissant ses points forts, on drive le regard de l’autre. Elle me rappelle aussi que tout dépend de ceux pour qui on s’habille. Que beaucoup de filles s’habillent avant tout pour les autres filles. Que le fait que j’ai rencontré quelqu’un n’est certainement pas étranger à mon nouveau comportement.

Superchic ne pense plus qu’être super chic c’est être super sexy.

Luella pense pareil, j’ai perdu cette interview, mais elle disait que pour elle la fille sexy c’était la bûcheuse du fond de la classe. Même si elle dit aussi que ses robes sont parfaites pour aller se torcher jusqu’au bout de la nuit, et qu’en gros s’en foutre d’être sexy c’est sexy. Ah.?Voilà un point de vue fort intéressant qui pourrait quasi boucler ma boucle mais…

Ce qui est marrant, c’est que toutes les filles à qui j’ai posé la question “Doit-on être sexy ?”, m’ont répondu à côté. Elle m’ont dit comment elles, elles se sentaient sexy. Ou comment être sexy. Ou ce qui n’est pas sexy. Mais elles sont toutes d’accord pour l’être, d’une manière ou d’une autre. Elles ont donc toutes répondu à “Doit-on être sexy” ? : Oui, bien sûr, t’as fumé ou quoi ?

Ça m’apprendra à poser des questions à la con.

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* J’entends de grands rires trébuchants au fond de la classe. Oui, euh, en fait, quand on me connaît, on sait parfaitement que je suis insupportable tellement je suis over toujours en train de tchatcher avec tout le monde. J’ai même déjà essayé de séduire un Vélib’ une fois. Ouais. Ouais.

** Oui, bien sûr, deux talons.

*** De qui je dois tenir ces questionnements bizarres : j’ai grandi le nez dans un bouquin du MLF oublié dans ma commode. La couv c’était cette fameuse photo avec la banderole : “Nous ne sommes pas des poupées”. Et voilà comment je suis devenue fan de Pamela Anderson.

Ah, et si je vous parle d’elle un billet sur deux (pas de Pamela Anderson, de ma mère), ce n’est pas parce que je suis une fille à maman (en fait je suis une fille à papa) c’est parce qu’elle est à Paris en ce moment et qu’on arrête pas de faire du shopping. Et donc de philosopher à mort.

my one and only

oneandonly.jpg

Ah tiens c’est nouveau ça. Voilà que l’on me dit : tu as un style.

Attrapée comme ça, à la volée, l’observation a de quoi faire plaisir. Mince, je vous ai assez bassinés avec ma quête de sens mode pour pas venir râler.

Sauf que moi je sais ce qui s’est passé. Je l’ai compris samedi, en plein shopping de l’humour avec Superchic [ = on va dans les magasins très haute, on essaye les pires trucs et on se marre en testant le sens de l’humour des vendeuses. Les filles chez YSL sont très bien, passé le temps d'adaptation.]
Évidemment qu’on achète rien.

Ok. Évidemment que JE n’achète rien.

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bling bling all in your face

Ce qui est bien avec mon amie Superchic, c’est qu’elle dégomme toutes les idées qu’on peut avoir sur le luxe avant même qu’on ait eu le temps de fantasmer dessus. Elle, elle est passée par là. Elle en est même revenue :

Voyager comme Catherine Deneuve avec son ensemble de bagages Vuitton.?C’est beau, de belles valises. C’est beau une belle nana avec de belles valises. C’est beau une belle nana avec de belles valises contenant des sapes somptueuses somptueusement disposées dans des compartiments sur mesure.?Mais c’est mieux quand on retrouve ses bagages à l’aéroport. Vous trouvez pas ? Parce que je vais pas vous faire un dessin, mais voyager en Vuitton, c’est un peu comme avoir marqué sur ses bagages “je renferme des trésors, tu n’as même pas idée”. Et on se les fait voler.

NB : tant que t’as pas ton jet privé, tu fais comme Superchic. Tu voyages en Samsonite.

Rouler comme Steve McQueen en Aston Martin. Là, j’y suis encore plus sensible. Ne me demandez pas pourquoi, autant je conduis comme une mamie de 90 ans (les deux mains bien calées sur le volant, les lunettes sur le bout du nez, le siège collé au pare-brise et plaf, le trottoir ! Comment ça un trottoir ? Où ça un trottoir ?), le tout en chantant, autant j’adore les voitures. Bref.?Rouler en Aston Martin de collection, c’est un peu, m’expliquait Superchic, comme se transformer en Madonna, les gardes du corps en moins. Sitôt sortie du garage, les badauds se jettent littéralement sur vous. S’assoient sur votre capot pour se prendre en photo, vous prennent en photo, vous demandent de les prendre en photo. Et de sourire, please. Vous êtes déprimée, pressée, stressée ? Mais vous n’avez pas le droit bon sang. Vous êtes en Aston Martin.

NB : on a le droit d’avoir une Aston Martin. On a le droit aussi de souhaiter acheter un vélo pour les jours où on a juste envie d’acheter du lait au supermarché.

Pour conclure, je n’aurais pas de meilleure phrase que celle de ma mère à qui je contais les mésaventures de mon amie, ma mère donc qui est psy, et qui est bel et bien en passe de devenir le docteur Perlmutter* de ce blog à coup d’éclairages psychologiques implacables :

“Évidemment qu’elle en est revenue, c’est du bling bling tout ça, ça va très loin, quels meilleurs accessoires pour se faire remarquer ? C’est comme se marier avec un président de la république !”

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*Le bon docteur Perlmutter, le psy du regretté magasine 20ANS. Professeur, tu me manque comme un régime à son printemps.

Ah, et toutes les Superchic doivent être au courant, mais au cas où, le merveilleux article du Fig’ Mad’ où je suis en MP-N et fière de l’être est ici. Un bisou aux lectrices du Madame, et euh… Je sais pas les anciennes, on se roule une pelle ?

ben quoi ?


Look inspiré du show Preen fall 09. Préparez vos bonnets, le new grunge est arrivé !

On pourra ne pas dire que je vous ai saoulés avec les soldes. Pas un mot. Pas un seul. Normal. Depuis quelques saisons, moi, les soldes, c’est les derniers jours que ça se passe.

#1, parce qu’après l’horreur des soldes privées, j’ai ma dose de bain de foule hystérique.

#2, parce que tant qu’à faire des affaires, autant attendre le -70%.

#3, parce qu’à la fin des soldes, on a droit en boutique au panorama de la saison à venir.

Et moi, j’aime le calme, faire des affaires et lire l’avenir.

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Comment je me suis fait avoir (les ballerines de Superchic)

La plus chic des chics, c’est Superchic. Et en premier lieu parce qu’elle n’est pas snob. Mais alors pas du tout. Tellement pas que parfois j’ai envie d’être snob pour elle, si vous voyez ce que je veux dire.

J’étais comme par hasard en train de m’extasier sur son tout nouveau Kelly de Noël, dans son dressing, quand je vois une petite boite de chaussures chocolat, hyper raffinée, fermée par une boucle et aux finitions sellier.

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sans façons

Sac Chanel bleu blanc rouge

Coup de fil en direct de la Volvo de Superchic il y a quelques jours :

« Ecoute ça. Tu sais ce qui vient de se passer? Devant l’école, je vois ma belle-mère*. Elle entre dans la voiture pour se remaquiller, envoie un « sâluuut » sans me regarder, passe un coup de rouge sur ses lèvres en s’admirant dans le rétro, attrape mon sac, le tourne dans tous les sens et dit :
« Superbe. Il est magnifique. J’ai commandé exactement le même. J’en ai marre de mon Kelly. Le Birkin, c’est mieux pour l’été. Je le savais. Je l’avais dit. Et vlam’, elle claque la porte. »

« alors :
1/ Tu noteras que c’est moi qui ai un Birkin mais que c’est elle qui « l’avait dit ».
2/ En fait de Birkin, mon sac est un super rien du tout que j’ai ramené de je sais pas où l’année dernière. C’est vrai qu’il est réussi. Mais quand même, si ma belle-mère l’apprend, c’est le déshonneur sur elle et sur trois générations.
3/ Il faut que je te dise un truc ma chérie. Mon faux, je l’adore. Je ne le quitte pas. Je le balance ou je veux, je m’assois dessus, je m’en sers comme arme de destruction massive si on m’embête, je suis d’une décontractitude totale avec, et du coup c’est la classe absolue.

J’ai honte, mais il fallait que je le dise à quelqu’un. »

Ah, ben c’est du joli Superchic. John ou Courtney, ok, mais si même les filles comme toi en arrivent à ces extrémités là alors!

Allez, c’est promis, j’arrête de vous parler de sacs. Passez un bon week-end, votez, et méfiez-vous des contrefaçons, yarf, yarf :-))

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* Personnalité hautement malfaisante et récurrente dans la vie de Superchic, sorte de Posh Spice décatie aux lèvres pincées, cible préférée de nos persiflages et de nos sarcasmes.

ni foi ni loi

On m’avait dit : tu vas voir il a fait tellement chaud qu’ils n’ont rien vendu, ils vont déstocker à fond!
Euh ah oui ah bon alors j’y vais alors, plaaaaaace!
Mais que je suis influençable.

Je fonce au Bon Marché pour apprécier la courbe économique d’un sac que j’ai en tête mais dont le prix en ces temps de banqueroute personnelle est littéralement indécent.
Donc, même à moins trente pour cent, il reste indécent. Je fais un tour de Bon Marché (parfait le Bon Marché pour faire des tours), j’appelle ma conseillère attitrée (AllôOo, Superchic?), elle me dit d’aller prendre l’air hors de l’atmosphère corrompue de ce temple de la ruine. Elle dit : si ça va mieux dans 5 mn, n’achète pas.

Je sors, je respire, et là, tel un Kaiser Soze, je reprends vie. Je n’achète pas.

En face, il y a un Zara. Hum Zara. Mon pouvoir d’achat est soudain décuplé, je pénètre l’enceinte comme une héritière d’hôtels de luxe. Mais diable que fait la sécurité? Des hordes d’hystériques marchent sur des vêtements épars. De jeunes filles se promènent à moitié nues, les rares miroirs sont les témoins de farouches guerillas. Je croise néanmoins de jolies robes, pas très chères c’est entendu, mais finalement pas si soldées que ça. Pas envie de rentrer dans la bataille pour si peu.

Je ressors, les mains vides.

Bien. Voyons voir. Le Marais et après je rentre. C’est plutôt calme finalement. Assez vite, je comprends pourquoi. Pour déstocker à fond, les gentilles marques que nous aimons bien, nous les filles, comptent surtout sur l’effet ‘soldes’, à y regarder de près, les prix ont très peu baissé. Souvent c’est du vieux stock de fond de boutique. Je suis prise de l’ivresse du shopper : tout se ressemble : des blouses des blouses du jean du jean des ballerines des bottes des bottes au secouuuuurs!

Je fuis.

J’appelle une amie, blasée comme pas deux, je lui fait des théories fashion post-apocalyptiques, je loue mon détachement face à la société de consommation, nous décidons de nous retrouver pour boire un verre et refaire un monde meilleur.

Chemin faisant, je vise une paire de bottines, super mal soldées bien sûr, mais trop jo-lies. J’entre dans la boutique. Damned! ils n’ont plus ma taille.

Une fièvre bien connue s’empare de moi. Il me les faut. Avec le vendeur, aussi maniéré qu’insensible, nous passons en revue toutes les boutiques de Paris. Une paire!!! Il reste une paire dans ma taille, à l’autre bout de la ville. Dans toute sa bonne volonté, il ne veut pas les appeler pour leur dire de les mettre de côté. Je dois donc prendre le risque de faire le déplacement sans être sûre qu’ils ne les auront pas vendues entre temps. Et puis, il est 19h12. Je suis dans un état proche de l’Ohio. Je m’imagine avec mes bottines, légère, riant, célèbre, mince, je cours, je cours…

Je n’ai vraiment ni foi ni loi.

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Garance Doré

J’ai ouvert mon blog en juin 2006. J’étais alors illustratrice, et un peu frustrée par le travail de commandes et notamment par le manque de contact avec les lecteurs des magazines pour lesquels je travaillais. Je voulais faire quelque chose de plus libre, de plus spontané. J’ai commencé par publier quelques dessins, puis très vite ...

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