Alors évidemment, comme la plupart des New-Yorkais blasés que nous sommes, nous ne nous étions que très succinctement préparés à l’ouragan, jugeant que, comme d’habitude, ils en faisaient beaucoup trop dans les news…

On rigolait en imitant le ton dramatique des commentateurs : “STOOOOOORMTRACKER !!!”

La seule chose qu’on avait fait, c’était d’acheter de l’eau et des provisions, parce que du moment qu’on peut regarder des films en mangeant du popcorn, hein, rien ne peut nous atteindre.

Et ça avait presque marché, cette espèce de confiance que tout irait bien, que mardi matin, tout serait rétabli et on pourrait retourner à nos petites vies fashion.

D’ailleurs, quand le courant a sauté lundi soir, après une nouvelle bourrasque, on a quasiment trouvé ça sympa. On a allumé des bougies, regardé “Curb Your Enthousiasm “ avec le reste de batterie que j’avais sur mon ordi, et puis on est allés se coucher bien au chaud en écoutant le vent faire trembler New York.

C’est hier matin que ça a commencé à devenir bizarre.

D’abord, pas de bruit. Pas de voitures. Ensuite, pas de courant.
Mmmm, pas grave – “Les enfants, je vais vous faire le petit dèj du combattant, ça va être drôle !”

Et puis pas d’Internet. Pas de téléphone.

Aucun moyen de savoir ce qui se passait dans le reste de New York, rien.
Qu’est-ce qui s’était passé pendant la nuit ? Est-ce que mes parents mouraient d’inquiétude ? Fallait-il sortir pour savoir ce qui se passait ? Est-ce que c’était dangereux de sortir ? Est-ce qu’on avait une lampe de poche pour descendre les escaliers ? Est-ce que tout New York était plongé dans le noir ?

Après quelques heures, du rangement, de la lecture, trois jeux de société, ça a vraiment commencé à être flippant. J’ai décidé de sortir, chercher un endroit où je pourrais au moins envoyer un texto à mes parents, avant que mon téléphone n’ait plus du tout de batterie et que je sois plongée dans le néant technologique.

Dehors, les gens marchaient en silence, n’ayant rien à faire. Les enfants n’avaient pas école. Tout était fermé. Un deli avait mis en marche un générateur et les gens s’y agglutinaient pour faire charger leur téléphone. Les arbres n’avaient pas résisté, la plupart étaient à terre, bloquant les rues.

C’est à la quatorzième rue que mon téléphone s’est réveillé. Après avoir texté ma mère (qui n’a reçu le texto qu’aujourd’hui), j’ai pu pu connecter avec Alex et Emily, qui elles, avaient tout, courant, téléphone… Et qui étaient mortes d’inquiétude.

Elles m’ont appris qu’elles avaient pris la décision de mettre en ligne le post sur Zara, qui était déjà prêt (ce qui avait dû rassurer ma mère en fait – mon blog est la première chose que ma mère checke quand elle veut savoir où je suis)(je sais, ça craint), que tout allait bien dans mon petit monde à moi, et que bref, la terre ne s’était pas arrêtée de tourner, à part sur ma micro-île de downtown New York, quoi.

Je n’en ai pas tiré de leçon, mais je vous promets, j’essaye.

Et j’envoie (depuis mon campement Uptown où l’électricité et l’Internet marchent, et où on s’est retrouvées avec Alex pour essayer de travailler)(Emily ne peut pas nous rejoindre car elle est coincée à Brooklyn) toutes mes pensées à ceux qui sont vraiment en galère, car il y en a plein.

Si vous pouvez faire quoi que ce soit pour aider, n’hésitez pas.