Mais alors c’est ça, un vrai coup de foudre ?

C’est la question que je me suis posée quand, alors que j’étais encore à la fac, j’ai posé les yeux sur le sac Stam de Marc Jacobs. Depuis des années (et aujourd’hui encore…) je rêvais d’avoir un Chanel, le classique ultime, mais le Stam, c’était autre chose. Le Chanel, je rêvais de l’avoir un jour, alors que le Stam, je le voulais là, maintenant, tout de suite. En allant bosser, je faisais un saut chez Neiman Marcus, et je m’arrêtais au rayon sacs à main pour pouvoir caresser et respirer ce sac sublime qui était devenu – j’en étais persuadée à l’époque – l’essence même de mon existence.

Parfois, quand il y avait un coloris qui me plaisait vraiment, je faisais même mettre le sac de côté. La vendeuse levait les yeux au ciel, sachant très bien que je ne concrétiserais jamais l’achat. Et moi de murmurer au Stam : « Patience, mon ange, je viendrai bientôt te chercher ».

Heureusement, je n’étais pas seule dans cette quête du Stam, car outre Lindsay Lohan et Eva Mendes, ma super copine (et coloc actuelle, grâce au Stam !) nourrissait la même passion que moi pour ce sac à main. Des heures durant, on débattait des coloris qui nous plaisaient, on se persuadait que c’était un super investissement et surtout, on se creusait la tête pour trouver une façon de rassembler les 1 300 dollars nécessaires à son achat.

Tiens, on pourrait vendre notre plasma sanguin (allez quoi, tout étudiant [américain] qui se respecte a un jour envisagé de mettre fin à ses soucis financiers de cette façon)! Ou on pourrait vendre nos ovocytes (oui, ok, bon, pas vraiment).

Et puis, un jour que j’entrais dans un outlet Saks Fifth Avenue, je me suis figée sur place à la vue du panneau suivant : « Deux sacs pour le prix d’un pendant deux jours seulement ».

Mais alors c’est ça, un vrai coup de foudre ?

Alléluia, les dieux de la mode et sans doute Marc Jacobs lui-même avaient enfin décidé qu’il était temps de mettre fin au supplice. J’ai tout de suite appelé ma copine, et on s’est mises à brainstormer comme des folles pour tenter de rassembler 650 dollars chacune. Mais si, on n’a qu’à vendre nos ovocytes !

Peu à peu, la réalité s’est imposée. On était étudiantes et on avait des petits boulots à mi-temps. On adorait les soirées spéciales shots à 1 $ (un peu trop d’ailleurs). Alors 650 dollars, pour nous, c’était comme 650 000 dollars. Après toute cette attente, ce désir, il fallait se rendre à l’évidence : on n’avait pas les moyens de s’offrir un Stam. Alors on a doucement abandonné nos rêves de Stam pour concentrer toute notre énergie sur les pochettes Céline et les bottes Givenchy.

Voilà, pour moi, le Stam restera toujours l’Inaccessible.